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Billet de blog 7 avril 2023

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Le Jésus de Jean est-il encore vraiment humain ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dans la Passion selon Jean, Jésus ne comparaît pas devant le sanhédrin : celui-ci s'était déjà réuni (Jean 11, 47-53), longtemps avant, et la décision avait été prise à ce moment-là — décision contre laquelle s'était sans doute élevé Nicodème, même si l'évangile a placé cette protestation encore plus auparavant (Jean 7, 50s), dans un autre contexte, où elle n'a de fait pas de sens. Une fois arrêté, Jésus est donc emmené chez Hanne, le "parrain", et ceci, semble-t-il, juste pour satisfaire la curiosité de ce dernier, laquelle reçoit une fin de non-recevoir, et basta ! on nous dit que Hanne envoie Jésus chez Caïphe, puis directement que Caïphe l'envoie chez Pilate...

Les quatre évangiles s'accordent pour s'efforcer de disculper Pilate, mais c'est Jean qui remporte la palme des tergiversations de celui-ci, et d'autre part les raisons de l'évangéliste ne sont pas les mêmes que celles des synoptiques. Pour Matthieu, Marc et Luc, le contexte dans lequel ils écrivent est celui d'une volonté d'expansion de leur mouvement naissant à l'ensemble de l'empire romain : en rendant Pilate responsable de la mort de leur champion, ils se tireraient une balle dans le pied, se suscitant par avance l'hostilité des autorités civiles. Ils veulent montrer patte blanche : voyez, nous ne sommes pas des agitateurs, vous n'avez rien à craindre de nous...

Jean a une toute autre motivation : étant issu des rangs de cette aristocratie sacerdotale qui est la vraie responsable de la mort de Jésus, il règle ses comptes. Tous ces scrupules qu'il attribue à Pilate n'ont pour objet que de faire mieux ressortir que ce sont Hanne, Caïphe, et toute la "famille", qui sont à la manœuvre. Mais on sait qu'en réalité, d'une part Pilate n'avait aucune sympathie pour les juifs d'une manière générale, plutôt le contraire, et d'autre part qu'il s'entendait semble-t-il très bien avec Caïphe, et réciproquement, dans le cadre d'une fructueuse entente strictement politicienne, pour qu'il y ait le moins possible de troubles à l'ordre public. Là aussi, donc, l'issue est en fait écrite d'avance...

Jean n'insiste pas non plus sur l'exécution en elle-même, en deux temps trois mouvements Jésus se retrouve sur la croix, aucun signe de souffrance, ni même de difficulté : il la porte tout seul, une fois crucifié il s'occupe de l'avenir des deux personnes qu'il aime le plus (sa mère, et "le" disciple = l'évangéliste lui-même), et, ayant dit qu'il avait soif juste pour qu'on lui fasse boire du vinaigre — comme il est dit dans le Psaume 69(68), 22 —, il "livre l'Esprit" : ce n'est pas la mort qui le prend, c'est lui qui décide. Le verbe grec paradidomi signifie "confier (quelque chose à quelqu'un)", ce qui peut signifier qu'il rend son esprit au Père, mais aussi possiblement qu'il le transmet en héritage, pour sa postérité ; c'est ce qu'il fera plus explicitement après sa résurrection (Jean 20, 22 : "il souffle et leur dit : « Recevez l'Esprit saint. »")...

Jean nous montre ainsi un Jésus maître de son destin, jusque y compris du moment précis de sa mort. On ne peut que penser ici à ce qui est dit aussi de certains "grands" yogis, prévenant à l'avance leur entourage du jour et de l'heure où ils "partiront". Ce jour-là, tout l'ashram se réunit autour du maître, et à l'heure dite celui-ci, effectivement, "rend l'esprit". La différence, ici, pour Jésus, est qu'il est crucifié, après avoir subi des traitements extrêmement violents, dans une position asphyxiante, exténué, complètement à bout. Jean a-t-il quand même raison, au moins symboliquement, de vouloir affirmer que ce n'est pas la mort qui s'est imposée à Jésus, c'est lui qui l'a choisie, et qui l'a donc déjà vaincue, malgré les conditions dans lesquelles elle s'est déroulée ? Ce Jésus de Jean est-il encore vraiment humain ?

Illustration 1

Cela dit, Jésus sort avec ses disciples
    de l'autre côté du torrent du Cédron,
où il y avait un jardin
    dans lequel il entre, lui et ses disciples.
Lui aussi, Judas qui le livre, sait le lieu,
    car souvent Jésus s'y est retrouvé avec ses disciples.
Judas donc, prenant la cohorte,
    et des gardes des grands prêtres et des pharisiens,
viens là, avec lanternes, lampes et armes.

Jésus donc, sachant tout ce qui vient sur lui,
    sort et leur dit : « Qui cherchez-vous ? »
Ils lui répondent : « Jésus le Nazôréen. »
Il leur dit : « Je le suis. »
Judas aussi, qui le livre, se tient avec eux.
Quand donc il leur dit : Je le suis,
    ils reculent en arrière et tombent sur le sol.
De nouveau donc il les interroge : « Qui cherchez-vous ? »
Ils disent : « Jésus le Nazôréen. »
    Jésus répond :
« Je vous ai dit : Je le suis.
Si donc c'est moi que vous cherchez,
    laissez ceux-là s'en aller. »
Pour accomplir la parole qu'il avait dite :
Ceux que tu m'as donnés,
    je n'ai perdu aucun d'entre eux.
    
Simon-Pierre donc, ayant une épée, la tire
    et atteint le serviteur du grand prêtre :
il lui coupe le coin de l'oreille droite.
Le nom du serviteur : Malchos.
    Et Jésus dit à Pierre :
« Jette l'épée au fourreau.
La coupe que me donne le Père,
    je ne la boirai pas ? »

Alors la cohorte, l'officier et les gardes des Juifs
    s'emparent de Jésus et le lient.
Ils l'amènent chez Hanne d'abord :
    car il était beau-père de Caïphe,
    qui était grand prêtre cette année-là.
(C'était Caïphe qui avait conseillé aux Juifs :
Il y a intérêt à ce qu'un seul homme
    meure pour le peuple.)
Simon-Pierre suit Jésus,
    et aussi un autre disciple.
Ce disciple-là était connu du grand prêtre,
    et il entre avec Jésus dans la cour du grand prêtre.
Pierre se tient à la porte, dehors.
L'autre disciple, connu du grand prêtre, sort donc
    et parle à la portière :
il fait entrer Pierre.
    La servante, la portière, dit donc à Pierre :
« Tu ne serais pas, toi aussi, des disciples de cet homme ? »
    Lui, dit :
« Je n'en suis pas ! »
Les serviteurs et les gardes qui se tiennent là
    ont fait un feu de braise à cause du froid,
    et ils se chauffaient.
Pierre aussi était avec eux à se chauffer.
    
Le grand prêtre donc questionne Jésus
    sur ses disciples et sur son enseignement.
    Jésus lui répond :
« C'est en public que j'ai parlé au monde,
j'ai toujours enseigné en synagogue et dans le temple,
    où tous les Juifs se réunissent ;
je n'ai rien dit en secret !
Pourquoi me questionnes-tu ?
Questionne donc les auditeurs :
    que leur ai-je dit ?
Voici, eux savent ce que j'ai dit, moi ! »
Quand il eut ainsi parlé,
    un des gardes présents donne une gifle à Jésus en disant :
« C'est ainsi que tu réponds au grand prêtre ? »
    Jésus lui répond :
« Si j'ai mal parlé, témoigne où est le mal.
    Si j'ai bien parlé, pourquoi me battre ? »
Alors Hanne l'envoie lié chez Caïphe, le grand prêtre.
    
Simon-Pierre se tenait là à se chauffer.
    Ils lui disent donc :
« Et toi, tu ne serais pas de ses disciples ? »
    Lui, il nie et dit :
« Je n'en suis pas. »
Un des serviteurs du grand prêtre dit
    (c'est un parent
    de celui à qui Pierre avait coupé un bout d'oreille) :
« Est-ce que moi je ne t'ai pas vu dans le jardin avec lui ? »
    De nouveau Pierre nie.
Aussitôt un coq chante.
    
Ils amènent donc Jésus
    de chez Caïphe au prétoire.
C'était le matin.
Eux-mêmes n'entrent pas au prétoire
    pour ne pas se contaminer mais pouvoir manger la Pâque.
    Pilate donc sort vers eux dehors et dit :
« Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? »
    Ils répondent et lui disent :
« S'il n'était pas un mal-faisant
nous ne te l'aurions pas livré ! »
    Pilate donc leur dit :
« Prenez-le, vous, et jugez-le selon votre loi. »
    Les Juifs lui disent donc :
« Pour nous, il ne nous est pas permis
    de tuer quelqu'un. »
Ceci pour accomplir la parole de Jésus
    dite pour signaler de quelle mort
il devait mourir.

Pilate entre donc de nouveau dans le prétoire,
    il appelle Jésus et lui dit :
« Toi, tu es le roi des Juifs ? »
    Jésus répond :
« Est-ce de toi-même que tu dis cela ?
ou si d'autres te l'ont dit de moi ? »
    Pilate répond :
« Est-ce que moi je suis Juif ?
    Ta nation et les grands prêtres t'ont livré à moi.
Qu'as-tu fait ? »
    Jésus répond :
« Mon royaume à moi n'est pas de ce monde.
Si mon royaume était de ce monde,
    mes gardes auraient lutté
    pour que je ne sois pas livré aux Juifs.
Mais, en fait, mon royaume à moi n'est pas d'ici. »
    Pilate lui dit donc :
« Ainsi donc, tu es roi ? »
    Jésus répond :
« C'est toi qui dis que je suis roi.
Moi, c'est pour ceci que je suis né
    et que je suis venu dans le monde :
    pour témoigner de la vérité.
Qui est de la vérité entend ma voix. »
    Pilate lui dit :
« Qu'est-ce que la vérité ? »

Ce qu'ayant dit,
    de nouveau il sort vers les Juifs et leur dit :
« Moi, je ne trouve en lui aucun motif.
Mais il y a une coutume pour vous,
    que je vous renvoie quelqu'un pour la Pâque.
Voulez-vous donc que je vous renvoie
le roi des Juifs ? »
    Ils crient donc de nouveau en disant :
« Pas celui-là, mais Barabbas ! »
    Or Barabbas était un bandit.

Alors donc Pilate prend Jésus et le fouette.
Et les soldats tressent une couronne avec des épines
    et la posent sur sa tête.
Ils l'enveloppent d'un manteau pourpre.
    Ils viennent à lui et lui disent :
« Salut, le roi des Juifs ! »
    Et ils lui donnent des gifles.

    Pilate sort de nouveau dehors et leur dit :
« Voici, je vous l'amène dehors,
pour que vous connaissiez
    que je ne trouve aucun motif en lui. »
Jésus sort donc dehors.
Il porte la couronne épineuse
et le manteau pourpre.
    Et il leur dit :
« Voici l'homme ! »
Quand donc ils le voient,
    les grands prêtres et les gardes crient en disant :
« En croix ! en croix ! »
    Pilate leur dit :
« Prenez-le vous-mêmes et crucifiez-le.
Car moi je ne trouve pas en lui de motif. »
    Les Juifs lui répondent :
« Nous avons, nous, une loi
    et selon la loi, il doit mourir :
il s'est fait lui-même fils de Dieu ! »

Quand donc Pilate entend cette parole
    il craint davantage,
et il entre de nouveau dans le prétoire
    et dit à Jésus :
« D'où es-tu ? »
Jésus ne lui donne pas de réponse.
    Pilate donc lui dit :
« À moi, tu ne parles pas ?
Ne sais-tu pas que j'ai pouvoir de te renvoyer
et j'ai pouvoir de te mettre en croix ? »
    Jésus lui répond :
« Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi
    s'il ne t'avait été donné d'en haut.
Aussi celui qui m'a livré à toi
    a un plus grand péché. »
Dès lors Pilate cherchait à le renvoyer.
    Mais les Juifs crient en disant :
« Si tu renvoies celui-là, tu n'es pas ami de César !
    Qui se fait roi conteste César. »

Quand donc Pilate entend ces paroles,
il amène dehors Jésus
    et s'assoit sur le tribunal
    au lieu dit Lithostrotos – en hébreu Gabbatha.
C'était la préparation de la Pâque.
C'était environ la sixième heure.
    Il dit aux Juifs :
« Voici votre roi. »
    Eux ils crient :
« Supprime-le, supprime-le, mets-le en croix ! »
    Pilate leur dit :
« Je mettrais en croix votre roi ? »
    Les grands prêtres répondent :
« Nous n'avons de roi que César ! »
Alors donc il le leur livre
    pour qu'il soit mis en croix.
    
Ils prennent donc avec eux Jésus.
Et, portant lui-même la croix,
    il sort vers le lieu dit du Crâne
    – ce qui se dit en hébreu Golgotha.
Là, ils le mettent en croix.
Avec lui deux autres, un là, et un là,
    au milieu, Jésus.
Pilate écrit une pancarte qu'il met sur la croix.
    Il y était écrit :
Jésus le nazôréen, le roi des Juifs.
Cette pancarte,
    nombreux sont parmi les Juifs ceux qui la lisent,
car le lieu où Jésus est mis en croix
    était proche de la ville,
et c'était écrit en hébreu, latin et grec.
    Les grands prêtres des Juifs disent donc à Pilate :
« N'écris pas : Le roi des Juifs,
mais : Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs. »
    Pilate répond :
« Ce que j'ai écrit, j'ai écrit. »
    
Les soldats donc, quand ils ont mis en croix Jésus,
prennent ses vêtements, font quatre parts,
    une part pour chaque soldat.
Et la tunique ?
    Or la tunique était sans couture
tissée d'un seul tenant depuis le haut.
    Ils se disent donc l'un à l'autre :
« Ne la déchirons pas,
    mais tirons au sort : pour qui elle sera ? »
Pour que l'Écrit soit accompli :
Ils se répartissent entre eux mes vêtements
    et sur ma vêture jettent les dés.
Les soldats font donc ainsi.
    
Près de la croix de Jésus se tiennent
    sa mère,
    et la sœur de sa mère,
    Marie de Cléopas
    et Marie la Magdaléenne.
Jésus donc, voyant la mère,
et tout près, le disciple qu'il aimait,
    dit à la mère :
« Femme, voici ton fils. »
    Ensuite il dit au disciple :
« Voici ta mère. »
Dès cette heure-là le disciple la prend chez soi.
    
Après cela, Jésus, sachant que maintenant tout est accompli,
    dit pour que l'Écrit s'accomplisse :
« J'ai soif. »
Là, un récipient, plein de vinaigre.
Ils entourent une hysope d'une éponge pleine du vinaigre
    et la présentent à sa bouche.
    Quand donc Jésus a pris le vinaigre, il dit :
« C'est accompli. »
    Inclinant la tête, il livre l'Esprit.
    
Les Juifs donc, comme c'était la Préparation,
    pour que les corps ne demeurent pas sur la croix le sabbat
– car c'était le grand jour, ce sabbat –
sollicitent Pilate pour que leurs jambes soient brisées
    et qu'ils soient enlevés.
Les soldats viennent donc :
ils brisent les jambes du premier,
    puis de l'autre mis en croix avec lui.
Venant sur Jésus, comme ils voient qu'il était déjà mort,
    ils ne lui brisent pas les jambes.
Mais un des soldats, de sa lance, pique le côté,
    aussitôt sortent du sang et de l'eau.
Et celui qui a vu témoigne,
    et véridique est son témoignage.
Celui-là sait qu'il dit vrai
    pour que vous aussi vous croyiez.
Car ces choses sont arrivées
    pour que l'Écrit soit accompli :
Nul os de lui ne sera brisé.
    Et un autre Écrit dit encore :
Ils verront celui qu'ils ont transpercé.
    
Après ces choses,
Joseph d'Arimathie sollicite Pilate
    (c'était un disciple de Jésus,
    en secret pourtant, par crainte des Juifs)
pour enlever le corps de Jésus.
Et Pilate autorise.
    Il vient donc et enlève son corps.
Vient aussi Nicodème
    (celui qui était venu à lui de nuit, au début).
Il porte un mélange de myrrhe et aloès,
    environ cent livres.
Ils prennent donc le corps de Jésus,
ils le lient de linges avec les aromates,
    comme c'est la coutume des Juifs pour ensevelir.
Au lieu où il a été mis en croix,
    il y avait un jardin,
et dans le jardin un sépulcre neuf
    dans lequel personne jamais n'a été mis.
Là donc,
    à cause de la Préparation chez les Juifs,
comme le sépulcre est proche,
    ils mettent Jésus.

(Jean 18, 1 - 19, 42)

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