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Billet de blog 7 mai 2014

Éveil (2)

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Plus tard, on m'a dit que j'avais 'dormi' quinze jours. Mais pour moi, c'était comme si je venais de naître, sorti tout neuf, tout novice aussi, une seconde fois de ce ventre maternel où le temps n'a pas les mêmes mesures. Ce n'était plus ma mère qui m'avait enfanté, c'était le monde, qui avait voulu que je revienne, mais qui était revenu ? qui était ce nouveau moi ? et pourquoi l'avait-ton voulu ? j'avais tout à apprendre, tout à découvrir. J'étais perdu, cela ressemblait à une très mauvaise blague, tout recommencer, refaire les gammes, manger à la petite cuiller, contrôler mes sphincters. Très vaguement, en arrière-plan, quelque chose me disait qu'au moins ça ne pourrait plus jamais être pire qu'avant. J'étais le dos au mur, je ne pourrais plus refaire le même coup de la belle au bois dormant, les électrochocs en guise de baiser du prince charmant, ça n'avait pas vraiment été tip-top ! Il allait me falloir beaucoup de patience. Je mettrai en fait trois ans pour redevenir capable d'une vie sociale 'normale', pouvoir vivre en relation avec d'autres, m'assumer financièrement.

Heureusement, j'ai eu la chance de trouver à ce moment-là un cours de yoga, et son professeur, qui allaient se révéler providentiels. Je n'y étais allé, au début, que parce qu'il fallait bien que j'essaie de faire quelque chose de mes journées. Une fois par semaine, en fin d'après-midi, il y a un commencement à tout, cela me suffisait largement. Pendant la séance, je m'appliquais à suivre les indications, sans jamais forcer, comme il nous était recommandé. Le but n'était pas d'arriver à faire des prouesses de notre corps, mais d'entrer en lui, entrer dans la position, déjà dans le mouvement qui y amenait, et écouter, apprendre, ce que lui et elle avaient à nous dire. Le reste de la semaine, je le passais à méditer. Je m'ennuyais aussi, les mêmes pensées tournaient, s'en allaient, revenaient. J'avais plus souvent l'impression de n'aller nulle part, qu'autre chose. Mais quel choix avais-je ?

Et une première année a passé comme ça. Au cours, par petites touches, j'ai appris à mieux connaître cet homme, très simple, mais loin d'être simplet ! au contraire, inspirant un certain respect, par la sagesse d'une spiritualité pleinement incarnée, pragmatique pourrait-on dire. Par exemple : "Dieu, ou pas Dieu ? peu importe, au bout du compte cela revient au même." Et il avait bien raison, je peux le dire aussi, maintenant. Un homme à l'autorité naturelle, c'est-à-dire de celles qui ne cherchent surtout pas à s'imposer, parce qu'elles n'en ont pas besoin, d'une part, mais aussi parce qu'elles ne le veulent pas. Parce que son but n'était pas de nous mener là où il l'aurait décidé, mais là où nous devrions, voudrions, de nous-mêmes, aller. Là où nous nous découvririons nous-mêmes. Il savait bien que ce chemin, il n'y avait que nous qui pouvions le connaître et le trouver, qu'il ne pouvait rien faire à notre place. Il refusait ainsi tout rôle qui aurait pu le rapprocher de la posture du maître, ce en quoi il l'était, un vrai maître spirituel, puisqu'il savait ainsi n'être d'aucune façon un obstacle dans le travail que nous avions à faire sur nous-mêmes.

Une autre fois, une de ses paroles ne manqua pas de me surprendre, au point que je me demandais d'abord si j'avais bien compris ce qu'il avait dit. La tradition dans laquelle il se situait, et dans laquelle il nous enseignait, était d'origine druidique ? En y réfléchissant alors, je réalisais qu'effectivement les positions qu'il nous faisait prendre ne se trouvaient dans aucun livre de yoga, de ces livres qui se rattachent plus classiquement aux traditions orientales. Il y avait ainsi les positions du cairn, de l'églantine, et d'autres. N'était-il pas curieux que je ne l'ai jamais remarqué auparavant ? Et était-ce un hasard si, parmi les milliers de cours de yogas divers et variés qui se donnent un peu partout, ce soit précisément celui-ci qui se soit présenté ?

Et puis, au bout d'un an, ça m'est tombé dessus. Ma première expérience, tangible, de la présence de Dieu en moi. Ça n'a pas duré, en fait quand j'en ai pris conscience c'était parce que c'était passé, mais une paix ! inimaginable ! Et peu importe, justement, que ce soit Dieu ou pas... c'était un autre état, au-delà de tout ce que j'avais jamais pu ressentir. Et ce n'est pas une sortie de soi, une 'extase', une exaltation, au contraire, c'est notre vrai moi, notre nature profonde, notre réalité, la seule qui nous fonde existentiellement, et durablement. Éternellement. Oui, ça n'a pas duré, mais l'expérience m'avait quand même dit tout ça. Que ça reviendrait, que ça ne pourrait que revenir, et s'approfondir. On ne peut pas perdre la source de notre être ! On peut s'en éloigner, on le doit aussi : nous ne sommes pas dans le monde pour ne rien y faire, mais nous finissons toujours par nous rejoindre, par nous réunifier, nous retrouver...

J'en parlais avec mon 'professeur'. Il me confirma, pour autant qu'il pouvait en juger, l'authenticité de mon expérience. C'est que ça ne s'était pas limité à cette seule première fois, je revenais, non pas régulièrement, non pas sans cesse, mais assez souvent, à cet état. La paix s'installait progressivement dans mon esprit. L'expérience était toujours ponctuelle : lorsque j'en prenais conscience, je ne pouvais pas la retenir, prolonger cette béatitude. C'est de ce point précis que je voulais discuter, mais il y eut une petite mécompréhension entre nous. Il crut que je craignais d'être emporté par cet état, et me rassura que ce n'était pas possible, que le monde finissait toujours par se rappeler à nous, ...moi, c'était le contraire, j'aurais aimé pouvoir en bénéficier plus longtemps, plus profonfément. Mais peu importe, c'était déjà tellement fantastique ! Un tel don, une telle générosité. Il me sembla alors qu'il était temps pour moi d'avancer plus loin dans ma nouvelle vie. Je ne savais toujours pas ce qu'elle serait, je ne sais toujours pas aujourd'hui ce qu'elle sera demain. Mais je savais que je n'étais plus seul dans l'univers, et c'était l'essentiel.

Source : dieu qui se cache (1) : Éveil

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