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Billet de blog 4 sept. 2019

Jesus forever 3

Au-delà de la désaffection qui touche les pratiques religieuses censées s'inspirer de lui, il est surprenant comme la personne de Jésus, elle, continue d'intriguer, sinon d'intéresser, tout un chacun dans notre société, pourtant dûment formatée et canalisée par le dogme d'une science objective, théoriquement seule garante du vrai...

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Or, on trouve tant dans les spiritualités orientales que dans le christianisme, la notion de seconde naissance, qui parle d'une sorte de limitation à parvenir à dépasser, pour pouvoir accéder à une réalité plus profonde de qui nous sommes, ainsi que de l'univers. L'évangile de Jean (3, 6) parle de cette seconde naissance comme étant une naissance "de l'esprit", quand la première était une naissance "de la chair" : après être né de la chair, il convient de naître aussi de l'esprit.

On pourra remarquer que notre naissance de la chair n'est pas la même chose qu'une création, que ce n'est pas à notre naissance physique que nous avons commencé d'exister. Il est bien évident que nous avons d'abord existé dans le ventre de notre mère, avant que de naître. Cependant notre naissance a quand même été nécessaire pour que nous puissions savoir, pleinement, que nous existions, c'est-à-dire que nous sommes un être particulier bien différencié d'autres êtres qui existent eux aussi. Tans que nous étions dans le ventre de notre mère, nous pouvions nous représenter qu'il existait différentes personnes extérieures, outre notre mère, mais ces distinctions restaient quand même quelque peu floues, y compris la distinction entre nous-mêmes et elle : les frontières n'étaient pas parfaitement nettes, seule la naissance va nous donner accès au monde de la séparation entre les êtres, et donc à la certitude de notre existence propre, et ceci dans le domaine du physique.

Eh bien, dans le domaine de l'esprit, il en va aussi de même, du moins pour le fait que nous sommes déjà aussi esprit, et non pas seulement chair. Il ne s'agit pas de nous rajouter une partie ou un étage à notre chair, car la matière et l'esprit sont indissociables l'un de l'autre ; on peut même dire qu'ils ne sont que deux aspects différents d'une seule et même réalité : la matière en est l'aspect externe quand l'esprit en est l'aspect interne. Cependant, lorsque nous naissons de cet aspect interne de qui nous sommes, de l'esprit, il se produit le mouvement inverse de celui qui se produit avec notre naissance de la chair : la chair est ce qui nous différencie de tout ce qui n'est pas nous, quand l'esprit est ce que nous partageons en commun avec tout ce qui est. Réellement, il n'y a qu'un seul et même Esprit — Dieu — présent en toute chair, en tout ce qui est, et c'est ce dont nous faisons l'expérience, c'est ce que nous expérimentons, quand nous naissons de l'esprit : Dieu est notre réalité la plus profonde et intime.

Quand il avait envisagé cette démarche, quand il s'était représenté à l'avance cette rencontre, il avait pensé qu'il lui faudrait bien plusieurs jours pour écouter soigneusement le message de Yehohanan, pour le comprendre, pour le méditer, avant de prendre une décision. Et s'il choisissait de le prendre pour maître, il avait aussi plutôt pensé qu'il reviendrait d'abord chez lui, informer les siens, prendre les dispositions nécessaires, transmettre définitivement à Yakoub la charge de chef de famille. Mais ça ne se passe pas comme ça, dans la vraie vie... Le jour-même, il se joint au groupe des disciples, et va y rester plusieurs années. Sa vraie famille, il vient de la trouver. L'autre, il la fera prévenir, bien sûr, en chargeant d'un message l'un ou l'autre pèlerin se rendant vers là-bas. Pour l'instant, il a justement trouvé quelques personnes originaires de sa région, parmi les disciples, avec lesquelles il se lie. Il y a là, en effet, entre autres, un certain André (un prénom d'origine grecque : ses parents font partie de ces modernes qui se laissent influencer par la mode de l'hellénisme...) et son frère Shimôn, qu'il avait déjà vaguement aperçus à l'une ou l'autre occasion, autrefois. Un Philippe aussi (encore un prénom grec), un Nathanaël, et d'autres encore, qui se présentent à lui dès qu'ils apprennent qu'un nouveau Galiléen s'est joint à eux. C'est que les Galiléens se serrent naturellement les coudes entre eux, dans ce petit monde dont la majorité vient de Judée.

Yeshoua accepte volontiers leur amitié, tout en restant prudent. C'est que plusieurs d'entre eux sont visiblement des sympathisants des zélotes, sinon des zélotes eux-mêmes, ces gens qui refusent de se résigner à l'occupation romaine. Yeshoua comprend leurs raisons, mais il apprécie nettement moins leur tendance à lancer régulièrement des mouvements de révolte un peu brouillons, dont le seul résultat tangible est d'entraîner des répressions qui ne font pas dans le détail, en sorte que c'est la population innocente, qui n'avait rien demandé, qui paie les pots cassés. Et c'est sans compter que ces zélotes s'érigent aussi souvent en juges de leurs propres compatriotes, sous le chef d'accusation qu'ils feraient le jeu ou collaboreraient avec les romains, les harcelant, voire, parfois, allant jusqu'à les éliminer. Bref, des gens violents, et qui ne semblent rester dans l'entourage de Yehohanan que pour tenter de profiter de l'engouement qu'il suscite pour gagner du monde à leur cause. Yeshoua reste donc ouvert, il ne veut se fâcher avec personne, mais il ne cultive pas non plus de sa propre initiative ces relations avec eux. Lui, ce n'est pas pour ça qu'il est venu.

Et le temps passe. Yeshoua s'est fait baptiser, comme tous les disciples de Yehohanan, et maintenant c'est lui qui baptise aussi, parfois. C'est que, quand il y a beaucoup de monde, le maître se fait aider, demandant à l'un ou l'autre de l'assister pour plonger dans l'eau les candidats. Le geste n'est pas vraiment compliqué, même s'il y faut un peu de jugement. Il s'agit de maintenir la personne sous l'eau juste assez pour qu'elle commence à ressentir le manque d'air, mais pas plus : on ne cherche pas à la noyer ! Par cette expérience, à la fois symbolique et réelle, elle meurt à ses péchés, et se rappellera jusqu'à la venue du Royaume qu'elle s'est engagée à changer de vie, à se préparer à cet événement avec application et avec tous les moyens dont elle dispose. Pour la plupart, il s'agit essentiellement de se comporter honnêtement dans sa vie de tous les jours, et de se montrer charitable envers tous ses proches et toute personne qu'on peut être amené à rencontrer. Pour les disciples, le programme est plus pointu. Ce sont des gens qui en veulent, qui se sentent appelés à en faire plus, beaucoup plus pour certains. C'est le cas de Yeshoua, qui se lance régulièrement dans des jeûnes "longue durée", ou des "marathons" de prière, ne faisant d'ailleurs en cela que suivre l'exemple de son rabbi.

Ce n'est pourtant pas du tout au cours d'un de ces jeûnes de l'extrême qu'il va faire l'expérience qui changera toute sa vie, ainsi que la face du monde. Peut-être n'y ont-ils pas été pour rien, mais alors plutôt par contraste. Quand il y repensera, plus tard, il se dira souvent que, de ce point de vue, ce qu'il avait alors vécu a été similaire à l'histoire d'Eliyah. Eliyah aussi s'était réfugié dans le désert, comme eux, ici. Et Eliyah aussi s'était attendu à rencontrer Dieu dans une expérience spectaculaire, avec tonnerre et éclairs, comme lui, Yeshoua, l'avait cherché dans des conditions extrêmes. Et finalement Dieu s'était manifesté à Eliyah dans le simple murmure d'une brise légère, et c'est bien ainsi aussi que Yeshoua pourrait décrire ce qui lui était arrivé ce jour-là. Mais là, nous anticipons. Sur le moment, il ne pense à rien de tout cela, il vit simplement la rencontre. C'est comme si Dieu lui parlait, même s'il n'y pas de mots prononcés, ni même pensés. C'est une Présence, qu'il ressent comme pleinement réelle, rien à voir avec une hallucination comme, justement, il a pu en avoir lors de ses jeûnes prolongés. Là, c'est du tangible, du ferme. Il sait qu'il a trouvé son fondement, sa racine, son origine.

Il n'ose pas, au début, penser que cette manifestation, c'est bien son Dieu, YHWH. C'est trop difficile pour sa culture. YHWH est un Dieu très-haut, très lointain, terrible parfois. Il a fait alliance avec son peuple à lui, Yeshoua, mais chaque fois qu'il s'est manifesté, c'était dans des signes impressionnants, sinon terrifiants. Il n'y a vraiment qu'Eliyah qui ait eu une expérience différente, dans la douceur, comme la tendresse d'une mère. Mais alors, il est prophète lui aussi, se demande-t-il ? Mais c'est qu'il n'imaginait pas ça comme ça. Il pensait qu'il aurait dû entendre une voix de l'extérieur, qui lui aurait dit ce qu'il devait annoncer. Il est partagé, sur cette expérience. Il y a sa réalité, le sentiment, la sensation, qu'elle a suscités en lui, et qui ne peuvent le tromper, mais il lui manque les catégories intellectuelles pour l'expliquer dans le cadre de la foi qu'il a eue jusque là, dans le cadre de la religion de son peuple.

C'est pour essayer de mieux comprendre ce qu'il a vécu, qu'il va en parler avec Yehohanan. Il lui décrit autant qu'il peut ce qui s'est passé, mais le maître ne voit pas exactement ce dont il s'agit, pour lui aussi c'est trop loin de ce qu'il peut imaginer. Sa propre vocation prophétique, elle lui vient d'une évidence qu'il a toujours eue en lui : aussi loin qu'il remonte dans son enfance, il a toujours su qu'il devrait faire ce qu'il fait maintenant, prêcher ce qu'il prêche, pour préparer le peuple à la venue du Royaume. Il ne comprend donc pas, mais il a l'intuition que ce que Yeshoua lui relate est vrai, qu'il lui est arrivé quelque chose d'authentique et d'important. Désormais, Yehohanan prête plus d'attentions à ce disciple singulier : et si c'était lui, ce Messie qui doit venir pour instaurer le Royaume ? Et la vie du campement continue son cours. Yeshoua est moins attiré, maintenant, par les exercices d'ascèse trop poussés. Il se contente des jeûnes et des prières ordinaires, même s'ils ne présentent plus la même nécessité, pour lui. Mais il ne le sait pas. En fait, la Présence est là, en permanence, en lui, même si elle est plus discrète, même s'il ne s'en rend pas vraiment compte. Il y a un travail qui se fait en profondeur en lui, dont il ne perçoit que vaguement, parfois, des signes, aux frontières de sa conscience. C'est une période de maturation silencieuse, dans le secret.

(to be continued)

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