Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

1432 Billets

0 Édition

Billet de blog 3 janvier 2015

Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

De Jésus et Jean

Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Billet original : De Jésus et Jean

Le lendemain, il regarde Jésus venir à lui. Il dit : « Voici l'agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde.  C'est de lui que j'ai dit : "Derrière moi vient un homme qui devant moi est advenu, car avant moi il était." Et moi, je ne le connaissais pas. Mais c'est pour qu'il soit manifesté à Israël, que je suis venu, moi, baptiser en eau. » 

Jean témoigne en disant : « J'ai vu l'Esprit descendre comme une colombe, du ciel. Et il a demeuré sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas. Mais celui qui m'a donné mission de baptiser en eau, celui-là m'a dit : "Sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer sur lui, c'est lui qui baptise en Esprit saint." Et moi j'ai vu. Et je témoigne que c'est lui, l'élu de Dieu. »

Jean 1, 29-34

Dans l'évangile de Jean, on ne parle pas de baptême de Jésus ! Nous avons ici le texte qui se rapproche le plus de la scène décrite par les synoptiques, en parlant de l'Esprit venu sur Jésus, mais il ne nous est pas dit que Jean ait baptisé Jésus. Nous n'y faisons sans doute pas attention, en général, tellement il nous semble évident que Jésus ait été baptisé par Jean, mais ici, on nous dit seulement que Jean baptisait dans l'eau, d'une part, et que, d'autre part, il a reçu du ciel un signe lui indiquant que c'est Jésus qui baptisera dans l'Esprit... On pourrait penser que c'est la christologie très haute de l'évangéliste qui le fait rechigner à décrire un Jésus se soumettant à ce geste de Jean. Mais il n'a pourtant pas caché que Jésus ait bien été d'abord et pour un temps disciple du Baptiste ! et on voit mal que quelqu'un ait pu devenir disciple de Jean sans s'être fait auparavant baptiser par lui. Ce qui gêne donc l'évangéliste, c'est de lier la venue de l'Esprit sur Jésus au geste du baptême de Jean. Et il a raison ! Dans les faits, le baptême de Jean est un baptême d'eau, ce n'est pas lui qui a pu donner l'Esprit à Jésus. Il est très vraisemblable, comme on peut le comprendre dans ce récit, que la venue de l'Esprit sur Jésus (c'est-à-dire, sa découverte de Dieu comme Père, c'est-à-dire encore sa prise de conscience de son moi divin) ne se soit pas produite au moment de son baptême, mais plus tard, à un moment non déterminé comme tel par les textes, quelque part pendant la période où il était disciple de Jean.

Quand les synoptiques lient les deux événements, baptême d'eau et baptême dans l'Esprit, ils nous disent quand même quelque chose de vrai symboliquement. Jésus a effectivement suivi Jean pendant un temps de son chemin spirituel, et c'est au cours de cette étape de son cheminement qu'il a reçu cette première initiation qu'est la découverte de son moi divin. Mais l'évangile de Jean a aussi raison sur le plan des faits en eux-mêmes, et sans doute aussi sur le plan d'une signification spirituelle plus profonde : il n'y a pas de geste, de rite, religieux, qui puissent nous faire entrer dans ce début du chemin qu'est la seconde naissance. Ils peuvent préparer le terrain (et c'est précisément le rôle que s'attribue le Baptiste), mais pas nous faire entrer. Concrètement, il est plus probable que ce soit au cours d'une retraite dans le désert — celle qui nous est décrite dans les synoptiques comme les quarante jours de tentation — que l'événement s'est produit pour Jésus. C'est en tout cas ainsi que les choses se passent souvent, il faut vivre un moment, plus ou moins long, dans une sorte de désert intérieur, une période où rien ne se produit, où il semble que rien ne se produira, une impasse qui semble définitive, sans plus aucune espérance, ni désespoir non plus d'ailleurs. Un silence, une absence, un non-lieu, un non-temps. Le moi divin a besoin de ce calme, de cette équanimité, absolus pour se révéler (mais plus exactement, c'est bien sûr notre moi ordinaire qui en a besoin, pour être capable de percevoir l'autre moi, le moi éternel, dont il n'est qu'une expression limitée dans le temps et dans l'espace...).

Que Jean ait été témoin oculaire de cet événement est alors à son tour une formulation symbolique ! La prise de conscience de notre origine divine est un événement intérieur. Cet événement entraîne nécessairement des changements, plus ou moins importants, plus ou moins rapidement, perceptibles extérieurement, pour qui sait y faire attention. Il est alors possible que Jean ait compris, tout seul, qu'il s'était passé quelque chose pour Jésus dans son désert. Mais on doit se rappeler que, plus tard, quand il sera emprisonné et qu'il entendra parler d'un Jésus qui a complètement viré sa cuti par rapport au chemin ascétique qu'il avait suivi auprès de Jean, ce dernier doutera. Il est donc certain que Jean n'avait pas fait lui-même l'expérience vécue par Jésus, et que, bien que Jésus ait vraisemblablement essayé de lui en parler, Jean n'a en réalité pas compris grand chose à l'histoire. Si Jean avait réellement vu l'Esprit descendre "et" demeurer sur Jésus (les deux verbes sont importants : ce n'est pas seulement une expérience ponctuelle et fragmentaire, c'est permanent), on ne comprendrait pas qu'il ait pu douter par la suite (comme pour Marie, qui pense que son fils a perdu la tête, alors qu'elle est censée l'avoir conçu "par l'opération du saint Esprit"). Nous sommes dans des langages symboliques, à ne pas prendre au pied de la lettre, mais exacts à ce niveau. Jean a à peu près certainement désigné à un moment Jésus comme étant celui dont il avait préparé la venue — c'est ainsi que dans la suite immédiate de ce texte, que nous ne verrons pas, André, Pierre, Philippe, Nathanaël, qui étaient disciples de Jean, vont devenir disciples de Jésus — mais sans pénétrer lui-même dans l'aventure des fils de Dieu.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.