Attendu que Hanne, Caïphe, et autres hauts responsables religieux d'Israël, ne voulaient à aucun prix d'une agitation de type messianique, parce qu'ils savaient pertinemment, eux, que cela ne pourrait que mal finir, qu'un tel mouvement de révolte contre l'occupant n'avait aucune chance face à la puissance militaire des romains — ce qui a d'ailleurs été confirmé quelques années plus tard, avec la destruction du Temple, la destruction de Jérusalem...
Attendu que Jésus, de son côté, ne se considérait non plus d'aucune manière comme un messie politique, mais qu'il se voyait dans l'incapacité de le faire comprendre à ses aficionados, en sorte que, pour faire disparaître en eux cette fausse image qu'ils avaient de lui, il ne lui restait plus guère d'autre solution que de se laisser mourir réellement en tant que "roi", puisqu'ils n'arrivaient pas à le voir sous un autre jour, le vrai...
Dans ces conditions, y avait-il vraiment besoin d'un traître pour que ces intérêts convergents se concrétisent ? C'est là à peu près la thèse d'un évangile tardif, dit évangile de Judas : c'est Jésus qui aurait en fait demandé à Judas de le "trahir", et ce dernier lui aurait obéi, mais à contre-cœur, uniquement pour conserver son amitié et son estime, après quoi on peut peut-être comprendre qu'il n'ait pas résisté aux sirènes du suicide ?
L'ennui de cette thèse, c'est qu'on ne comprend pas pourquoi ce n'est pas Jésus qui est allé se remettre de lui-même, tout seul, entre les mains de ceux qui cherchaient à l'appréhender ; c'était pourtant la solution la plus simple et la plus évidente, au lieu d'aller faire faire ses basse œuvres à ce pauvre Judas, de lui faire porter le chapeau auprès de ses "confrères", et finalement de le pousser au suicide : bravo Jésus !
Non, ce n'est pas sérieux, et d'une manière générale, on ne peut pas envisager un Jésus qui aurait tenté quoi que ce soit se rapprochant d'un suicide. Mais d'un autre côté, même si la réalité ne se conforme pas toujours à ce qui est vraisemblable, l'histoire d'une trahison pour de l'argent n'est pas cohérente avec les remords ultérieurs de Judas pour avoir contribué à la mort d'un "innocent".
Attendu que, avec tous les miracles qu'ils lui ont vu accomplir, les disciples croient dur comme fer à la messianité de Jésus, le plus probable est qu'ils ont voulu le mettre en présence de ses adversaires, n'imaginant pas que cela aboutirait à sa mort, mais au contraire à ce qu'ils allaient eux aussi être convaincus de sa messianité, que Jésus dusse ou non pour cela accomplir quelque autre desdits miracles...
Mais était-il nécessaire d'avouer avoir commis une telle bourde, d'autant qu'au final c'était bien ce qu'il fallait qu'il se produise pour qu'ils finissent par sortir de leur vision hypnotique du messie politique et militaire qu'ils attendaient et s'ouvrir enfin à une toute autre perspective ? on peut alors toujours trouver l'une ou l'autre citation des Écritures qui justifie le scénario qu'on veut faire passer à la postérité...
Agrandissement : Illustration 1
Quand donc il a lavé leurs pieds et mis ses vêtements,
il s'allonge de nouveau et leur dit :
« Comprenez-vous ce que je vous ai fait ?
Vous m'appelez, vous, le maître et le seigneur
et vous dites bien,
car je le suis.
Si donc je vous ai lavé les pieds,
moi, le seigneur et le maître,
vous aussi, vous devez les uns les autres
vous laver les pieds.
Car c'est un exemple que je vous ai donné
pour que, comme je vous ai fait,
vous aussi fassiez.
Amen, amen, je vous dis :
le serviteur n'est pas plus grand que son seigneur,
ni l'envoyé plus grand que celui qui lui donne mission.
Si vous savez cela,
heureux êtes-vous, si vous le faites !
Ce n'est pas de vous tous que je parle :
moi, je connais ceux que j'ai élus,
mais c'est pour que l'Écrit s'accomplisse :
"Celui qui mange mon pain
a levé contre moi son talon."
Dès à présent je vous le dis avant que cela arrive
pour que vous croyiez, quand cela arrivera,
que je le suis (maître et seigneur).
Amen, amen, je vous dis :
qui reçoit celui à qui j'ai donné mission
me reçoit
et qui me reçoit
reçoit celui qui m'a donné mission. »
(Jean 13, 12-20)