S'il ne faut retenir qu'un thème de l'enseignement de Jésus, ce sera sans aucun doute possible celui du royaume — ou mieux : du règne — de Dieu. Et ce pour au moins deux raisons : d'abord parce que c'est celui qui revient le plus massivement dans l'ensemble des évangiles, et aussi parce que c'est un thème qui lui est propre, qui n'existait pas avant lui dans le judaïsme, en tout cas pas avec le sens qu'il lui donne.
Pour le judaïsme de l'époque de Jésus, en effet, si Dieu est bien considéré comme le roi du monde, et plus particulièrement comme le roi du peuple qu'il s'est choisi, Israël, il n'est pas question pour autant que ce Dieu les dirige directement en personne ; pour cela, il se choisit des prophètes, et aussi des rois, bien humains, qui régneront en son nom. C'est cela qu'ils attendent du Messie, qu'il soit d'abord un dirigeant militaire et politique.
Jésus, lui, parle d'un règne qui "est en vous" (Luc 17, 21). Il s'agit d'une réalité, d'une part déjà présente, "au présent", déjà commencée : certes, nous n'avons pas forcément (peu l'ont ?) conscience de cette réalité, de cette présence, et en tout cas personne ne la réalise en totale plénitude, mais cela n'empêche pas qu'elle soit quand même absolument réelle.
Et d'autre part, il s'agit bien aussi d'une réalité intérieure, et c'était peut-être l'obstacle le plus difficile à franchir pour les coreligionnaires de Jésus, un peu comme de nos jours pour beaucoup de musulmans, mais aussi encore pour beaucoup de chrétiens, pour lesquels Dieu est surtout et avant tout un être extérieur à tout ce qui est, au-delà de tout, radicalement inaccessible.
Ils sont comme des brebis qui n'ont pas de berger, alors il commence à les enseigner, beaucoup : Dieu est en vous

Les apôtres se rassemblent auprès de Jésus.
Ils lui annoncent tout ce qu'ils ont fait,
tout ce qu'ils ont enseigné.
Il leur dit :
« Venez, vous autres,
à part, dans un lieu désert,
et reposez-vous un peu. »
Car les allants et venants sont nombreux :
même pas un instant pour manger !
Ils s'en vont dans la barque
vers un lieu désert, à part.
Ils les voient s'en aller,
et beaucoup devinent :
à pied, de toutes les villes,
ils accourent là,
et arrivent avant eux.
En sortant, il voit une foule nombreuse.
Il est remué jusqu'aux entrailles pour eux,
parce qu'ils sont
comme des brebis qui n'ont pas de berger.
Il commence à les enseigner, beaucoup.
(Marc 6, 30-34)