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Billet de blog 6 juin 2014

Vrai de vrai ?

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Billet original : Vrai de vrai ?

Quand ils ont déjeuné Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui dit : « Oui, Seigneur, tu sais mon affection pour toi ! » Il lui dit : « Pais mes agneaux. »  Il lui dit de nouveau, une deuxième fois : « Simon, de Jean, m'aimes-tu ? » Il lui dit : « Oui, Seigneur, tu sais mon affection pour toi ! » Il lui dit : « Sois le berger de mes brebis. »  Il lui dit, la troisième fois : « Simon, de Jean, as-tu de l'affection pour moi ? » Pierre est attristé qu'il lui demande pour la troisième fois : « As-tu de l'affection pour moi ? » il lui dit : « Toi, Seigneur, tu sais tout : tu connais mon affection pour toi ! » Jésus lui dit : « Pais mes brebis. 

« Amen, amen, je te dis : quand tu étais plus jeune, tu te ceignais et tu marchais où tu voulais. Quand tu sera âgé, tu tendras les mains et un autre te ceindra et t'amènera où tu ne veux pas. » Il dit cela pour signaler par quelle mort il glorifierait Dieu. Ceci dit, il lui dit : « Suis-moi. »

Jean 21, 15-19

Pour ces deux derniers jours du temps pascal (nous célèbrerons dimanche la Pentecôte, qui nous renverra, liturgiquement, à ce qu'on appelle le temps 'ordinaire' : je reviendrai sur ce terme plus tard), nous avons sauté par-dessus la Passion et la résurrection, et nous sommes dans le dernier chapitre de l'évangile de Jean. Ce chapitre 21 est reconnu comme un ajout ultérieur à l'évangile, qui se terminait précédemment avec le chapitre 20. Le chapitre 20 nous parle de la résurrection, des apparitions, et de la transmission de l'Esprit, et se déroule en Judée, à Jérusalem. Si on met de côté l'épisode avec Thomas, on peut même penser que, primitivement, tout était censé se passer le jour même de la découverte du tombeau vide : le disciple que Jésus aimait qui 'croit' en voyant la disposition précise des linges dans le tombeau, Marie de Magdala qui reconnaît Jésus dans le jardinier, et, le soir, l'apparition de Jésus aux disciples réunis et qui leur donne l'Esprit. Tout l'essentiel y est. Évidemment, présenté comme ça, on comprend vite qu'il s'agit d'un récit symbolique, qui ne prétend pas décrire des événements historiques, mais le sens que la communauté johannique a donné au tombeau vide et à son cheminement dans la foi ultérieur. Plus tard, est venue s'ajouter l'histoire de Thomas, à destination des premiers prosélytes qui voulaient rejoindre la communauté et qui, eux, n'avaient pas vécu le développement de cette foi. Et, bien plus tard encore, est venu s'ajouter le chapitre 21.

Ce chapitre 21 a pour caractéristique, par rapport au 20, de se dérouler en Galilée. On ne cherche pas à justifier ce contexte : pourquoi les mêmes qui étaient censés avoir reçu l'Esprit à Jérusalem le soir du "premier jour", se retrouvent maintenant là-bas, ayant visiblement repris leur ancien métier de pêcheurs, comme s'il ne s'était rien passé... Et les mêmes qui ont déjà vu Jésus ressuscité, cette fois-ci ne le reconnaissent pas... Évitons donc de rechercher ici des substrats historiques à un épisode dont le propos est visiblement dicté par de toutes autres considérations. En premier, le fait qu'il se déroule en Galilée, quand l'ensemble de l'évangile comporte très peu de scènes dans cette région, nous oriente déjà vers l'idée qu'il s'agit de concilier cet évangile, écrit par des judéens et pour des judéens, avec le courant majoritaire qui, lui, s'appuie sur l'expérience des galiléens. Et ce que décrit l'épisode d'aujourd'hui nous dit plus précisément qu'il s'agit, pour une communauté johannique qui ne se réclamait que du seul témoignage du disciple que Jésus aimait, de s'harmoniser avec une Église qui elle, de son côté, avait développé le thème de Pierre comme figure centrale justifiant de son authenticité et de son autorité. Si on examine la figure de Pierre dans l'évangile de Jean, on constate qu'elle n'a rien de bien reluisant. Il n'était donc pas possible d'intégrer l'évangile de Jean tel quel dans le corpus en cours de construction du canon des Écritures chrétiennes.

Je ne saurais évidemment affirmer qui a rédigé ce chapitre 21 de Jean. Le plus logique est que ce soit l'un ou l'autre de ceux qui étaient issus de cette communauté et qui souhaitaient rejoindre le courant paulinien/lucanien, le courant largement majoritaire, vivant et dynamique au moment où le courant johannique a implosé. Quoi qu'il en soit, c'est la seule raison de notre texte du jour : introduire Pierre dans son rôle de justification d'une hiérarchie. Le chapitre 21 ne comprend pas d'éléments essentiels de la révélation : Jésus est déjà apparu ressuscité, l'Esprit a déjà été donné. Nous sommes plus dans le domaine de la tambouille... et tout l'art de celui qui a rédigé la scène est de la relier explicitement au triple reniement de Pierre. Chez les synoptiques, particulièrement grâce à Matthieu, l'autorité de Pierre se fonde principalement sur sa proclamation, au cours du ministère de Jésus, qu'il était le Messie. Jean, pour lequel Jésus est surtout le Fils de Dieu, cette profession de foi, si jamais elle a eu lieu, n'a aucune valeur. Il lui faut pourtant asseoir l'autorité de Pierre ? il le fait donc dans une idée de repêchage. Ce n'est pas pour ses qualités que Jésus l'appelle à "paître ses brebis", c'est plus pour lui donner une chance de se rattraper. On peut donc considérer que l'auteur, tout en se prêtant à ce que les circonstances exigent de lui, fait preuve d'une grande habileté pour ne rien céder sur le fond. La communauté johannique décrit son fondateur, le disciple que Jésus aimait, comme le seul qui n'ait jamais failli, le premier qui ait compris la résurrection, le premier qui a cru. Elle n'est pas prête à renoncer à ses prétentions, sous prétexte qu'il lui faut composer avec ceux qu'elle considère comme étant largement défaillants par rapport à elle. Nous verrons demain comment, plus précisément, ce reste de la communauté johannique envisageait son rôle en relation à son nouvel 'associé'.

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