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Billet de blog 7 mai 2014

L'histoire (13)

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Mais pour l'instant, le voici devant le gouverneur, Pilatus. Ce n'est pas un tendre, celui-là non plus. Brutal, antisémite, il ne fait pas dans la dentelle depuis qu'il a été nommé à ce poste, dans ce pays, au milieu de cette population, qu'il exècre. On lui amène un homme à exécuter, ça ne lui pose aucun problème. On lui dit qu'il se prétend roi, il n'a pas besoin d'en savoir plus, ce sera la crucifixion. Il le livre à ses soldats pour qu'ils le flagellent, c'est la première étape prévue dans le supplice, le hors d'œuvre. Puis ils lui font prendre son patibulum sur les épaules, et en route pour la colline du Golgotha, à l'extérieur des murailles de la ville, le lieu habituel où sont dressées les croix, où les attendent déjà les stipes. En chemin, Yeshoua défaille à plusieurs reprises. Il est pourtant de constitution robuste, mais les soldats, stressés par la fête de Pessah, au cours de laquelle, chaque année, éclatent des troubles, rixes ou autres événements de nature plus séditieuse, se sont défoulés sur lui, il a eu droit au double de coups de fouets que ce que reçoivent ordinairement les condamnés. Mais à chaque fois il est brutalement remis debout, et c'est complètement exténué, au bord de la syncope, qu'il arrive enfin au sommet de la colline. Aussitôt il est entièrement dévêtu, puis allongé sur le dos, les bras étendus perpendiculairement, pour clouer ses mains sur la traverse, qui est alors hissée au sommet du stipes, le corps du supplicié, pendant cette opération, pesant de tout son poids sur les seuls deux clous qui traversent ses mains. Pour finir, un de ses pieds est remonté pour en appliquer la plante contre le poteau, le second est remonté aussi et posé de la même façon, mais sur le premier, et un troisième et dernier clou est enfoncé à travers les deux pieds. Maintenant, il peut pousser sur eux et ses jambes pour soulager la tension sur les mains, les bras, relâcher cette extension qui bloquait sa respiration.

Le "disciple que Yeshoua aimait" est là, maintenu à distance comme les autres badauds venus au spectacle, anonyme au milieu d'eux, impuissant. La famille de Bethania aussi est venue, et quelques autres encore, des femmes, surtout. Aucun des disciples galiléen. Shimôn n'a pas supporté le regard de Yeshoua, dans la cour de Hanan. Il a cru y lire des reproches, il est allé se cacher avec les autres, dans la grande maison insoupçonnable. Dire que Yeshoua souffre serait au-dessous de la réalité. Il est déjà arrivé dans un état limite sur le lieu du supplice, il n'a plus les réserves qui lui permettraient de le faire durer. Il n'arrive plus que très difficilement à faire l'effort de pousser sur les jambes pour permettre à l'air de pénétrer dans ses poumons. Il est exténué, à bout, son esprit se voile, comme s'il perdait conscience, avant de se rendre compte à nouveau qu'il est bien là, mais où exactement ? À un moment, il est pris d'un doute terrible : la présence a disparu ! elle l'avait pourtant encore accompagné jusqu'à ce moment, même à moitié inconscient elle était encore là, et puis plus rien. Il est seul, absolument seul, il a l'impression qu'il aurait donc tout inventé, qu'il a fondé toute sa vie sur une chimère sortie de son seul cerveau, et il meurt silencieusement, sans que personne ne s'en rende compte. Au bout de quelques temps, quand même, les soldats se posent la question. Il ne bougeait déjà plus beaucoup, mais maintenant ça fait trop longtemps. L'un d'eux s'approche, oui, il est déjà mort. Il n'a pas fait long feu, celui-ci ! Et, par acquis de conscience, il lui transperce le cœur de son javelot.

Comme le soir approche, ce sont les amis du "disciple que Yeshoua aimait", ces pharisiens membres du sanhédrin qu'il avait ralliés à la cause de son rabbi, qui détachent alors son corps de la croix et le transportent dans un tombeau. Le disciple lui-même ne peut pas y participer, car il est de famille sacerdotale, mais il suit de près l'opération. On est veille de sabbat, ils n'ont pas le temps de préparer correctement sa dépouille. Ils se contentent donc de la placer sur un grand linceul dont ils ramènent le second pan sur le devant. Ils ont quand même surélevé le menton en glissant dessous un linge enroulé sur lui-même, comme le veut l'usage, pour empêcher la bouche de béer. Ils ficèlent le tout rapidement de quelques bandelettes, puis ils roulent la pierre qui vient obturer l'entrée du caveau, creusé dans le rocher, et ils rentrent hâtivement chez eux, avant que la nuit ne soit tombée. Après-demain, quand le sabbat sera terminé, ils reviendront pour reprendre tous les rites dans les règles. Mais pendant qu'ils s'enfoncent dans une nuit de tristesse et de chagrin, un événement exceptionnel se déroule dans le tombeau : le corps de Yeshoua se dématérialise. Tous les atomes qui le composent redeviennent de l'énergie, retrouvent leur nature originelle ondulatoire, et retournent dans le grand réservoir primordial de l'univers. Le tombeau est désormais vide.

C'est ce que constatent les femmes, venues aux aurores le surlendemain, devançant ainsi les hommes dans cette nouvelle épreuve qui ne laissera pas de les affliger. Après avoir demandé au gardien des lieux de leur rouler la pierre, elles ont eu le choc de leur vie en découvrant que le corps n'était pas là. Toutes dépitées, hésitant entre navrement et colère contre ceux qui ont osé profaner une sépulture, elles vont prévenir les hommes. Le "disciple que Yeshoua aimait" se rend aussitôt sur place, accompagné d'un Shimôn qui, ayant surmonté le plus gros de sa crise de culpabilité, a un peu repris du poil de la bête, au bout de ces deux journées. Quand ils arrivent, le disciple, toujours pour la même raison qu'il ne doit pas se souiller au contact d'un cadavre, reste prudemment dehors, attendant que Shimôn lui confirme ce qu'ont dit les femmes. Shimôn constate qu'effectivement le corps n'est pas là, et le disciple regarde alors à son tour. Et il remarque une chose, à laquelle les autres n'avaient pas fait attention : le linceul, les bandelettes, jusqu'au linge qui avait servi de mentonnière, tout est resté exactement à la place qu'il avait lorsque le corps était encore là, tout est resté comme ils l'avaient laissé lorsqu'ils ont fermé le tombeau l'avant-veille. Seul le corps manque. Mais si c'étaient des pilleurs de tombe, le sanhédrin, des dérangés, n'importe qui, qui étaient venus le dérober, comment auraient-ils pu tout remettre exactement à la même place, et surtout, pourquoi ? quel intérêt ? Il ne parle à personne de ce qu'il vient de découvrir, mais il va y repenser longtemps, tournant et retournant la question dans tous les sens, jusqu'à ce que la seule réponse possible finisse, peu à peu, par émerger en lui.

Source : dieu qui se cache (2) : L'histoire

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