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Billet de blog 5 juin 2014

Aux suivants !

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Billet original : Aux suivants !

« Ce n'est pas seulement pour eux que je prie, mais aussi pour ceux qui croient en moi à cause de leur parole : que tous soient un comme toi, Père, en moi, et moi en toi, qu'eux aussi soient en nous, que le monde croie que c'est toi qui m'as envoyé. Et moi je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un, comme nous, un : moi en eux et toi en moi, pour qu'ils soient parfaitement un, pour que le monde connaisse que c'est toi qui m'as envoyé, toi qui les as aimés comme tu m'as aimé. 

« Père, ce que tu m'as donné je veux que, où je suis, ils soient aussi avec moi, pour qu'ils voient ma gloire, celle que tu m'as donnée, parce que tu m'as aimé avant la fondation du monde. Père juste, si le monde ne t'a pas connu, moi, je t'ai connu, et ceux-ci connaissent que c'est toi qui m'as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom et je le ferai connaître pour que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux et moi en eux. »

Jean 17, 20-26

On a un sentiment de retour en arrière précipité, comme si l'évangéliste, prenant soudainement conscience de l'audace de ses propos précédents, voulait vite corriger ce qu'il a dit, sans oser pour autant le supprimer. Nous voici donc revenus à la première théologie de Jean : "moi en eux et toi en moi", ouf ! la hiérarchie est de nouveau respectée. Plus question que les disciples, après la venue de l'Esprit, soient placés en face à face avec le Père, dans le nom du Père, plus question qu'ils s'adressent directement au Père et que ce dernier leur réponde directement aussi. Non, nous retrouvons une 'saine' distanciation, Jésus revient s'interposer entre le Père et eux. En réalité, bien sûr, ce n'est pas la même main qui a composé ce passage et ceux que nous avions ces jours-ci. Plus précisément, on doit supposer qu'il y a eu, à une époque, une version de ces textes qui parlait encore plus nettement de cette étape de la venue de l'Esprit, où les disciples accèdent à une relation au Père qui est la même que celle de Jésus. Mais que, par la suite, l'expérience réelle de l'Esprit devenant une histoire du passé, dont on ne sait plus vraiment ce qu'elle était, ni même si une telle expérience a jamais existé, des rédacteurs postérieurs, sans oser complètement gommer ce qui avait été écrit par leurs prédécesseurs, ont corrigé, de bonne foi, en ajoutant des formulations qui leur semblaient plus conformes à une réalité raisonnablement envisageable.

Ce qui est malheureux, c'est que tout le christianisme ultérieur en est resté à ce premier stade. Plus précisément : ce qui est malheureux, c'est qu'il n'y ait plus eu personne, ou trop peu, pour témoigner que ce stade n'était qu'une étape. Car il est certain que l'expérience de l'Esprit n'est pas compatible avec une religion qui s'est fixé un objectif d'universalisme. D'une part parce qu'on ne peut pas transmettre l'expérience de l'Esprit, d'autre part parce que l'expérience de l'Esprit court-circuite d'entrée de jeu toute institutionnalisation. Il n'est pas nécessairement regrettable que le christianisme se soit développé comme institution centrée sur la seule première étape : c'est quand même la première étape. Et il faut aussi lui reconnaître que, bien que ne comprenant plus de quoi il s'agissait, on peut encore en trouver ces traces que nous avons relevées dans les évangiles. C'est le bon côté de certains scrupules, qui a certainement joué un rôle dans ce que quelques uns, au cours des siècles, ont pu accéder plus loin, au vrai 'nouveau', caché dans ce qui l'était aussi mais moins. Ce qui est regrettable, donc, c'est qu'il semble que ces quelques uns ont été trop peu nombreux. D'un autre côté, l'histoire est l'histoire. C'est comme ça que les choses se sont passées, c'est donc qu'elles ne pouvaient sans doute pas se passer autrement. Aux côtés de l'Église de Pierre, ce que certains appellent l'Église de Jean semble avoir été réduite à une portion fort congrue.

Alors, et maintenant ? Maintenant que cette Église, je crois, montre les limites du paradigme sur lequel elle est fondée. Oh oui ! elle essaie de se rassurer en compensant la désaffection dont elle est l'objet dans ses terres historiques par le dynamisme des communautés dans les pays d'implantation plus récente. Ce faisant, elle veut surtout s'aveugler, ne pas voir que cette adhésion dans les pays 'émergents', ou "en voie de développement", ou "du tiers-monde", est du même ordre que celle qui prévalait encore relativement récemment dans les pays "occidentaux". Les vocations tant religieuses que sacerdotales qui y sont si nombreuses sont principalement motivées par la dimension de promotion sociale qui s'y attache. Tout ceci ne veut pas dire que ces communautés plus jeunes soient ni pire ni meilleures que les communautés plus anciennes, juste que les raisons qui mènent à la disparition des communautés anciennes ne sont pas encore d'actualité chez elles. Mais il n'y a aucune raison qu'elles n'y viennent pas, elles aussi, tôt ou tard. Et avant qu'on puisse envisager une nouvelle fuite en avant en allant 'évangéliser' des extra-terrestres... Viens Esprit Saint !

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