Il y a longtemps qu'on a souligné l'importance dans la littérature johannique du thème de l'unité, ou, si on préfère, de l'union, car il ne s'agit pas d'uniformité, il ne s'agit pas que nous soyons tous des clones les uns des autres, ni même de Jésus, mais il s'agit qu'au-delà de nos différences et spécificités personnelles, qui sont non seulement légitimes mais qui constituent même la richesse de l'existence, ces dernières ne soient pas pour autant sources de déchirements et animosités réciproques. Et on a eu beau jeu de souligner que la communauté johannique semble effectivement s'être déchirée, jusqu'à l'éclatement dans les débuts du deuxième siècle, et que ces tendances centrifuges qui la sous-tendaient pourraient expliquer l'insistance de ses écrits sur ce sujet.
Ceci n'empêche que ce thème soit essentiel, indépendamment même des déboires de ceux qui l'ont développé. On peut remarquer effectivement que c'est une des tendances les plus lourdes qui soient, non seulement parmi les humains, mais même à tous les niveaux de manifestation dans l'univers, que celle-ci, de la dispersion, et ce, à commencer par le fameux big-bang. Je ne dis pas que le big-bang ait été le début de l'univers, mais en tout cas de sa manifestation, ou peut-être plus précisément de cette manifestation-là dont nous sommes partie, et qu'est-ce que le big-bang sinon justement le passage par excellence du un au multiple, d'une singularité initiale, à une quantité proprement inimaginable d'ondes-particules, laquelle multiplicité est à l'origine de tout ce que va se mettre à contenir cet univers.
Mais si les choses s'en étaient arrêtées là... des ondes-particules, jouant chacune leur partition d'onde-particule dans son coin pour elle toute seule... Eh oui, non seulement nous ne serions pas là pour en parler et nous en émerveiller, mais il n'y aurait même pas le moindre organisme vivant, mais même pas non plus d'étoiles ni de planètes, il n'y aurait quasiment rien, des ondes-particules, de la neige sur notre téléviseur quand il n'y a plus d'émission... pas exactement le néant, mais voilà, juste des briques de base mais qui ne serviraient à rien ; en comparaison de toutes les merveilles de la nature que nous connaissons, quel gâchis, quelle désolation, si tout s'en était arrêté là. Or, si cela ne s'en est pas arrêté là, c'est qu'en même temps que naissait ce multiple dû à l'éclatement de l'un et au principe de dispersion, existait aussi un autre principe, celui de rapprochement et de composition du multiple dans des unités qui englobent les éléments de base.
Toute l'aventure de l'univers dont nous faisons partie est contenue là, dans ces niveaux successifs de compositions unitaires d'éléments multiples, donnant à chaque fois naissance à quelque chose de plus complexe et surtout beaucoup plus riche, des particules élémentaires aux atomes et molécules aux cellules et aux plantes et animaux jusqu'à nous les humains. Et tel est le sens profond de l'insistance de cette tradition johannique sur cette union à rechercher entre tous les humains ; c'est d'ailleurs la même idée que Paul a développée aussi avec son concept de corps mystique du Christ, cet "organisme" unique dont nous faisons tous partie.
A-t-on besoin d'adhérer à une notion de Dieu pour comprendre cela ? il me semble que non...
Agrandissement : Illustration 1
mais ce n'est pas seulement pour eux que je prie
mais aussi pour ceux qui croient en moi par leur parole
afin que tous soient un
comme toi Père tu es en moi et moi en toi
afin qu'eux aussi soient en nous
afin que le monde croie que c'est toi qui m'as envoyé
et moi je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée
afin qu'ils soient un comme nous sommes un
moi en eux et toi en moi
afin qu'ils soient parfaitement en union
afin que le monde connaisse
que c'est toi qui m'as envoyé
et que tu les as aimés comme tu m'as aimé
Père ! ceux que tu m'as donnés
je veux que où je suis moi eux aussi soient avec moi
afin qu'ils voient la gloire la mienne que tu m'as donnée
parce que tu m'as aimé avant la fondation du monde
Père juste !
mais le monde ne t'a pas connu
et moi je t'ai connu
et ceux-ci ont connu que c'est toi qui m'as envoyé
et je leur ai fait connaître ton nom
et je le ferai connaître
afin que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux
et moi aussi en eux
(Jean 17, 20-26)