Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

1432 Billets

0 Édition

Billet de blog 1 octobre 2024

Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

Fermes résolutions

Jésus savait ce qui l'attendait à Jérusalem, il en avait été mis au courant par l'auteur de l'évangile dit de Jean, qui lui avait rapporté ce propos de Caïphe s'adressant au sanhédrin "il vaut mieux qu'un seul homme meure plutôt que la nation entière"...

Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Luc est le seul des évangélistes à nous parler d'un moment où Jésus prend la ferme résolution (il "affermit sa face") d'aller à Jérusalem. C'est important, car cela signifie qu'il n'a pas été le jouet du destin, ce n'est pas par hasard — comme par inadvertance — qu'il a fini sa vie sur une croix. Il savait ce qui lui pendait au nez depuis la multiplication des pains, c'est-à-dire depuis qu'une foule avait voulu l'emmener de force à Jérusalem pour faire la révolution, pour l'imposer de gré ou de force au sanhédrin comme roi. Ces derniers ont certainement été mis au courant, et ce n'est même pas qu'ils soient nécessairement pour ou contre Jésus, c'est simplement qu'ils savent que nulle révolte contre l'occupant romain ne peut aboutir à autre chose qu'au désastre, qui finira de fait par se produire quelques décades plus tard.

Cette première raison pour laquelle Jésus savait ce qui l'attendait à Jérusalem, lui en avait sûrement été mis au courant par "le disciple que Jésus aimait", l'auteur de l'évangile dit de Jean, cet habitant de Jérusalem, très proche, sinon même de la famille, du grand prêtre Hanne, et qui nous rapporte ce propos de Caïphe s'adressant au sanhédrin "il est de votre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple plutôt que la nation entière se perde" (Jn 11, 50). Et puis il y a aussi la raison plus spirituelle, qui nous est rapportée, elle, par les synoptiques, que c'est le destin de tous les prophètes, au moins de ceux d'Israël, d'être rejetés, y compris éventuellement par la mise à mort : le témoignage du prophète n'est jamais agréable à entendre pour ceux à qui il s'adresse, tout prophète est forcément un prophète de malheur, il porte une parole dérangeante, il ne peut que se heurter à une opposition, à une résistance, ne serait-ce qu'une inertie : "Jérusalem ! Jérusalem ! qui tues les prophètes, qui lapides ceux qui te sont envoyés" (Mt 23, 37 ; Lc 13, 34).

Luc, donc, veut qu'il soit bien clair que Jésus savait ce qui l'attendait et que c'est volontairement qu'il est allé se fourrer dans le guêpier, à portée de mains de ses ennemis. Et comme par contraste, il fait alors intervenir le duo comique des "fils du tonnerre" dans leurs fanfaronnades. Qu'ils aient bénéficié par procuration, le temps d'une mission, de la capacité de guérir des malades ou des infirmes leur est monté à la tête, ils se prennent déjà pour de grands prophètes eux-mêmes, et pas n'importe lesquels, puisqu'en se proposant de faire tomber le feu du ciel sur ces pauvres Samaritains ils prétendent rien de moins que de devenir les nouveaux Élie ; c'est donc quasiment comme s'ils se prenaient pour le Messie lui-même, puisque parmi les hypothèses au sujet du Messie, celle qu'il serait Élie redescendu du ciel avait particulièrement la cote...

Mais si Luc est le seul à penser à mettre ainsi en relief le fait que c'est en toute connaissance de cause que Jésus s'est mis à portée de ses adversaires, il est aussi celui qui soulignera le plus combien cela lui coûtera, lors de sa prière, seul, à Gethsémani, en disant que l'angoisse va alors jusqu'à lui faire suer des caillots de sang, tombant par terre, phénomène extrêmement rare mais non unique cependant, qui semble lié à l'anxiété et au stress. Il y a de nombreux indices dans l'évangile de Luc qui font penser avec une forte probabilité qu'il était médecin, ce qui expliquerait qu'il ait pu connaître l'existence de ce phénomène. Ceci dit, Jésus étant seul à ce moment-là, on peut se demander comment Luc ou qui que ce soit d'autre aurait pu connaître ce détail, mais peu importe ; c'est comme pour cette résolution ferme d'aller à Jérusalem, tout ceci fait évidemment partie du message que l'évangéliste veut faire passer.

Jésus sait ce qui l'attend, c'est volontairement qu'il prend quand même le risque que cela se produise, mais il n'est pas pour autant suicidaire, la responsabilité en incombera entièrement à ceux qui ont déjà décidé qu'il devait être éliminé.

Illustration 1

et il arriva alors
    comme s'accomplissaient les jours de son élévation
qu'il affermit sa face pour aller à Jérusalem

    et il envoya des messagers devant sa face
et étant allés ils entrèrent dans un village de Samaritains
    afin de préparer pour lui
mais ils ne l'accueillirent pas
    parce que sa face allait à Jérusalem

alors l'ayant vu
    les disciples Jacques et Jean dirent
« seigneur ! veux-tu que nous commandions au feu
    de descendre du ciel et de les consumer ? »
mais s'étant retourné il les engueula
    et ils allèrent jusqu'à un autre village

(Luc 9, 51-56)

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.