Voici donc cette journée inaugurale, ou journée programmatique, à Capharnaüm, très proche de celle rapportée par Marc, et pour commencer, comme il s'agit d'un jour de shabbat, Jésus se rend donc à la synagogue, comme tout Juif ; c'est une constante dans les évangiles, on nous y montre très souvent Jésus dans une synagogue les jours de shabbat, comme on l'a déjà vu hier. C'est peut-être une découverte pour certains chrétiens, mais oui, Jésus était un Juif, et pratiquait avec sérieux et application sa religion...
Et voici que, comme souvent, c'est à lui qu'on demande de lire à haute voix la parasha (le passage) prévue pour ce shabbat là, à la suite de quoi il exprime ce qu'elle lui inspire, et voilà, les gens sont frappés par sa parole. Pas seulement par le sens des mots, pas seulement par l'intelligence de ses commentaires, mais certainement déjà rien que dans sa façon de proclamer le texte. Ceux qui ont un peu l'habitude d'aller à des offices où les lecteurs peuvent varier le savent : il y a des personnes dont il est évident qu'elles ne comprennent pas vraiment ce qu'elles lisent ; même si elles ne font aucune erreur, qu'elles mettent des intonations adéquates, on sent que ces mots qu'elles prononcent ne les habitent pas en profondeur, c'est une sorte de ritournelle qu'elles connaissent même peut-être par cœur et qu'elles se contentent de répéter, plutôt par habitude ou formatage de leur esprit, mais elles ne vivent pas le texte.
C'est cela, cette autorité de la parole de Jésus, et c'est cela qui frappe ses auditoires, déjà rien que dans sa façon de proclamer le texte, avant même que de dérouler ce qu'il en comprend : et les gens sont alors saisis, ils savent qu'il se passe quelque chose, ce sont pourtant les mêmes mots qu'ils ont déjà entendus depuis tant d'années, mais il y a cette fois-ci, avec lui, quelque chose de différent, ce texte devient vivant, ce texte est habité, ce texte apporte du sens, apporte la vie, comme un remède. Bien sûr, ce n'est pas seulement le texte en lui-même, c'est la façon dont il prend chair en passant par tout le corps de celui qui l'exprime. Et on serait bien incapable de mettre des mots précis sur ce qu'on ressent à l'écoute d'une telle lecture — cela, ce sera en partie le rôle du commentaire qui viendra après, mais en partie seulement là encore, et en tout cas on sait, on sait qu'il s'est passé quelque chose d'inhabituel, d'unique même.
C'est cette même autorité qui est alors aussi capable de guérir un malade, physique ou psychique. Ce qu'ont ressenti les membres de l'auditoire, c'est déjà de l'ordre de la guérison ou de la santé, ils se sentent mieux après ce qui s'est passé, quoi que ce soit ; ils se sont déchargés d'une partie de leurs soucis, ils les ont relativisés pour le moins, sinon oubliés, en tout cas ce jour-là ils repartiront de l'office avec le cœur et l'esprit plus légers, même si ils retomberont éventuellement rapidement dans la lourdeur habituelle de leurs jours. Mais pour certains, cela pourra avoir provoqué un changement plus radical, quelque chose comme un démon qui les accablait depuis des années pourra avoir disparu, totalement, définitivement, comme s'il n'avait jamais existé, comme ça, pfuit...!
Après quoi, puisqu'on est le jour du shabbat, chacun rentre chez soi pour prendre le repas qui avait été préparé la veille...
Agrandissement : Illustration 1
et il descendit à Capharnaüm — une ville de Galilée.
et il les enseignait le jour du shabbat
et ils étaient frappés par son enseignement
car pleine d'autorité était sa parole
or dans la synagogue il y avait un homme
ayant l'esprit d'un démon impur
et il cria d'une voix forte
« ah ah ! qu'y a-t-il entre nous et toi Jésus le Nazarène ?
es-tu venu nous détruire ?
je sais qui tu es — le saint de Dieu ! »
et Jésus l'engueula en disant
« la ferme ! et sors de lui ! »
et l'ayant jeté au milieu
le démon sortit de lui en ne lui ayant fait aucun mal
et pour tous ce fut une stupeur
et ils se parlaient les uns aux autres en disant
« qu'est-ce que c'est que cette parole ?
qu'avec autorité et puissance
il commande aux esprits impurs
et qu'ils sortent ! »
et un bruit se répandait à son sujet
en tout lieu du pays alentour
(Luc 4, 31-37)