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Billet de blog 3 janvier 2025

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Jean le parrain

Dans l'évangile de Jean, c'est un peu comme si c'était le Baptiste qui avait dû mettre lui-même le pied de Jésus à l'étrier, le mettre en selle, le lancer. En somme, c'est lui qui authentifie à Jésus la réalité de la présence de l'Esprit en lui...

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Dans les trois évangiles synoptiques, c'est Jésus qui voit l'Esprit saint descendre sur lui sous l'apparence (approximative) d'une colombe. Ici, chez Jean, il ne faut pas exclure que Jésus ait bien vécu le même phénomène, mais le Baptiste, lui en tout cas, l'a vu. Chez les synoptiques, non seulement c'est Jésus qui a vu la colombe, mais c'est aussi lui qui a entendu la voix venant du ciel disant "tu es mon fils bien-aimé". En fait, Matthieu, mais Matthieu seul, prétend que cette voix a dit, non pas "tu es..." mais "celui-ci est...", et ce faisant, Matthieu donne alors à cette théophanie (cette manifestation directe, perceptibles à nos sens, de Dieu dans notre monde) une dimension publique, alors que chez tous les autres rien ne permet d'affirmer que qui que ce soit d'autre que Jésus ait perçu ces signes venant du ciel.

La conclusion s'impose : c'est vraisemblablement Matthieu qui a fait du zèle. Matthieu est l'évangéliste le plus attaché à l'héritage judaïque, notamment à la Torah, aussi pour lui, pour qu'un fait soit avéré, il y faut alors au moins deux témoins ; or, si Jésus est le seul a avoir vu la "colombe" et entendu la voix, cela fait tout au plus un seul témoin, et encore. Matthieu n'a pas osé rendre l'ensemble de la manifestation surnaturelle entièrement public, mais déjà rien que le message "celui-ci est mon fils bien-aimé", c'était l'essentiel pour lui.

D'un ordre très différent, par contre, est ce que l'évangile de Jean affirme. Pour lui aussi la théophanie n'a été perçue que par Jésus, du moins certainement pas par l'ensemble de l'assistance qui se trouvait là lorsque Jésus a été baptisé. Mais le Baptiste, lui, a aussi au moins vu cette descente de l'Esprit "comme une colombe", il a perçu ce fait, cette manifestation qui était en train de se produire dans et pour ce pénitent-là, qui n'était jusque là pour lui qu'un parmi de nombreux autre pénitents, et c'est ainsi qu'il a aussi su qu'il était "l'élu", "le fils bien-aimé", de Dieu. Le Baptiste semble dire que Dieu l'avait prévenu de tout cela, peut-être n'est-ce en fait que sur le moment qu'il l'a compris, mais en fait peu importe.

On a donc deux versions très différentes de ces tout début publics de Jésus : dans la tradition synoptique, si on écarte la petite exception de Matthieu, la théophanie vécue par lui de manière entièrement privée, Jésus ne va se faire connaître que plus tard, éventuellement bien plus tard, essentiellement par les premières guérisons qui se produiront par son intermédiaire, et c'est lui qui appellera peu à peu certaines personnes à le suivre, à se faire ses disciples. Dans la tradition johannique, il n'en va donc pas du tout ainsi, c'est le Baptiste qui indique Jésus, à certains de ses propres disciples, comme étant plus grand que lui, et ce sont ceux-là (et d'autres qu'ils feront venir avec eux) qui vont se mettre à le suivre, avant même que quelque guérison ou autre "signe" ne se soit produit.

Dans l'évangile de Jean, c'est donc un peu comme si c'était le Baptiste qui avait dû mettre lui-même le pied de Jésus à l'étrier, le mettre en selle, le lancer. Inutile de dire (?) que c'est ce scénario qui est le plus probable. On peut bénéficier de révélations, de manifestations, personnelles, les plus tangibles qu'il soit possible, de la transcendance, qu'on ne pourra cependant rien en faire si leur authenticité ne nous est pas confirmée par autrui, et bien sûr pour cela par un autrui compétent, c'est-à-dire qui en a aussi une expérience personnelle.

Enfin, rappelons qu'en tout ceci, rien ne dit la supposée nature divine et unique de Jésus : "tu es mon fils bien-aimé" vient d'un psaume où c'est ce que YHWH disait déjà à David, et la "descente" de l'Esprit, c'est ce à quoi Jésus va inviter chacune et chacun lors de son entretien avec Nicodème. On pourra se demander par ailleurs ce qu'aurait pu apporter cette descente de l'Esprit à un homme supposément conçu par ledit Esprit, donc théoriquement déjà de nature entièrement spirituelle...

Illustration 1

le lendemain il voit Jésus venir vers lui
    et il dit
« voici l'agneau de Dieu
qui enlève le péché du monde
    c'est lui duquel j'ai dit
"derrière moi vient un homme
    qui a précédence sur moi
    parce qu'il était avant moi"
et moi je ne le connaissais pas
    mais c'est afin qu'il soit manifesté à Israël
    c'est pour cela que je suis venu moi
baptisant dans l'eau »

    et Jean témoigna en disant
« j'ai vu l'Esprit
    descendre du ciel comme une colombe
    et il a demeuré sur lui
or moi je ne le connaissais pas
mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau
    lui il m'a dit
"sur qui tu verras l'Esprit
    descendre et demeurer sur lui
c'est lui qui baptise dans l'Esprit saint"

et moi j'ai vu et j'ai témoigné
    que c'est lui l'élu de Dieu »

(Jean 1, 29-34)

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