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Billet de blog 4 février 2025

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Histoires de femmes

Donner la vie, ce n'est peut-être pas si simple que ça ? Et guérir, être guérisseur, peut-être pas non plus. Dans les deux cas, il s'agit en fait de transmettre, de n'être qu'un intermédiaire, ce qui reste quand même une responsabilité.

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Deux femmes guéries au cours d'un même épisode : le fait est remarquable, il est déjà relativement rare que les guérisons rapportées dans les évangiles soient celles de femmes, alors deux d'un coup ! Et il y a une autre particularité, outre qu'elles soient du sexe féminin, qu'elles partagent, à savoir une question de temps : la femme mure (vieille ?) souffre de son mal depuis douze ans, la jeune femme elle est née il y a douze ans. Y a-t-il un lien entre ces deux périodes ?

Concernant la jeune fille, d'abord, ce n'est peut-être pas un hasard si la mention de son âge ne vient que tout à la fin de l'histoire. Au départ, son père parle d'elle comme d'une "petite fille", sa "fillette", alors que douze ans, dans le judaïsme, c'est l'âge de sa majorité, l'âge de sa bat-mitsvah, l'âge d'être mariée. En la qualifiant ainsi, Jaïre trahit le fait qu'il n'est, lui, pas prêt à la voir partir avec un autre homme, et peut-être est-ce là l'origine de la maladie de cette jeune fille, son organisme lui dit que ce serait le moment, mais les liens familiaux l'en empêchent.

La femme plus âgée, elle, souffre de pertes de sang, de saignements qui ne veulent plus cesser, et ce depuis douze ans. Ce genre d'affection ne peut que nous faire penser aux suites d'un accouchement ; il y a douze ans, cette femme a mis au monde un ou une enfant, mais depuis elle ne s'en est pas remise, et elle aussi reste coincée à ce stade-là de son histoire. La jeune fille bloque au moment où elle devrait commencer à donner la vie, la femme est restée bloquée au moment où elle l'a donnée. La période commune de douze ans pouvant alors faire lire l'histoire de la femme comme représentant symboliquement la mère de la jeune fille.

Symboliquement, seulement. Il serait extravagant d'imaginer qu'elle soit la vraie mère, sortie en catimini de chez elle, au risque d'être identifiée par son mari... Mais symboliquement au moins, cette femme dont l'initiative risque d'empêcher la guérison de la jeune fille, peut représenter le pendant du père : quand ce dernier n'est pas prêt à laisser sa liberté à sa fille, la femme qui n'arrive pas à dépasser la douleur de l'accouchement ne donne pas envie non plus à la jeune fille de donner la vie à son tour.

Et voici Jésus superstar qui nous met de l'ordre dans tout ça ! À son corps défendant d'abord... Il faut bien dire que cette histoire d'énergie qui émane de lui comme malgré lui est surprenante, donnant comme un air de magie à cette guérison-là, comme un automatisme ; on pense à une pile avec laquelle il suffirait d'entrer en contact pour recharger ses propres accus. Il n'y a guère d'autre guérison qui nous soit rapportée de ce même type... En général, il y a demande formulée, et la guérison vient en réponse à l'expression, explicite, du besoin.

Il s'agit donc d'une autre particularité de cette histoire. On note d'ailleurs que les paroles que Jésus adresse ensuite à la femme ne font que reprendre comme si c'était lui qui en avait eu l'initiative ce qu'il constate qui s'est en réalité produit malgré lui : elle a déjà su qu'elle était guérie de son "fléau", quand Jésus intime qu'elle en soit guérie... Peut-être a-t-il ici découvert ce qu'il ne faisait que soupçonner jusque là, que ces capacités à guérir, si elles passent bien par lui, ne proviennent cependant pas de lui, qu'il n'en est que le canal, et que ce canal, en certaines circonstances, peut être sollicité sans qu'il en soit conscient sur le moment, mais seulement après coup.

Et du coup, plus libéré que jamais vis-à-vis de ces dons de guérison, est-il possible que, même ayant franchi la frontière de la mort, la jeune fille revienne à la vie...

Illustration 1

et Jésus ayant de nouveau traversé vers l'autre côté dans la barque
    une foule nombreuse se rassembla auprès de lui
et il était au bord de la mer
et vint un des chefs de synagogue du nom de Jaïre
    et l'ayant vu il tombe à ses pieds
    et il le supplie beaucoup en disant
« pour ma petite fille c'est la fin
    pour que tu viennes et imposes les mains sur elle
    pour qu'elle soit sauvée et qu'elle vive »
et il s'en alla avec lui et une foule nombreuse
    le suivait et le pressait

et une femme étant dans un flux de sang depuis douze ans
    et ayant beaucoup souffert de beaucoup de médecins
    et ayant dépensé tout ce qu'elle avait mis de côté
    et n'en ayant eu aucun bénéfice mais étant allé plutôt plus mal
ayant entendu parler de Jésus et étant venue dans la foule par derrière
    toucha son vêtement car elle disait
« si seulement je touche ses vêtements je serai sauvée »
    et aussitôt s'assécha son flux de sang
    et elle connut dans le corps qu'elle avait été guérie du fléau

et aussitôt Jésus ayant reconnu en lui-même qu'une énergie avait émané de lui
    s'étant retourné vers la foule disait
« qui a touché mes vêtements ? »
    et ses disciples lui disaient
« regarde la foule qui te presse et toi tu dis "qui m'a touché" ? »
    et il regardait à la ronde pour voir celle qui avait fait ça
alors la femme craignant et tremblant mais sachant ce qui lui était arrivé
vint et tomba à ses pieds et lui a dit toute la vérité
    et lui il lui a dit
« fille ta foi t'a sauvée ! va en paix et sois assainie de ton fléau ! »
    
    il parlait encore qu'on vint de chez le chef de synagogue disant
« ta fille est morte ! pourquoi fatiguer encore le maître ? »
    mais Jésus refusant d'entendre la parole prononcée dit au chef de synagogue
« n'aies pas peur ! aies seulement confiance ! »
    et il n'autorisa personne à l'accompagner
    sinon Pierre et Jacques et Jean le frère de Jacques
et ils arrivent à la maison du chef de synagogue
    et il aperçoit un tumulte (et on pleure et on crie force alalas)
    et étant entré il leur dit
« pourquoi ce tumulte et ces pleurs ? l'enfant n'est pas morte mais elle dort »

et ils ricanaient contre lui mais lui les ayant tous jetés dehors
prend avec lui le père de l'enfant et la mère et ceux d'avec lui
    et il entre où est l'enfant et il prend la main de l'enfant et il lui dit
« talitha ! qoum ! »
    ce qui traduit est
« jeune fille ! à toi je dis "réveille-toi !" »
    et aussitôt la jeune fille se leva et elle marchait car elle avait douze ans
    et ils furent aussitôt stupéfiés d'une grande stupeur
et il les mit fermement en garde que personne n'en ait connaissance
et il dit qu'il lui soit donné à manger

(Marc 5, 21-43)

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