Dans ses "yoga sutra", un grand classique de la littérature sanskrite et texte de référence pour le yoga encore de nos jours, Patanjali décrit entre autres toute une série de pouvoirs, de plus en plus extraordinaires, dont le yogi acquerra la capacité en avançant sur son chemin, comme par exemple de léviter, de devenir invisible, de se rendre présent simultanément en plusieurs lieux éloignés les uns des autres... mais à chaque fois il est bien précisé que ces pouvoirs sont aussi des obstacles si on y attache de l'importance. C'est exactement ce qui nous est dit aussi ici par Luc : que les disciples ne se réjouissent pas, qu'ils ne se vantent pas, des guérisons et exorcismes qui se sont produits par leur intermédiaire.
De telles capacités, pour eux comme pour Jésus lui-même d'ailleurs, ne viennent en effet pas d'eux, cela leur est donné. C'est ce que signifie l'expression ici que leurs noms étaient inscrits dans les cieux, mais qui aurait pu être signifié aussi en les qualifiant de fils de Dieu : les noms inscrits dans les cieux, cela veut dire qu'ils sont sans cesse présents dans le cœur de Dieu, c'est de là que leur viennent ces pouvoirs, et non d'eux-mêmes. D'où l'importance de ne pas se croire être l'origine desdits pouvoirs, de ne pas les attribuer à leurs seuls mérites, et c'est donc ce à quoi ils sont ici invités par Jésus, et nous aussi à leur suite, tout comme le fait Patanjali en s'adressant aux yogis de toutes les époques et de tous lieux.
Une telle disposition d'esprit mène alors à cette petitesse, à cette simplicité, qui est ensuite louée. Il n'est pas question de devenir des idiots ! il n'est pas dit qu'on ne puisse pas être sage et savant pour entrer dans cette attitude intérieure qu'on appelle aussi l'humilité, seulement que c'est souvent un obstacle, quand, là aussi, on croit être à l'origine de cette sagesse et de ces savoirs, alors qu'ils nous sont tout autant donnés que n'importe quelle autre sorte de capacité, jusque y compris d'éventuels pouvoirs "extraordinaires", lesquels ne sont pas surnaturels, seulement pour le moins inhabituels. En effet, même de tels "pouvoirs" font partie de notre nature, nos noms à toutes et tous sont tous inscrits dans les cieux ; à nous de le découvrir.
Nous sommes toutes et tous filles et fils de Dieu, du "père" comme l'appelait Jésus, témoignant ainsi, à la fois de ce qu'il avait radicalement laissé tomber l'image du Dieu qui juge, qui condamne, qui punit, du Dieu terrible dont il faut redouter la colère, et à la fois de ce qu'il lui rendait grâces et hommage de tout ce qu'il était, lui, Jésus : tout, absolument tout, de ce que nous sommes nous vient de Lui. Et Lui nous connaît, mais nous, le connaissons-nous ? c'est juste ça, être de ces "tout petits" auxquels ces choses cachées depuis l'origine du monde auront été révélées.
Trop simple ? déçue ou déçu ?
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puis revinrent les soixante-dix avec joie disant
« seigneur ! même les démons nous sont soumis en ton nom »
alors il leur a dit
« je regardais l'adversaire tombant du ciel comme un éclair
voici que je vous ai donné le pouvoir
de fouler aux pieds serpents et scorpions
et sur toute la puissance de l'ennemi
et rien ne pourra vous nuire
cependant ne vous réjouissez pas de ceci
que les esprits vous soient soumis
mais réjouissez-vous
de ce que vos noms avaient été inscrits dans les cieux »
à ce moment-là il exulta dans l'esprit saint et dit
« je te loue père
seigneur du ciel et de la terre
de ce que tu aies caché ces choses à des sages et des intelligents
et les aies révélées à de tout petits
oui père ! telle a été ta bienveillance
tout m'a été livré par mon père
et personne ne connaît qui est le fils
sinon le père
et qui est le père
sinon le fils et à qui le fils veut bien le révéler »
et s'étant tourné vers les disciples à part il a dit
« heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !
car je vous dis que
de nombreux prophètes et rois
ont désiré voir ce que vous voyez et n'ont pas vu
et entendre ce que vous entendez et n'ont pas entendu »
(Luc 10, 17-24)