"Où moi je vais, vous ne pouvez venir", cette phrase, Jésus l'a effectivement dite à deux reprises aux "Juifs", et ces derniers se sont demandé ce qu'il voulait dire par là : la première fois (Jean 7, 34), ils ont pensé qu'il projetait peut-être de faire un voyage chez les juifs de la diaspora, c'est-à-dire ceux qui vivaient hors d'Israël ; la seconde fois (Jean 8, 21), qu'il avait peut-être l'intention de se suicider ?
Suicide ou condamnation à mort, il n'est cependant pas possible que Jésus ait voulu ainsi parler simplement de mourir : pourquoi les "Juifs" ou ses disciples n'auraient-ils pas pu le suivre dans la mort ? Pierre l'affirme d'ailleurs ici : "Ma vie, pour toi je la donnerai !", et même si Jésus ironise sur le fait que ce qui va se passer, c'est que, à trois reprises, Pierre va nier le connaître, le tempérament entier de Pierre fait que les choses auraient très bien pu se passer autrement, avant qu'il ne se rende compte, un peu tard, d'être allé trop loin, comme lorsqu'il avait voulu marcher sur les eaux...
Où Jésus va, c'est bien vers sa mort, mais pas n'importe quelle mort.
Cet évangile de Jean ne parle pas de ce qu'on appelle l'agonie à Gethsémani, c'est-à-dire de l'effroi de Jésus devant le calvaire qui l'attend, et de sa tentation de renoncer ; et il n'insiste pas non plus sur les mauvais traitements qui lui seront infligés : à aucun moment Jésus ne semble subir son sort ; quand on vient l'arrêter, c'est lui qui s'avance au devant du peloton ; quand le garde de Hanne le gifle, il lui demande posément pourquoi il a fait ça ; une fois sur la croix, il prend le temps de confier sa mère aux bons soins du "disciple qu'il aimait", et s'il dit qu'il a soif, c'est uniquement pour que les Écritures soient accomplies jusqu'au bout...
Jésus ne va pas à n'importe quelle mort, il va vers celui qu'il appelle le Père, il va en Dieu, en toute conscience de ce qu'il fait ainsi : c'est là toute la différence avec la mort à laquelle pourraient accéder ses interlocuteurs, les "Juifs" ainsi que ses disciples ; en effet, puisqu'ils ne connaissent pas le Père, comment pourraient-ils suivre Jésus vers Lui ? il faut déjà Le connaître avant de mourir, pour pouvoir vivre notre mort autrement que comme, seulement, notre fin.
En fait, il faut être déjà morts à nous-même de notre vivant, pour pouvoir entrer tout vivants dans notre mort.
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Ayant dit ces choses, Jésus se trouble en esprit.
Il témoigne et dit :
« Amen, amen, je vous dis :
Un de vous me livrera. »
Les disciples se regardent les uns les autres, perplexes :
de qui il parle ?
Un de ses disciples est à table tout contre Jésus,
celui que Jésus aimait.
Simon-Pierre donc lui fait signe
pour tâcher de savoir qui est celui dont il parle.
Il s'allonge donc ainsi sur la poitrine de Jésus et lui dit :
« Seigneur, qui c'est ? »
Jésus donc répond :
« C'est celui pour qui je vais tremper le morceau
et lui donner. »
Il trempe donc le morceau
et le donne à Judas, fils de Simon Iscariote.
Après le morceau, alors entre en lui Satan.
Jésus lui dit donc :
« Ce que tu fais, fais-le vite ! »
Mais cela, aucun de ceux qui sont à table ne comprend
pourquoi il l'a dit.
Certains pensent, comme Judas a la sacoche,
que Jésus lui a dit :
« Achète ce dont nous avons besoin pour la fête »,
ou de donner quelque chose aux pauvres.
Lui donc prend le morceau
et sort aussitôt.
C'était de nuit.
Quand donc il est sorti, Jésus dit :
« Maintenant le fils de l'homme a été glorifié,
et Dieu a été glorifié en lui.
Si Dieu a été glorifié en lui,
Dieu aussi le glorifiera en lui-même,
et aussitôt il le glorifiera.
Petits enfants, encore un peu je suis avec vous.
Vous me chercherez
et, comme j'ai dit aux Juifs :
"Où moi je vais, vous ne pouvez venir",
à vous aussi je le dis à présent.
Je vous donne un commandement neuf :
Aimez-vous les uns les autres ;
comme je vous ai aimés
vous aussi aimez-vous les uns les autres.
En ceci tous connaîtront
que vous êtes mes disciples,
à l'amour que vous avez les uns pour les autres. »
Simon-Pierre lui dit :
« Seigneur, où vas-tu ? »
Jésus répond :
« Où je vais, tu ne peux maintenant me suivre :
après, tu me suivras. »
Pierre lui dit :
« Seigneur, pourquoi ne puis-je te suivre à présent ?
Ma vie, pour toi je la donnerai ! »
Jésus répond :
« Ta vie, pour moi, tu la donneras ?
Amen, amen, je te dis :
un coq ne chantera pas,
que tu ne m'aies nié trois fois. »
(Jean 13, 21-38)