Anon
Accompagnement spirituel
Abonné·e de Mediapart

562 Billets

0 Édition

Billet de blog 7 mai 2014

Ils ont dit... (3)

Anon
Accompagnement spirituel
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

sa meilleure amie, Marie (et amoureuse)

Je suis revenue ce matin au tombeau, avec deux hommes pour pousser la pierre. Mais quand il a été ouvert, nous avons vu que lui n'était plus là. Rien n'avait bougé, tout était exactement à sa place, mais le corps avait disparu. Comme s'il s'était volatilisé, comme s'il s'était transformé en ce parfum que j'ai répandu sur lui, de la tête aux pieds, il y a quelques jours. Voilà, évaporé, les linges étaient juste retombés, comme un soufflé, chacun à sa place. Le drap, aplati, les bandes pour attacher le drap, aplaties aussi, encore nouées, et le linge enroulé sous le menton, qui garde la mâchoire fermée, toujours roulé, à sa place, entre les deux pans du drap.

Bien sûr, les hommes ont tout de suite pensé à des pilleurs de tombes. Mais eux ils n'ont pas pu voir, ils sont restés dehors — les hommes ont toujours eu peur des corps, alors, quand en plus ils sont morts, ils parlent d'impureté, mais nous les femmes nous savons bien pourquoi ils disent ça, la vraie raison, — tandis que moi, je suis rentrée dans la tombe, et même si le soleil n'était pas encore levé, ce n'était quand même plus la nuit noire, et, dans la pénombre, je sais bien ce que j'ai vu, et je le dis, même si ma parole n'est pas valable dans un tribunal. C'est comme ça que c'était. Je ne sais pas ce que ça veut dire, comment ça a pu se faire, mais c'est comme ça.

Sur le moment, quand j'ai vu qu'il n'était plus là, avant que je rentre dans le tombeau, ça m'a fait comme s'il était mort une seconde fois. J'ai été désespérée, encore pire qu'avant, même si je n'aurais pas cru que c'était possible. Alors je suis entrée, comme une aveugle, sans raison. J'avais besoin de quelque chose, et il n'y avait rien qui puisse me le donner, rien qui puisse me consoler, rien qui puisse me rassurer, mais qu'aurais-je pu faire d'autre ? Je voulais être la plus proche possible de là où il avait été. Et je serais restée là, jusqu'à ce qu'il se passe quelque chose, même si rien ne pouvait se passer.

Et j'ai regardé ce vide, cette absence que montrait le drap à plat, et les bandes, et la mentonnière. La mentonnière, surtout, qui m'évoquait que c'était là que s'était trouvé son visage que j'aimais tant, et il n'y était plus, plus jamais il ne me sourirait avec cette bonté, cette joie, et ses yeux qui pétillaient, pour moi. Et c'est là que j'ai été frappée. Je me suis dit tout-à-coup qu'il y avait quelque chose de bizarre à ce que la mentonnière soit à sa place, ce n'était pas normal. S'il s'était relevé, ou si on l'avait enlevé, pourquoi l'avoir remise exactement au même endroit ? Et puis, le drap replié en deux, pourquoi pas, pour qu'il ne tombe pas par terre, mais les bandes, pourquoi les avoir renouées après les avoir défaites pour sortir le corps ?

Il y a quelque chose de pas normal, dans tout ça. Mais c'est une sensation bizarre, c'est un pas normal qui n'est pas comme les autres pas normal. Normalement, quand quelque chose cloche, c'est perturbant, du désordre, de l'accident, ça vous dérègle la vie. Là, c'est comme si c'était le contraire. Ce n'est pas du dérangeant, c'est plutôt comme le signe annonciateur d'un autre ordre. C'est du naturel, mais d'un ordre nouveau. Du naturel qu'on ne connaît pas encore, qu'on ne connaissait pas encore, mais qui s'annonce, là. Du naturel qui a toujours été là, mais on ne le savait pas, et le naturel qu'on connaissait en faisait partie sans qu'on le sache. Mais ça, c'est juste ce que je ressens. Je ne suis pas une spécialiste, évidemment, je ne connais pas les mots qui expliqueraient comme il faut.

J'ai fini par ressortir du tombeau. J'ai vu le soleil qui se levait, sa lumière aussi me semblait différente, nouvelle. Je suis restée là, un moment, sous la caresse des premiers rayons, et c'était comme si mon bien-aimé m'embrassait. Alors j'ai pensé qu'il fallait le dire aux autres, et nous sommes repartis. Ensuite, quand on a eu raconté, ils sont tous allés voir. Mais il n'y a que Jean, celui de Jérusalem chez qui nous sommes cachés, qui a senti comme moi. Les autres, ils s'accrochent encore trop à leur déception, c'est sur eux qu'ils pleurent, pas pour lui. Mais ça viendra.

Source : dieu qui se cache (3) : Ils ont dit...

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Affaire Abad : une élue centriste dépose plainte pour tentative de viol
Selon nos informations, Laëtitia*, l’élue centriste qui avait accusé, dans Mediapart, le ministre des solidarités d’avoir tenté de la violer en 2010, a porté plainte lundi 27 juin. Damien Abad conteste « avec la plus grande fermeté » les accusations et annonce une plainte en dénonciation calomnieuse.
par Marine Turchi
Journal — France
Opération intox : une société française au service des dictateurs et du CAC 40
Une enquête de Mediapart raconte l’une des plus grandes entreprises de manipulation de l’information intervenue en France ces dernières années. Plusieurs sites participatifs, dont Le Club de Mediapart, en ont été victimes. Au cœur de l’histoire : une société privée, Avisa Partners, qui travaille pour le compte d’États étrangers, de multinationales mais aussi d’institutions publiques.
par Fabrice Arfi, Antton Rouget, Tomas Madlenak et Lukas Diko (ICJK)
Journal
Le procès des attentats du 13-Novembre
Le procès des attentats du 13-Novembre a débuté mercredi 8 septembre à Paris. Durant neuf mois, vingt accusés vont devoir répondre du rôle qu’ils ont joué dans cette tuerie de masse. Retrouvez ici tous nos articles, reportages, enquêtes et entretiens, et les chroniques de sept victimes des attentats.
par La rédaction de Mediapart
Journal — International
Tragédie aux portes de l’Europe : des politiques migratoires plus mortelles que jamais
Vendredi 24 juin, des migrants subsahariens ont tenté de gagner l’Espagne depuis Nador, au Maroc, où des tentatives de passage se font régulièrement. Mais cette fois, ce qui s’apparente à un mouvement de foule a causé la mort d’au moins 23 personnes aux portes de l’Europe.
par Nejma Brahim et Rachida El Azzouzi

La sélection du Club

Billet de blog
Frontières intérieures, morts en série et illégalités
Chacun des garçons qui s'est noyé après avoir voulu passer la frontière à la nage ou d’une autre manière dangereuse, a fait l’objet de plusieurs refoulements. Leurs camarades en témoignent.
par marie cosnay
Billet de blog
Pays basque : le corps d’un migrant retrouvé dans le fleuve frontière
Le corps d’un jeune migrant d’origine subsaharienne a été retrouvé samedi matin dans la Bidassoa, le fleuve séparant l’Espagne et la France, ont annoncé les autorités espagnoles et les pompiers français des Pyrénées-Atlantiques.
par Roland RICHA
Billet de blog
Melilla : violences aux frontières de l'Europe, de plus en plus inhumaines
C'était il y a deux jours et le comportement inhumain des autorités européennes aux portes de l'Europe reste dans beaucoup de médias passé sous silence. Vendredi 24 juin plus de 2000 personnes ont essayé de franchir les murs de Melilla, enclave espagnole au Maroc, des dizaines de personnes ont perdu la vie, tuées par les autorités ou laissées, agonisantes, mourir aux suites de leurs blessures.
par Clementine Seraut
Billet de blog
Exilés morts en Méditerranée : Frontex complice d’un crime contre l’humanité
Par son adhésion aux accords de Schengen, la Suisse soutient l'agence Frontex qui interdit l'accès des pays de l'UE aux personnes en situation d'exil. Par référendum, les Helvètes doivent se prononcer le 15 mai prochain sur une forte augmentation de la contribution de la Confédération à une agence complice d'un crime contre l'humanité à l'égard des exilé-es.
par Claude Calame