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Billet de blog 1 sept. 2020

En toute chose excepté le péché

Tout dieu qu'il était, Jésus avait-il droit à l'erreur ?

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© Anne Geddes

Bien que la formule soit peut-être plus spécifiquement catholique, tout chrétien peut sans doute y adhérer : Jésus était pleinement humain, à tout point de vue, à la seule exception qu'il n'a jamais péché. On pourrait discuter de cette notion de péché, telle que l'entendent les chrétiens ou même les croyants d'autres religions, mais il est en tout cas certain que pécher n'est pas la même chose que se tromper, commettre une erreur. Pour simplifier, on pourra dire que pécher, c'est commettre une erreur en sachant pertinemment que c'est une erreur, c'est accomplir volontairement ce qu'on sait qu'on ne devrait pas accomplir.

Il est donc clair qu'admettre que Jésus ait pu commettre des erreurs n'est nullement contradictoire avec l'affirmation qu'il était pleinement homme "en toute chose excepté le péché". Mais plus que cela, c'est même une nécessité : pour que Jésus ait été pleinement homme, il faut qu'il ait pu commettre des erreurs. Une des spécificités de l'être humain — comme de tout ce qui est manifesté dans l'univers — c'est d'être limité, et partant de faire nécessairement des erreurs ; il n'y a qu'ainsi, d'ailleurs, que nous pouvons apprendre quelles sont nos limites, et nous forger un jugement moral, à partir duquel seulement il pourra y avoir péché si nous l'enfreignons.

Le christianisme dans son ensemble fait pourtant comme si Jésus n'avait jamais pu se tromper, comme s'il avait été infaillible dans tous ses choix. Le problème est qu'alors on ne peut plus vraiment dire qu'il ait été pleinement un être humain... C'était un surhomme ! et non un homme, et dès lors il ne peut plus me servir de modèle dans ma vie, puisqu'il n'a pas connu ce qui fait le fondement de mon expérience humaine : douter de mes choix, ne pas savoir si j'ai fait le bon ou pas, découvrir parfois ou souvent que je me suis trompé, regretter mes erreurs (même sans sentiment de culpabilité) ou me réjouir d'avoir bien choisi (sans m'en enorgueillir pour autant), etc.

On pourrait alors vouloir faire la part du feu : Jésus a pu faire de telles erreurs, propres à tout être humain, pendant son enfance et sa jeunesse, mais à partir de ce qu'on appelle sa vie publique, dans le cadre de son ministère, là il ne serait plus possible qu'il se soit jamais trompé ? Mais on ne peut pas raisonner de cette façon, ce serait comme si à partir d'un certain moment de sa vie (le début de son ministère) sa nature humaine s'était complètement effacée au profit de sa nature divine, donc qu'il n'ait plus été pleinement humain à partir de ce moment-là. Jésus doit être resté faillible jusqu'au bout, et il peut avoir commis des erreurs jusqu'à sa mort.

On est loin du super-héros sous les habits duquel l'immense majorité des chrétiens, même s'ils s'en défendent consciemment, se représentent leur idole. Il y a de fait au moins une erreur qu'il a commise dans les débuts de son ministère, et dont il n'a jamais réussi à annuler les effets, c'est d'avoir laissé penser (ce qui signifie que lui-même l'envisageait comme possible à ce moment-là) qu'il pouvait être le messie politique qu'attendaient les juifs. Il n'y a aucun doute que cette confusion entre la dimension politique et la dimension spirituelle ait été, au moins partiellement, le fait de Jésus lui-même, dans les débuts de son ministère, et que c'est ce qui causera sa mort.

Jésus en effet est mort parce que ses disciples croyaient qu'il allait délivrer les juifs des romains, qu'ils étaient prêts à prendre les armes pour le soutenir dans cette espérance qu'il avait suscitée en eux, et comme une telle insurrection n'aurait pu finir que dans un bain de sang provoqué par la répression romaine, les autorités sadducéennes ont jugé, sagement, préférable de sacrifier Jésus en le livrant à Pilate. La mort de Jésus n'a rien à voir avec son enseignement religieux, mais uniquement avec une erreur de jugement de sa part, de l'ordre du politique, dans les débuts de sa notoriété publique...

Par contre, si malgré cet échec de toute son action on parle encore de lui aujourd'hui, c'est parce qu'il lui est réellement arrivé quelque chose d'inouï dans le tombeau. Pas plus qu'on ne peut attribuer la mort de Jésus à d'autres raisons qu'à des erreurs de sa part dans le domaine du politique, pas plus alors ne peut-on comprendre non plus l'essor du christianisme après sa mort que parce qu'il lui est arrivé quelque chose d'extraordinaire à ce moment là. Quelle que soit la teneur exacte de cet événement qu'on appelle sa résurrection, il faut qu'il ait été absolument hors du commun, pour qu'il ait pu faire sortir ces hommes et ces femmes qui se considéraient comme ses disciples hors du désespoir où les avait plongés sa mort.

C'est seulement à partir de la résurrection que les disciples ont commencé à faire attention à ce que Jésus avait essayé de leur faire entendre, en somme à son enseignement spirituel. Mais, dans ce qu'ils nous en ont transmis, ils l'ont aussi irrémédiablement mêlé à ce que, eux, ont cru pouvoir conclure de cette résurrection. Dès le départ du christianisme, des considérations purement théoriques sur une supposée divinité de Jésus — conséquence déduite trop hâtivement de la dite résurrection — sont venues influencer leur relecture d'un enseignement qui n'allait certainement pas, qui ne pouvait pas aller, jusque là.

Évidemment, il n'est pas courant qu'un corps dans une tombe se transforme en pure énergie, se volatilisant ainsi sans laisser de traces, et que dire si de plus la personne en question peut ensuite, au moins pendant quelques temps, se rematérialiser et dématérialiser à volonté... Peut-on en conclure que cette personne est Dieu lui-même ? ou "LE" Fils Unique de Dieu ? L'originalité la plus certaine de l'enseignement de Jésus, c'était de nous révéler un Dieu très proche de nous, aussi proche et bienveillant que peuvent l'être un père ou une mère pour leur petit enfant, et c'est certainement cette confiance qu'il vivait au plus intime de lui-même qui lui a valu un tel destin post mortem.

Et se faire son ou sa disciple consiste "simplement" à trouver en soi une confiance en Dieu aussi profonde et intime que la sienne. Tout le reste — Jésus Dieu, Jésus Fils Unique de Dieu, Jésus surhomme, Jésus infaillible — ne peut que nous détourner de ce que, lui, souhaitait pour nous. À chacun de choisir à qui il est fidèle !

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