Assis sur le siège de Moïse, "les scribes et les pharisiens" sont considérés ici dans leur fonction d'enseignants. Cet enseignement, s'il peut passer par un certain nombre de prescriptions à observer, a un but cependant beaucoup plus important, qui est celui de faire connaître Dieu. Le but est là, évoqué par exemple par Jérémie (31,34) quand il anticipe sa réalisation : « Ils n’auront plus à instruire chacun son compagnon, ni chacun son frère en disant : "Apprends à connaître le Seigneur !" Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands. »
Plutôt que d'enseignement, on devrait peut-être parler alors d'initiation. Au-delà de pratiques, au-delà de comportements, au-delà d'une morale, c'est d'entrer en relation personnelle, de tout notre être — intelligence, sentiments, sensations — avec celui, ou cela (?), qui est notre être même. Voilà ce qu'est connaître Dieu, au sens biblique de "connaître" : naître avec. Découvrir cette présence qui a toujours été là en nous, puisqu'en fait elle est nous-même.
Alors, pour une telle tâche — celle d'accompagner l'autre vers cette découverte, que lui seul en fait peut faire — il semble que la première condition soit de l'avoir au moins faite soi-même. Avant de prétendre guider des aveugles, il vaut mieux ne pas l'être... Ce n'est pas nécessairement un reproche qui est fait ici aux "scribes et pharisiens", plutôt une simple constatation d'un état de fait : quoi qu'ils se l'imaginent, ils ne savent pas de quoi ils parlent, sinon ils ne se comporteraient pas comme ils le font dans leur vie courante.
En réalité, pour une telle initiation, il n'y a pas d'autre chemin que de le suivre soi, jusqu'au bout, si tant est qu'il y ait un bout. C'est, par ce qu'on est, que nous pouvons servir l'autre, autrement dit c'est dans la mesure où ce n'est plus nous qui vivons notre vie mais où c'est Dieu qui la vit. Alors, oui, nous ne sommes plus que serviteurs, de l'Autre, et de l'autre : le fils de l'homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir.
Agrandissement : Illustration 1
Alors Jésus parle aux foules et à ses disciples.
Il dit :
« Sur le siège de Moïse
sont assis les scribes et les pharisiens.
Donc, tout ce qu'ils vous disent, faites-le, et gardez-le !
Seulement ne faites pas selon leurs œuvres,
car ils disent et ne font pas.
Ils cordent des charges lourdes
et les imposent sur les épaules des hommes,
mais eux-mêmes, de leur doigt
ils ne veulent pas les remuer !
Toutes leurs œuvres, ils les font
pour être remarqués par les hommes.
Car ils élargissent leurs phylactères
et agrandissent leurs tresses.
Ils aiment le premier sofa dans les dîners,
et les premières stalles dans les synagogues,
et les salutations sur les places publiques,
et être appelés par les hommes : ‘Rabbi...’
Pour vous, ne soyez pas appelés : ‘rabbi’,
car unique est votre maître,
tous vous êtes frères.
N'appelez ‘père’ nul d'entre vous sur la terre,
car unique est votre père du ciel.
Ne soyez pas appelés : ‘chef’,
car votre chef est unique : le messie.
Le plus grand d'entre vous sera votre servant.
Qui se haussera sera humilié,
qui s'humiliera sera haussé. »
(Matthieu 23, 1-12)