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Billet de blog 6 août 2024

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Pour le faire roi

et ayant renvoyé les foules il monta sur la montagne seul prier et le soir venu il était là seul et la barque déjà à plusieurs stades de la terre était mise à mal par les vagues car le vent était contraire et à la quatrième veille de la nuit...

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Si Jésus doit "obliger" les disciples à repartir en barque sur le champ, c'est donc que, eux, n'en ont pas du tout envie ! et on peut les comprendre, voici que Jésus vient d'accomplir le plus grand signe qui se soit produit depuis les débuts de son ministère, une foule de plus de cinq mille hommes (sans compter les femmes et les enfants !) nourrie, rassasiée jusqu'à plus ouf, à partir de cinq pains, de rien. C'est un événement exceptionnel, il y a là un potentiel politique à exploiter sur le champ, Jésus n'a pas l'air de s'en rendre compte, mais eux, les disciples, le comprennent parfaitement, et l'évangile de Jean (6, 15) le dit d'ailleurs clairement : "ils doivent venir ravir Jésus pour le faire roi".

Le "ravir" : ils ne vont pas lui demander son avis, ils vont s'emparer de lui, l'emmener de force à Jérusalem, et là, ils le confronteront au sanhédrin (voyez ce qu'il a fait, il ne peut être que le Messie)... et il n'y a aucune raison de supposer que les disciples seraient à la traîne dans ce mouvement de la foule, bien au contraire, on le sait bien, qu'ils ne rêvent que d'être les futurs ministres du nouveau gouvernement, ce seront eux les chefs, et ils sont évidemment déjà à la manœuvre, ce sont eux qui dirigent, canalisent, aiguillonnent cette foule. Voilà pourquoi Jésus doit, en tout premier, les forcer, eux, à dégager ; filez ! allez voir de l'autre côté du lac si j'y suis ! allez, ouste ! et bon vent !

Et puis il renvoie aussi la foule, et enfin le voici seul, et il lui faudra bien une grande partie de la nuit pour faire le point, du moins essayer : où en est-il ? que faire maintenant ? tout arrêter ? partir, disparaître ? et sinon quoi ? Les choses sont maintenant claires : les "miracles", ces "signes" qui se produisent par son intermédiaire, voilà à quoi ça va forcément mener, et plus ça ira, plus ça sera inévitable, c'est comme ça, les gens, si on leur donne un doigt, ils vont vouloir le bras entier, et on ne peut pas les en empêcher. Les miracles ne sont pas une solution, ils sont le problème ! le problème des hommes, qui attendent toujours que tout leur tombe tout cuit du ciel...

On n'en sait pas plus sur ce qu'a décidé Jésus cette nuit-là, sur le fond, si tant est qu'il ait décidé quelque chose. Ce qu'on sait, c'est qu'il a donc finalement choisi de rejoindre les disciples dans leur barque, qui étaient en train de sacrément galérer, quelles qu'en soient les raisons, pour en être encore là au milieu du lac au dernier quart de la nuit ! cela au moins il le sait, il ne peut pas les laisser tomber comme ça, ils comptent sur lui, même si c'est en se trompant du tout au tout sur ce qu'il peut réellement faire pour eux. Quant à où cela va le mener...

...bientôt il va commencer à les prévenir que ça va mal se finir ; ils ne l'entendront pas, ils ne voudront pas le croire, Jésus devra même traiter Pierre de satan, et jusqu'au bout ils s'imagineront qu'il échappera finalement au sort que lui réservent les autorités religieuses, qu'il en triomphera, qu'il leur manifestera sa messianité, en bref, qu'il fera ce qu'ils auraient voulu qu'il fasse quand ils étaient prêts à "le ravir pour le faire roi". Il faut les comprendre, ils ne peuvent pas penser autrement, c'est là toute l'attente de tout leur peuple, le Messie politico-militaire qui va chasser les romains et rétablir la souveraineté d'Israël sur "sa" terre.

Et on en est encore et toujours là deux mille ans plus tard, tant dans le judaïsme que dans le christianisme.

Illustration 1

et aussitôt il obligea les disciples à monter dans la barque
    et à le précéder de l'autre côté
pendant qu'il renverrait les foules
et ayant renvoyé les foules
    il monta sur la montagne seul prier
et le soir venu il était là seul

et la barque déjà à plusieurs stades de la terre
    était mise à mal par les vagues
    car le vent était contraire
et à la quatrième veille de la nuit
    il vint vers eux en marchant sur la mer
alors les disciples le virent marcher sur la mer
    et furent troublés
    disant que c'était un fantôme
et de peur ils crièrent
    mais aussitôt Jésus leur parla en disant
« ayez confiance ! c'est moi ! n'ayez pas peur ! »

    alors répondant Pierre lui dit
« Seigneur ! si c'est toi
ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux ! »
    et il dit
« viens ! »
    et Pierre descendit de la barque
    et il marcha sur les eaux
    et vint vers Jésus
mais voyant la véhémence du vent il craignit
    et ayant commencé à couler il cria en disant
« Seigneur ! sauve-moi ! »
    et aussitôt Jésus tendit la main et le saisit et lui dit
« minicroyant ! pourquoi as-tu douté ? »
    et ils montèrent dans la barque et le vent tomba
    alors ceux de la barque se prosternèrent devant lui en disant
« vraiment tu es un fils de Dieu ! »
    
et ayant achevé la traversée ils abordèrent à Gennésareth.
    et l'ayant reconnu
les hommes de ce lieu envoyèrent vers tous les alentours
    et on lui présenta tous ceux qui allaient mal
et on le suppliait de seulement toucher la frange de son vêtement
    et tous ceux qui touchèrent furent guéris

(Matthieu 14, 22-36)

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