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Billet de blog 4 septembre 2024

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Une réputation de guérisseur

En fait, comme tout-un-chacun devrait s'y efforcer, il ne se souciait guère de se définir lui-même, l'essentiel pour lui était d'être ...qui il était !

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Beaucoup d'éléments intéressants dans cette suite et fin de la journée programmatique à Capharnaüm ! Nous avions hier le premier acte, le matin, à la synagogue, et on peut noter que le lendemain, quand il explique aux habitants de la bourgade qui voudraient le garder avec eux (un tel médecin !) que sa mission ne concerne pas qu'eux mais toutes les villes d'Israël, on nous dit qu'il se met alors à proclamer "dans les synagogues". Ces lieux du culte sont donc premiers dans sa mission, et celle-ci n'a pas pour objet de remplacer la religion juive par une autre religion. Jésus n'est pas là pour abolir le judaïsme, mais pour l'accomplir, ce qui implique par contre quand même de le nettoyer, le débarrasser de toutes les scories qui se sont accumulées au long des siècles, pour revenir à sa source originelle. En ceci, Jésus d'ailleurs ne se différencie pas de tous les réformateurs de religions.

La synagogue, donc, le matin de cette journée modèle de Capharnaüm, comme vu hier, et ensuite le midi avec le repas chez Simon. Il y a là de fait une des autres composantes essentielles dans le ministère de Jésus : les repas, depuis celui des noces de Cana chez Jean jusqu'à l'inauguration du repas eucharistique qu'est la Cène chez les synoptiques, en passant par la ou les multiplications de pains, et d'autres encore (chez Lévi avec tous ses copains percepteurs des impôts, chez un pharisien, chez Zachée, à Béthanie, etc.) Sources de vie, les repas invitent aussi à la fraternité, et ce sans limites, comme l'ont rappelé l'histoire du pauvre Lazare qui aurait bien voulu pouvoir se rassasier ne serait-ce que des miettes tombant de la table du riche, et encore la femme syro-phénicienne qui obtint de Jésus qu'il guérisse sa fille pour ce même motif.

Ici, ce repas à prendre est l'occasion d'une nouvelle guérison, qu'on pourrait qualifier de "privée" par contraste avec celle du matin à la synagogue où c'est toute la ville qui en a été témoin. Qui que soient le "ils" qui sollicitent Jésus à ce sujet, ils étaient à la synagogue, et ils tentent le coup : ce qu'il a fait ce matin, il pourrait bien le refaire aussi pour cette belle-mère de Simon. C'est un événement curieux, dont on a l'impression que la motivation était surtout que tous ces mâles puissent se faire servir leur repas...! rien que cette caractéristique plaiderait pour son authenticité :)

Quoi qu'il en soit, le soir venu, voici le troisième temps de la journée. Le soir : parce que tant qu'on était encore en shabbat, il n'était pas question que la ville se déplace ; mais sitôt le soleil couché... c'est le raz-de-marée. Ce que Simon et les autres présents dans la maison ont obtenu pour leur seul bénéfice, tous le veulent aussi pour le leur ; non qu'ils sachent nécessairement ce qui s'est produit pour la belle-mère, non, simplement ils ont suivi chacun de leur côté le même raisonnement : ce qu'il a fait le matin pour le possédé dans la synagogue, pourquoi ne pourrait-il pas le faire aussi, chacun pour le malade ou l'infirme de sa connaissance. Cette composante de la vie de Jésus est de celles qui sont le mieux assurées historiquement parlant, qu'il avait une réputation notable de guérisseur, faute de quoi il serait incompréhensible qu'il ait suscité suffisamment d'agitation autour de lui pour inquiéter les autorités religieuses, lesquelles se débarrasseront de lui pour cette seule raison.

Une remarque pour finir sur le silence imposé aux démons : la plupart des traductions disent que s'il leur impose ce silence, c'est "parce que" ils savent qu'il est le messie ; mais ce "parce que" n'est pas évident du tout, on peut tout aussi bien comprendre qu'il leur interdit purement et simplement de dire qu'ils savaient, ou même qu'ils sauraient, qu'il est le messie. La question est exactement la même que quand Jésus demande aux douze "pour vous, qui suis-je" et que Pierre répond qu'il est le messie : Jésus leur interdit alors de le dire, et rien ne permet d'en conclure que cette interdiction résulterait de la seule prudence à cause du sens politico-militaire qu'avait la notion de messie. Que ce soit donc avec les démons ou avec ses disciples, rien ne permet de dire que Jésus ait jamais conçu qu'il serait le messie, ni dans le sens très terrestre attendu par les Juifs, mais pas non plus dans le sens le plus spirituel.

Il n'y a rien dans les évangiles qui atteste que Jésus se serait considéré comme étant ce fameux messie, encore moins qu'il ait été "le" fils de Dieu. En fait, comme tout mystique, et comme tout-un-chacun devrait s'y efforcer, il ne se souciait guère de se définir lui-même, l'essentiel pour lui était d'être ...qui il était ! Les chrétiens ont-ils eu raison de lui faire porter tous ces rôles qu'ils lui ont attribué en fonction de leurs conceptions théologiques et métaphysiques bien à eux, même ou surtout en prétendant que c'est "l'Esprit" qui le leur a inspiré ?

Illustration 1

puis s'étant levé de la synagogue
    il entra dans la maison de Simon
or la belle-mère de Simon était oppressée par une grande fièvre
    et ils le sollicitèrent pour elle
et se tenant debout au-dessus d'elle
    il engueula la fièvre et elle la laissa
alors aussitôt s'étant levée elle les servait
    
puis au coucher du soleil
    tous ceux qui avaient des malades de diverses maladies
les amenèrent devant lui
    et lui en imposant les mains sur chacun d'eux les guérissait
or des démons sortaient aussi de beaucoup
    criant et disant
« toi ! tu es le fils de Dieu »
    et en les engueulant il ne leur permettait pas de dire
qu'ils savaient qu'il est le messie
    
puis le jour venu il sortit
    et alla dans un lieu désert
et les foules le cherchaient et elles vinrent jusqu'à lui
    et elles le retenaient
qu'il ne s'en aille pas de chez eux
    mais il leur a dit
« aux autres villes aussi j'ai à annoncer la bonne nouvelle
    du royaume de Dieu
car c'est pour cela que j'ai été envoyé »

et il proclamait dans les synagogues de la Galilée

(Luc 4, 38-44)

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