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Billet de blog 5 mai 2015

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Paix cosmique

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Billet original : Paix cosmique

« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Moi, je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre cœur ne se trouble et ne se terrifie ! Vous avez entendu, je vous ai dit : je m'en vais, et je viens à vous. Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez que j'aille vers le Père, car le Père est plus grand que moi. 

« Maintenant, je vous ai dit avant que cela arrive, pour que, quand cela arrivera, vous croyiez. Je ne parlerai plus beaucoup avec vous. Car il vient, le chef du monde, et en moi il n'a rien. Mais pour que le monde connaisse que j'aime le Père, je fais en tout comme le Père m'a commandé. Levez-vous, allons-nous en d'ici ! »

Jean 14, 27-31

Encore une légère anticipation : la paix est le mot utilisé pour saluer, en hébreu ; Jésus fait ainsi comme ses adieux aux disciples. Mais en même temps, comme pour tout ce qu'il leur a déjà promis depuis le début de ce discours — qu'il reviendra, qu'ils recevront l'Esprit —, c'est aussi une annonce de ce qu'ils connaîtront, bientôt, mais quand même pas tout de suite. Nous avons souvent une représentation de la venue de l'Esprit qui est influencée par le récit de la Pentecôte de Luc, qui serait plutôt un grand bouleversement — une déflagration sonore, une électrisation lumineuse, une ivresse — ; sans doute de tels événements existent-ils aussi. Mais chez Jean, rien de tel ne nous sera décrit ; Jésus soufflera simplement, et nous ne sommes même pas obligés d'imaginer que ce soit comme pour éteindre les bougies d'un gâteau d'anniversaire ! Jésus souffle, nous pouvons plutôt penser au soupir d'une brise légère dans lequel YHWH se manifesta à Élie, alors que ce dernier s'attendait justement à le rencontrer dans le tonnerre ou les éclairs.

Ce qui caractérise le plus une telle venue de l'Esprit est précisément le sentiment de paix d'une profondeur inimaginable qu'elle procure, "pas comme le monde donne". On dira : mais le monde ne donne pas tellement de paix, en général. Effectivement, le monde donne bien en premier de l'agitation, des perturbations, toutes choses qui viennent déranger notre paix, si tant est que ce n'est pas déjà nous qui provoquons, au moins intérieurement et presque perpétuellement, une telle effervescence en nous-mêmes. Pourtant nous connaissons aussi de ces moments où tout ceci se calme, ne serait-ce que relativement : nous ne pouvons pas être en permanence au sommet du bruit et de la fureur. Mais encore, nous avons sans doute tous connu aussi de ces moments plus exceptionnels, par exemple devant un paysage "à couper le souffle", où c'est alors une paix déjà bien plus profonde qui s'empare de notre âme. Mais tout ceci n'est encore rien par rapport à la paix que procure la "venue" de l'Esprit, car ce sont là des paix relatives à, en contraste avec, tout ce que nous avons pu connaître de non-paix dans le monde. La paix de l'Esprit va plus loin, nous délassant de tensions dont nous ignorions tout, venant d'au-delà de notre vie.

Sur une telle paix, l'esprit du monde pourra alors s'acharner — et il le fera —, mais il ne pourra pas nous la ravir. Il nous éprouvera, nous criblera de son feu, mais ceci ne pourra que nous affiner, nous épurer, et finalement faire que la paix gagne de plus en plus dans l'épaisseur de notre vie de tous les jours, la rendant toujours plus harmonieuse, et aussi toujours plus pacifiante pour notre entourage et pour tous ceux que nous sommes amenés à rencontrer, qui pourront ainsi s'approcher à leur tour des conditions où l'Esprit puisse se révéler à eux aussi. L'Esprit ne se transmet pas vraiment, et comment le pourrait-il puisqu'il est présent en chacun d'une manière absolument unique. Mais les conditions de la venue de l'Esprit, elles, peuvent être préparées, étant entendu que, comme pour toute œuvre éducative, c'est évidemment le vécu de l'éducateur qui prime, la parole ne pouvant valoir que si l'agir témoigne de sa véracité. C'est un peu comme dans un moteur diesel : il n'y a pas d'étincelle qui vient enflammer le combustible de l'extérieur, c'est la pression exercée sur ce combustible qui lui permet de s'enflammer spontanément. Ou comme dans un incendie, où des foyers se déclarent tout seul en avant du front des flammes, sans transmission directe de celles-ci, simplement parce que le matériau a été chauffé et s'est alors auto-enflammé.

Ces deux dernières images semblent nous avoir rapproché de la Pentecôte de Luc. C'est vrai, l'expérience de l'Esprit ressemble aussi à un feu, parce qu'une fois qu'elle a commencé, timidement mais sûrement, elle ne pourra que progresser, avancer en nous, gagner toujours plus de terrain, jusqu'à ce que, comme Jésus ici, nous puissions dire que "le chef du monde, en moi il n'a rien" : tout aura été acquis à l'Esprit, tout aura été pacifié. Précisons pour finir, pour certains qui pourraient avoir l'impression que de tout ceci se dégagerait un sentiment subtil et quelque peu morne de mélancolie, qu'il n'en est rien. La paix de l'Esprit n'est pas triste, elle est au contraire joie, mais pas de cette joie factice et forcée, exubérante et m'as-tu-vue, à laquelle nous sommes habitués dans notre société de spectacle et de consommation, pas de cette joie qui a toujours dans son dos, en corollaire, quelqu'un ou quelques uns au détriment desquels elle s'exerce. Une joie qui n'exclut donc pas la gravité, une joie retenue, discrète, vive pourtant parfois, mais toujours profonde, elle aussi.

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