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Billet de blog 4 novembre 2014

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Beaucoup d'appelés

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Billet original : Beaucoup d'appelés

Des foules nombreuses faisaient route avec lui. Il se tourne et leur dit : 

« Si quelqu'un vient à moi et ne hait point son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple ! Qui ne porte sa propre croix en venant derrière moi ne peut être mon disciple ! 

« Car lequel d'entre vous, s'il veut bâtir une tour, ne s'assoit d'abord pour calculer la dépense : s'il a pour terminer ? Autrement, s'il pose les fondations, et n'a pas la force de mener à terme, tous ceux qui voient  commencent à le bafouer en disant : "Cet homme a commencé à bâtir, et n'a pas eu la force de mener à terme !" 

« Ou bien quel roi, s'il va affronter un autre roi à la guerre, ne s'assoit d'abord pour examiner s'il est capable, avec dix mille, de rencontrer qui, avec vingt mille, vient contre lui ? Sinon, tandis qu'il est encore loin, il lui envoie une ambassade pour solliciter des conditions de paix. 

« Ainsi donc pour tous : qui parmi vous ne dit pas adieu à tous ses biens ne peut être mon disciple ! »

Luc 14, 25-33

Il est question ici, d'abord de se couper de tout lien familial, ensuite de se défaire de tous ses biens : on pourrait se croire dans une secte ! Il est probable que c'est ainsi qu'ont pu apparaître les premiers chrétiens dans l'empire romain. Un frère, une sœur, un fils, une fille, se laissaient entraîner par ces gens bizarres qui parlent d'égalité de tous les hommes, et il n'y avait plus rien à faire, une fois qu'on a mis un doigt dedans, ils deviennent inaccessibles à la raison. Persuadés que la fin du monde est proche, plus rien n'a d'importance à leurs yeux, ils ne respectent plus rien, ni les dieux de la cité, ni les convenances sociales. Ils se défont de tout ce qu'ils possèdent, qu'ils remettent entre les mains des responsables du mouvement... L'Église naissante a pu apparaître ainsi aux yeux de beaucoup. Comme tout engagement fort, l'adhésion au christianisme, tant qu'il a été largement minoritaire, a forcément perturbé le statu quo social, raison pour laquelle il était inévitable qu'il y ait des persécutions. "Qui ne porte sa croix..."

Il ne s'agirait pas, d'une part, de justifier ainsi tous les mouvements sectaires que nous pouvons connaître, hors ou dans les églises. Il est certain qu'il existe de nombreux loups déguisés en bergers qui abusent, avec plus ou moins conscience de ce qu'ils font, de la soif d'absolu qui réside en chacun de nous. D'ailleurs, ce texte ne parle pas d'adopter ces attitudes pour entrer dans une organisation ou institution, quelle qu'elle soit, mais seulement pour suivre une personne très précise, Jésus, dont personne n'est propriétaire. Il n'est pas dit non plus qu'on doive se fâcher avec qui que ce soit ! il est question de 'haïr', c'est un terme fort, mais on ne parle pas de manifester cette 'haine'. Enfin, il n'est pas dit non plus qu'on doive déshériter ses enfants, ni même dilapider les biens reçus de ses parents si cela les peine, seulement y renoncer pour soi-même. En réalité, rien ne justifie qu'on porte tort à qui que ce soit, sous prétexte qu'on veut répondre à un appel spirituel qu'on ressent comme essentiel pour soi.

Mais d'autre part, il ne s'agirait pas non plus de prendre ces exigences pour de pures allégories ou de vagues orientations à la limite du facultatif ! Même si le mot 'haïr' peut nous sembler un peu excessif, notons déjà qu'il ne s'applique pas seulement à nos proches, mais culmine dans la haine de "même notre propre vie". Ce texte ne parle pas du tout d'un repliement égoïste sur notre seul intérêt au détriment de nos proches. La formule vient en fait d'une culture où l'individu se définit en premier par la communauté dont il fait partie, famille, clan, village. Il s'agit donc de renoncer à tout ce qui fait notre identité, c'est-à-dire notre illusion d'identité. C'est le thème développé de son côté par Jean sous le terme de "seconde naissance". Nous ne sommes pas naturellement conscients de notre véritable personne, de notre être réel profond, et sa découverte nécessite de passer par un chemin qui nous fait effectivement mourir à celui que nous croyons être pour pouvoir naître à celui que nous sommes vraiment. Si on comprend ceci, le renoncement à nos biens matériels deviendrait presque une évidence, ou un accessoire ! ce n'est qu'une partie de ce que nous croyons être notre identité, mais pour certains ce peut être la partie dont il sera le plus difficile de se détacher.

Et les deux petites paraboles viennent alors nous mettre en face de nous-mêmes : c'est quoi notre religion, c'est quoi notre désir de Dieu ? Est-ce que nous sommes dans une philosophie, ou une morale, ou un conformisme ambiant ? Est-ce que nous sommes des chrétiens par héritage, des pratiquants sociologiques, des personnes de bonne volonté pleines de bonnes intentions ? tout ceci est fort honorable, très utile même à une vie en société harmonieuse et conviviale. Mais ce n'est pas l'essentiel de ce à quoi appelle Jésus. Lui parle de tout autre chose. Même si ce n'est pas incompatible, ce n'est pas le cœur du feu qu'il était venu répandre sur terre. À chacun alors de voir si cet appel lui parle, en sachant quel sera le coût de la dépense ou les forces à mobiliser, pour mener à bien son entreprise. Rencontrer Dieu en face à face ne peut pas se faire sans renoncer à tout ce qui n'est pas lui.

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