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Billet de blog 6 décembre 2024

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Miroir, mon beau miroir

Avoir la foi, dans la tradition biblique, c'est très différent de ce que nous appelons "croire". Quand nous disons "je crois que", c'est comme une opinion qu'on avance, sujette à caution ; dans la Bible, la foi est à l'inverse, une certitude...

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Avoir la foi, dans la tradition biblique, c'est très différent de ce que nous appelons "croire". Quand nous disons "je crois que", c'est comme une opinion qu'on avance, qui ne s’avérera peut-être pas fausse, du moins pas entièrement, mais qui peut aussi l'être complètement. Dans la Bible, la foi est à l'inverse, une certitude, laquelle certitude peut comporter des degrés divers, mais il y a nécessairement en elle un noyau qui, lui, ne souffre aucun doute. "Avez-vous foi que je peux faire cela ?" ne signifie donc pas "Est-ce que vous aimeriez bien que je fasse cela ?", mais "Est-ce que vous êtes sûrs que je peux le faire...?", et si ils répondent "Oui !", alors cela se produit, "Qu'il en soit selon votre foi !", selon le degré réel, effectif, de leur foi.

Tout dépend donc de ce dont ils sont sûrs. Cette formule, "qu'il en soit selon votre foi", ne se retrouve qu'en quelques autres occasions (le fils du chef de cent, la fille de la Cananéenne), mais la même idée est développée à plusieurs reprises avec l'image de montagnes ou d'arbres que n'importe qui pourrait déplacer, pourvu qu'on ait un minimum de foi (gros comme une graine de moutarde...). On notera cependant que ici, dans ces cas où il est question de guérisons, si elles se produisent donc à la mesure de la foi des bénéficiaires, il n'en reste pas moins qu'ils ont dû passer par Jésus. Son rôle s'est certes borné à dire cette phrase "qu'il en soit selon votre foi", mais il semble que cela était pourtant nécessaire, ils avaient besoin que quelqu'un leur serve ainsi, en quelque sorte, de miroir, pour qu'ils puissent être assurés que, oui, telle était bien leur foi, leur certitude.

Ceci, ce rôle semblable à celui d'un miroir, je vois au moins deux situations caractéristiques dans lesquelles il joue un rôle important. Le premier, encore assez proche de ces cas de guérisons "miraculeuses", est celui du cheminement spirituel, quand on reçoit une grâce, quand on bénéficie d'une manifestation "sur-naturelle", de quelque ordre qu'elle soit. Bien que de tels événements, simplement de par leur nature extra-ordinaire, soient parlants en eux-mêmes, et comportent ainsi une sorte d'auto-certification, pourtant celle ou celui qui en est gratifié.e aura besoin d'en parler à au moins une personne. On pourra interpréter ce besoin comme on voudra : en soi, ce fait d'en parler, ne change pourtant rien à l'expérience en elle-même. Mais si le miroir renvoie une image négative (ce qui risque malheureusement d'être de plus en plus le cas dans notre société gagnée par le matérialisme), les conséquences pourront en être dramatiques.

J'ai supposé pour l'instant que l'expérience était authentique, ce qui signifie aussi authentiquement comprise. Je me souviens par exemple d'une personne qui était sortie du coma avec l'image qu'elle s'y trouvait dans les bras de Dieu, lequel lui expliquait tout. Il est évident que l'histoire des bras de Dieu ne pouvait être qu'un symbole, et si elle avait voulu s'y accrocher comme à une réalité littérale, cela aurait été dommage pour elle. Ceci est juste un exemple, mais de telles méprises peuvent, bien sûr, être beaucoup plus subtiles, et c'est ce qui, au final, aboutit aux religions avec tout ce qu'elles peuvent avoir de mort et figé. Mais pour en revenir à l'exemple, à côté de l'histoire des bras, il restait quand même le sentiment en lui-même, d'avoir été "comme" bercée, d'avoir été effectivement aimée pour elle-même, et ce sentiment-là, lui, était certainement authentique, aussi authentique que l'amour que nous pouvons recevoir de parents, de conjoints, etc.

En somme, pour une personne qui aura à jouer un tel rôle de miroir pour d'autres ayant vécu, vivant, de telles expériences spirituelles, il lui faudra donc s'y connaître elle-même, avoir elle-même une expérience du même domaine, pour qu'elle sache discerner entre le bon grain et l'ivraie, et tel est au fond le rôle que tient ici Jésus, pierre de touche de la foi de ces aveugles. Sinon, on est dans la parabole des aveugles qui prétendent guider des aveugles...

La seconde situation alors que je voie où le rôle de miroir joue aussi un rôle important, est celui de ce qu'on appelle les psychothérapies. En fait, ce n'est là quasiment qu'un cas particulier du précédent, la différence étant qu'on ne va pas nécessairement y entrer explicitement dans le domaine spirituel, ne serait-ce que parce que le "thérapeute" en ignore le moindre rudiment, voire "croit" qu'un tel domaine n'est que pur fantasme, ce qui aboutira en ce cas aux conséquences dramatiques évoquées ci-dessus. Mais si on suppose qu'il est cependant capable de mettre de côté ses croyances, son rôle, au seul niveau psychique donc, sera similaire au cas précédent si : d'une part il est tout entier présent à la personne qui compte sur lui (ce qui veut dire qu'il fait abstraction de tout concept, de toute théorie, sur ce qu'est le psychisme, et au-delà...), et d'autre part et en même temps tout entier présent à lui-même (ce qui signifie à ce qu'il ressent, à ses sentiments).

Et puis, il y a quand même une troisième situation, c'est celle de la vie de tous les jours, dans nos relations sociales, où nous jouons à la fois les deux personnages, celui qui cherche un miroir, et celui qui sert de miroir aux autres, avec là des résultats très aléatoires selon qu'on sache choisir ses amis, ou qu'on ait à subir par la force des choses des relations qui nous épuiseront, tant de personnes se trouvant sans aucune boussole dans ce monde...

Illustration 1

    et partant de là
deux aveugles suivirent Jésus
    criant et disant
« aie pitié de nous ! fils de David »
    et étant arrivé à la maison
les aveugles s'approchèrent de lui

    et Jésus leur dit
« avez-vous foi que je peux faire cela ? »
    ils lui disent
« oui ! seigneur »

    alors il toucha leurs yeux en disant
« qu'il en soit pour vous selon votre foi ! »
    et leurs yeux furent ouverts
    et Jésus les a sévèrement avertis en disant
« voyez à ce que personne ne le sache ! »
    mais eux étant partis
    le divulguèrent dans tout ce pays-là

(Matthieu 9, 27-31)

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