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Billet de blog 5 décembre 2024

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Seigneur ! Seigneur !

Beaucoup me diront en ce jour-là : "Seigneur ! Seigneur ! n'est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ? et en ton nom que nous avons expulsé des démons ? et en ton nom que nous avons fait de nombreux miracles ?"

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

C'est quasiment un lieu commun que de dire que ce que le christianisme appelle les hérésies peuvent toutes être classées en deux grandes catégories : celles qui minimisent l'humanité de Jésus au profit de sa divinité, et celle qui relativisent sa divinité au bénéfice de son humanité. Dans le cas des premières, on obtient un Jésus dont l'humanité n'est pas vraiment réelle, il en a toutes les apparences, mais ce ne sont que des apparences, il n'est donc qu'une sorte de marionnette (pourquoi pas de nos jours un androïde ?). Un des critères pour débusquer ce genre de tendances est de se poser la question si l'homme en Jésus avait une conscience indépendante de sa divinité, autrement dit s'il avait son libre-arbitre, lequel libre-arbitre, pour être ce qu'on appelle effectivement un libre-arbitre, avait ses choix à faire, sans avoir de certitude sur ce que sa part divine, elle, de son côté, souhaitait qu'il choisisse.

À l'aune de ce critère, je crains que l'immense majorité des chrétiens ne se classent en réalité de ce versant-ci de l'hérésie. Ils se représentent, en effet, Jésus comme devant forcément savoir à tout moment, en toutes circonstances, ce qu'il avait à faire, ce qu'il devait faire. En fait, grosso modo, ils lui attribuent comme part humaine sa corporéité, et comme part divine son psychisme ; une âme divine dans une enveloppe corporelle. Alors oui, pas de problème pour eux, Jésus était vraiment homme, ce qui signifie qu'il avait un vrai corps, fait de chair et de sang... Mais à ce compte, il aurait aussi bien pu être une biche ou un sanglier ! Être humain ne se résume pas à un corps, fut-il un corps d'être humain ! Jésus était pleinement homme, avec une conscience humaine, absolument indépendante de sa conscience divine.

De l'autre versant des "hérésies", on trouve celles qui relativisent sa divinité, dont le cas peut-être le plus typique est l'arianisme : certes Jésus, outre son humanité, était aussi la deuxième "personne" de la "Trinité", cette "personne" qu'on appelle le Fils, mais cette deuxième "personne" n'est pas vraiment divine, pas tout-à-fait : elle n'est pas incréée, elle est une création du Père, sa toute première création, mais quand même une création... Ici, Jésus reste un cas absolument unique dans toute l'histoire de l'univers et de l'humanité, mais sa divinité n'en est pas moins quelque peu frelatée !

Je profite ici de l'occasion pour préciser que je n'ai personnellement rien contre les "hérésies". D'une part, parce qu'on a le droit de se tromper, de faire des erreurs, mais aussi parce que tout au long des siècles, innombrables sont ceux qui ont été considérés comme hérétiques, avant qu'on finisse par s'apercevoir que c'étaient eux qui, en fait, avaient raison, et ce, déjà dans le simple domaine des connaissances scientifiques, alors à plus forte raison dans celui de la métaphysique et de la théologie.

Qu'il me soit alors permis d'essayer de mieux expliciter ma position, qui semble interroger un certain nombre de personnes : je crois à la fois en la vraie humanité et la vraie divinité de Jésus, sans aucune réserve, mais je ne crois pas que ce soit cela qui le définisse par rapport à nous tous ; je crois que nous tenons toutes et tous des deux, qu'il y a en chacune et chacun de nous et du créé (de l'humain) et de l'incréé (du divin). Si Jésus peut nous servir de modèle, c'est en ce qu'il a su de manière remarquable, hors du commun, accorder son humanité à sa divinité. Je ne dis pas par là que je me sens de jamais l'égaler ni même de lui arriver à la cheville, bien que lui-même l'ait envisagé comme possibilité : "qui croit en moi fera lui aussi les œuvres que je fais, et même il en fera de plus grandes" (Jean 14, 12).

La question n'est pas là, dans un concours du plus grand, du premier de la classe, de la palme académique. Mais la question est que, en le divinisant dans un sens où on fait de lui une exception absolue, unique par principe, alors inéluctablement on va en arriver à le mettre à la place de Dieu lui-même, on va se mettre à l'appeler "Seigneur ! Seigneur !", alors que ce titre est réservé à Dieu seul, et on l'interpose ainsi entre le Père et nous, alors que toute sa vie durant n'a été qu'un effort pour nous révéler, et nous tourner vers, le Père. Si Jésus est un modèle pour nos vies, c'est en cela, c'est dans cette relation qu'il avait au Père, et c'est ce qu'il attend de nous, son seul souhait, que nous entrions nous aussi dans cette même relation qu'il avait avec le Père : faire sa volonté.

Illustration 1

ce n'est pas quiconque qui me dit "seigneur ! seigneur !"
    qui entrera dans le royaume des cieux,
mais qui fait la volonté de mon père celui dans les cieux

    beaucoup me diront en ce jour-là
"seigneur ! seigneur !
    n'est-ce pas
en ton nom que nous avons prophétisé ?
et en ton nom que nous avons expulsé des démons ?
et en ton nom que nous avons fait de nombreux miracles ?"
    et alors je leur assurerai
"jamais je ne vous ai connus
    éloignez-vous de moi ! vous qui œuvrez l'iniquité "
    
ainsi quiconque entend ces paroles miennes et les fait
    sera semblable à un homme sensé
    qui a bâti sa maison sur le roc
et la pluie est tombée
et les torrents sont arrivés
et les vents ont soufflé et se sont jetés sur cette maison
et elle n'a pas fléchi
    parce qu'elle avait été fondée sur le roc

et quiconque entend ces paroles miennes et ne les fait pas
    sera semblable à un homme idiot
    qui a bâti sa maison sur le sable
et la pluie est tombée
et les torrents sont arrivés
et les vents ont soufflé et se sont jetés sur cette maison
et elle a fléchi
et son écroulement a été grand

(Matthieu 7, 21-27)

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