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Billet de blog 3 septembre 2014

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Demandez le programme !

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Billet original : Demandez le programme !

Il se lève de la synagogue. Il entre dans la maison de Simon. La belle-mère de Simon était oppressée par une grande fièvre. Ils le sollicitent pour elle. Il se présente au-dessus d'elle et rabroue la fièvre : elle la laisse. Soudain elle se lève... Et elle les servait ! 

Au coucher du soleil, tous ceux qui avaient des infirmes, de diverses maladies, les amenaient devant lui. Lui, sur chacun d'eux imposait les mains, et les guérissait. De beaucoup sortaient aussi des démons. En criant ils disaient : « Toi, tu es le fils de Dieu ! » Il les rabroue et ne tolère pas qu'ils parlent, car ils savent qu'il est le messie. 

Le jour venu, il sort et va dans un lieu désert. Les foules le cherchent, viennent jusqu'à lui. Elles le retiennent : qu'il n'aille pas loin de chez eux !  Il leur dit : « Aux autres villes aussi je dois annoncer la bonne nouvelle du royaume de Dieu : c'est pour cela que je suis envoyé. » Et il clamait dans les synagogues de la Judée.

Luc 4, 38-44

La suite de notre journée programme de Capharnaüm. Avec, pour commencer, la belle-mère de Pierre. Notons que ici, chez Luc, on ne sait pas trop pourquoi Jésus se rend dans la maison de Simon après l'office à la synagogue. Pour l'instant, dans le déroulement de l'histoire selon Luc, Jésus est seul, il n'a pas encore rencontré ses futurs disciples, et ce serait donc par hasard qu'il serait rentré dans cette maison-là précise, de même que dans l'épisode de demain ça va être par hasard qu'il va trouver le même Simon au bord de la mer, sans sembler reconnaître l'homme dont il avait guéri la belle-mère... C'est évidemment le réarrangement des épisodes par Luc qui produit cette impression. Marc pour sa part (nous revenons toujours à Marc, c'est l'évangile sur lequel se sont basés Matthieu et Luc pour rédiger les leurs), avait quand même fait l'effort de nous décrire Jésus, appelant Pierre, André, Jacques et Jean à le suivre, juste avant la journée de Capharnaüm. La réalité la plus probable, nous l'avons évoquée hier, est que Jésus a connu, au moins Pierre et André, lorsqu'ils étaient tous disciples de Jean Baptiste. C'est en tout cas la version que nous donne Jean, l'évangéliste, et qui a pour elle le mérite d'être plus plausible que la scène de Marc, où Jésus semble prendre des gens au hasard de ses promenades.

La guérison de la belle-mère de Pierre est un épisode un peu atypique, dans les évangiles. Généralement, les 'guérisons' qui nous sont décrites sont celles d'infirmités, et non de simples maladies, la différence entre les deux étant que les premières sont définitives, quand les secondes sont provisoires, sauf dans le cas où le malade en est arrivé à un stade critique proche de la mort, cas que nous avons effectivement à quelques reprises dans les évangiles. Pour simplifier, donc, généralement on ne nous décrit Jésus guérissant que des cas 'lourds' : des aveugles, des muets, des paralytiques, ou des gens gravement malades. Luc, d'ailleurs, nous a rajouté ici que la fièvre de la belle-mère était 'grande', alors que Marc dit seulement qu'elle était fiévreuse, ce qui à priori était plutôt bénin. Quelles conclusions tirer de ces éléments ? Nous considérerons en premier que, si la quasi totalité des guérisons rapportées concernent des atteintes corporelles sérieuses, c'est en raison de leur potentiel pédagogique. Les évangiles sont des outils de propagande, en quelque sorte, il y a un 'produit' à vendre, à savoir Jésus, et, publicitairement parlant, la guérison d'un aveugle ou d'un paralytique a plus d'impact que celle d'un rhume ou d'un cor au pied... Mais il est à peu près certain que la réputation de guérisseur de Jésus, de son vivant, ne concernait pas que les seuls cas spectaculaires qui ont été conservés dans les évangiles. Dans la version de Marc du retour de Jésus dans son village natal, il nous est précisé que "il ne peut, là, faire aucun miracle, juste quelques 'malades' qu'il guérit" (Marc 6, 5). Dans cette phrase, le mot 'malade' est en fait, en grec, le mot qui désigne précisément ces dysfonctionnements sans trop de gravité.

Se pose alors la question : pourquoi les évangiles ont-ils conservé le souvenir de la guérison de la belle-mère de Pierre d'un rhume des foins ou de règles un peu difficiles ? et la réponse la plus probable est que c'est parce que cette guérison, sans commune mesure avec celles d'handicapés ou d'enfants à l'article de la mort, a dû frapper les premiers disciples, Pierre, André, Jacques et Jean. Et, si elle les a frappés, c'est sans doute qu'elle a été une des toutes premières, sinon la toute première ! Personnellement, je ne vois aucune autre raison pour justifier cet épisode. La maladie guérie n'a rien d'extraordinaire, la personne guérie n'est emblématique de rien de particulier, qu'elle soit la belle-mère de Pierre n'apporte rien à la stature de chef des apôtres que les synoptiques lui ont attribuée, on ne voit pas quel rôle symbolique donner à l'histoire, quelle réminiscence de la Torah elle pourrait évoquer. Bref, c'est une guérison qui ne sert à rien dans la catéchèse que les évangélistes veulent promouvoir, ce qui est considéré comme un excellent critère d'authenticité par la recherche historico-critique. Ah si ! l'utilité de cette guérison est dans sa conclusion : elle les servait. Eh oui, ils auraient été bien embêtés, ces hommes, s'ils avaient dû faire eux-mêmes le service de leur repas !:)

Puis, au coucher du soleil, ce qui veut dire donc une fois le sabbat terminé, les gens ont de nouveau le droit de se déplacer, et Jésus guérit donc toute la ville, et le lendemain il s'en va. C'est tellement schématique qu'on ne peut que comprendre que nous sommes dans un résumé simplificateur. Le résumé de ce qu'a été le ministère de Jésus durant la première période de sa vie publique, en Galilée. Se déplaçant de villages en villages, enseignant, guérissant, puis poursuivant un peu plus loin. Comme le disent aussi de temps en temps les évangiles, sa réputation va effectivement se propager assez rapidement dans toute la province, et au-delà. Mais il y a une spécificité de ce qui s'est passé, pour les galiléens. Il y a eu, de tous temps, un fort antagonisme entre la Galilée et la Judée, la principale autre province composant le pays d'Israël. Et les galiléens sont fiers, c'est le moins qu'on puisse dire, de ce que celui que tous attendent et espèrent, y compris les judéens, à savoir le Messie, semble bien être ce Jésus, un des leurs ! Il y a là pour eux une revanche sur le mépris dans lequel les tiennent les habitants de la capitale et de sa région. Et ces derniers, de leur côté, auront tendance à considérer à priori ce Jésus, dont ils entendent parler, comme ne pouvant être qu'un imposteur, puisque galiléen. Ces éléments joueront un rôle important dans la suite de l'histoire. Mais nous y reviendrons.

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