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Billet de blog 6 sept. 2017

Des organes des sens

L'univers a-t-il des intentions ?

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Le mot "intention" vient du latin "intendere" qui signifie "tendre vers". On peut remarquer que le préfixe "in" de "intendere" sous-entendrait un peu plus que de "tendre vers", puisque "in" signifie "dans" et non pas "vers". Le préfixe qui signifie "vers", en latin, c'est "ad", et c'est "attendere" qui devrait signifier "tendre vers", ce qui est un peu le cas, mais avec un sens quand même plus passif, plus de réception par les sens : "attendere" est utilisé quand il s'agit de tendre l'oreille, de faire attention, quand "intendere" a un sens plus actif, impliquant plutôt un mouvement, une action. Ainsi s'explique la différence entre le "in" et le "ad", à peu près respectée en français dans la différence entre l'intention et l'attention.

Dire que l'univers aurait des intentions, ce serait donc le décrire comme déroulant son chemin en direction de réalisations dont il aurait au préalable le projet ; et on pourrait le dire pour ce qu'il a déjà réalisé, ou pour ce qu'il réalisera encore éventuellement en continuant sur la route de son évolution. Ces intentions seraient là un peu comme un arrière-plan — ou mieux encore, comme un avant-plan, quelque chose placé devant et dont l'univers n'aurait de cesse qu'il se réalise. Bien sûr, parler d'intentions de l'univers, c'est lui attribuer une sorte d'esprit, qu'on voie cet esprit comme lui étant extérieur — un dieu créateur, caractéristique de la pensée occidentale —, ou intérieur — le dieu de Spinoza, ou le brahman des hindous, traditionnellement plutôt caractéristique de la pensée orientale.

On pourrait cependant distinguer encore une nuance selon qu'on parlerait d'intentions, au pluriel, ou d'une intention, au singulier. Si l'univers — autrement dit, donc, l'esprit qui l'anime, que ce soit de l'extérieur ou de l'intérieur — n'a qu'une intention, alors cet univers est en réalité exactement le même que l'univers du matérialisme le plus strict. Ceci peut sembler paradoxal, mais traduit simplement le fait que dans l'un et l'autre paradigme il n'y a aucune place pour un libre-arbitre, ou une volonté, individuels, réels. Nous sommes dans les deux cas dans une prédestination sans échappatoire, quel que soit le désir que nous ayons de nous le masquer, quel que soit aussi l'agrément ou le désagrément que nous voulions trouver malgré tout à notre condition.

Si par contre l'univers a des intentions, et non pas une seule, alors il est éventuellement possible que nous ayons quelques vagues prémices de liberté, à savoir la liberté de choisir entre plusieurs options, plusieurs chemins, et qui ne mènent pas au même lieu, à la même situation, finaux. Cette possibilité de finalités plurielles est, dans ce cas, une nécessité, du fait que sinon, si la finalité ultime est unique, alors on retombe dans l'intention unique aussi. En langage religieux de base, du moins dans bon nombre de religions, une telle finalité multiple existerait, apparemment, mais limitée à seulement deux options, l'enfer et le paradis. Même si l'enfer est alors présenté comme étant de la responsabilité de la personne et non de la divinité, il est pourtant inévitable qu'il fasse en fait partie des intentions de ladite divinité.

Il est cependant regrettable que l'imaginaire religieux se limite à cette seule dichotomie. Certes il existe des notions comme le purgatoire en occident, ou comme les vies successives en orient, mais ce ne sont là que des situations provisoires, pas la finalité ultime, laquelle ne comprend de fait, au mieux, que ces deux possibilités, béatitude infinie ou l'inverse. L'imaginaire religieux est un imaginaire qui ne connaît que le noir et blanc, pas la couleur... L'imaginaire religieux est toujours manichéen, tendant toujours à vouloir faire passer ses ouailles par les fourches caudines d'un chemin unique, d'une seule porte possible, d'un seul sauveur, d'un seul objectif, d'un seul bonheur. Bref, l'imaginaire religieux est toujours ennuyeux et triste à en mourir, quel que soit le foisonnement apparent qu'il puise manifester en façade.

Ce à quoi nous pourrions aspirer, donc, ce serait plutôt à des intentions réellement plurielles. Mais en nous avançant dans cette direction, nous allons alors nous rendre compte d'un phénomène curieux, à savoir qu'à partir du moment où il y a plusieurs possibilités réellement différentes les unes des autres, et non seulement deux possibilités soit-disant différentes mais qui ne sont en réalité que les deux extrêmes d'une seule échelle, alors il ne peut y avoir qu'une infinité de possibilités. Dès qu'on sort du noir et blanc, les couleurs ne peuvent être qu'en nombre infini. Même si on peut plus ou moins les ordonner et les classer par affinités ou proximités, il n'est pas possible de réduire la qualité des couleurs à une seule échelle, fut-ce celle de leur longueur d'onde.

Nous pourrions nous appuyer aussi sur le domaine des sons, comme métaphore qui serait peut-être encore plus parlante : comment dire, par exemple, que le son d'un violon serait intrinsèquement plus valable, plus beau en soi, que celui d'une flûte ? ou qu'un rythme à trois temps serait plus joli qu'un rythme à quatre temps, un concerto plus émouvant qu'une symphonie, un soliste plus expressif qu'un chœur, etc ? Tout son peut devenir musique, et il est impossible d'établir un critère unique de classification des musiques, voilà la réalité d'un univers aux intentions multiples, c'est-à-dire, finalement, sans réellement d'intentions, puisque tout est ouvert, tout est susceptible de faire sens, en sorte qu'au bout du compte il vaudrait sans doute mieux parler des attentes d'un tel univers, que de ses intentions.

Un univers qui a des attentes est un univers qui peut prendre sens, mais pas d'un sens défini à l'avance, d'un sens qui reste donc, à tout moment, ouvert à tous les possibles, sans limitations.

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