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Billet de blog 7 septembre 2024

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Fils d'homme

La théologie chrétienne a voulu à tout prix voir dans cette expression "fils de l'homme" un appui à la divinité de Jésus, ce qui constitue quand même un paradoxe : justifier sa divinité par le mot "homme"...!

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Après les jeûnes, voici une pratique autrement plus fondamentale du judaïsme qui est remise en cause par Jésus. Il n'en est quand même pas à dire de ne plus se préoccuper du tout de ce jour de repos hebdomadaire ! en fait, c'est même tout le contraire, il veut justement que ce soit vraiment un repos, et non une occasion de plus de s'emberlificoter dans des règles et des détails à n'en plus finir et qui gâchent tout, en réalité. Si ces règles font qu'on passe son temps à n'attendre que la fin de la journée pour pouvoir enfin ...simplement se nourrir, ce n'est plus du repos, c'est au contraire une torture. Marc, dans sa version parallèle (2, 23-28), résume ainsi ce point de vue : "le shabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le shabbat", idée qu'on peut étendre en fait à toute prescription ou pratique religieuse.

Cela n'empêche évidemment pas qu'on puisse et doive s'interroger sur ce qui peut être bon, ou non, pour l'homme. Au-delà des satisfactions primaires de ne pas avoir faim ni soif ni froid ni chaud, bref d'un certain bien-être élémentaire, on reste dans le domaine religieux ou mieux spirituel, dans un sens large. Le shabbat a pour objectif d'être un temps privilégié à la fois de partage avec d'autres ainsi que d'intimité avec Dieu, comme devrait l'être aussi toute autre pratique religieuse. Le but en soi n'en est quand même pas juste de profiter de son petit confort personnel, même si donc, un minimum de ce dernier est nécessaire et même indispensable.

Il ne faut pas croire que Jésus ait été ici exceptionnellement novateur et encore moins révolutionnaire : le détail des codifications de toutes ces pratiques était discuté et disputé, particulièrement entre pharisiens de diverses écoles, des plus rigides aux plus laxistes ; sur beaucoup de points comme ici Jésus semble avoir plutôt été dans le camp des plus souples, mais sur quelques points (le divorce, les richesses, l'amour des ennemis...) il se situait au contraire dans le camp des plus stricts, et ceci nous amène alors au sens de la conclusion "il est seigneur du shabbat le fils de l'homme". Il est évident que ce "fils de l'homme" employé ici ne peut pas vouloir désigner Jésus seul. Être "seigneur" du shabbat signifie simplement en être le "maître", ce que signifie déjà la phrase de Marc sur le shabbat fait pour l'homme et non l'inverse. Celui qui est seigneur du shabbat, c'est donc n'importe quel homme.

La théologie chrétienne a voulu à tout prix voir dans cette expression "fils de l'homme" un appui à la divinité de Jésus, ce qui constitue quand même un paradoxe : justifier sa divinité par le mot "homme"...! La problématique vient en premier de ce qu'il n'est pas possible de s'appuyer sur les évangiles pour soutenir cette divinité ; partout et toujours Jésus se distingue du Père, même chez Jean, et c'est vers le Père qu'il oriente nos regards, et non vers lui-même. Quant aux expressions "fils bien -aimé, béni de Dieu, messie, fils de Dieu", elles ne signifient en aucun cas la filiation divine telle que définie dans le dogme de la Trinité. Alors on s'est tourné vers cette désignation "fils de l'homme" que Jésus utilise effectivement souvent, et on est allé chercher la prophétie de Daniel qui parle de "comme un fils d'homme" qui doit venir. Sauf que...

Sauf que, pour commencer, "fils de l'homme" est un sémitisme qui signifie simplement d'une manière générale "un homme", et peut aussi en particulier être utilisé à la place de "je" ; il n'y a donc déjà pas lieu de chercher d'explication exotiques au fait que Jésus ait pu l'utiliser pour parler de lui, tout au plus était-ce une manière d'appuyer ses affirmations d'un peu plus de poids, mais dans des cas comme celui de ce passage aujourd'hui, le contexte doit nous orienter sur le sens général d'un homme, de chaque homme, comme l'explicite le parallèle de Marc.

Quant à la prophétie de Daniel, elle parle de ce "comme un fils d'homme" comme venant après plusieurs bêtes, lesquelles symbolisent les empires qui ont dominé ou vont dominer et soumettre la terre, en sorte que la venue de ce fils d'homme symbolise une future domination, qui ne sera plus celle de "bêtes" cette fois, mais celle d'Israël. Il faut tenir compte du contexte, si les "bêtes" désignent des peuples, il en va forcément de même du "comme un fils d'homme". Cette prophétie annonce simplement la fin des temps telle que conçue depuis toujours par le judaïsme, Israël qui devient enfin le centre du monde. Jusqu'où l'obstination à vouloir défendre à tout prix un dogme peut-elle aveugler...!

Ce qui n'empêche pas que Jésus ait effectivement manifesté un certain visage de la divinité, comme nous y sommes d'ailleurs nous aussi tous invités, et lui l'a certainement fait de manière tellement exceptionnelle qu'il peut servir de modèle et de guide.

Illustration 1

et il est arrivé qu'un jour de shabbat
    il passait à travers des champs de blé
et ses disciples cueillaient et mangeaient les épis
    en les frottant dans les mains

    et quelques pharisiens dirent
« pourquoi faites-vous
ce qui n'est pas permis les jours de shabbat ? »
    et leur répondant Jésus a dit
« n'avez-vous pas lu ceci que fit David
quand il était affamé
    lui ainsi que ceux qui étaient avec lui ?
comment il est entré dans la maison de Dieu
    et ayant pris les pains d'offrande
    — qu'il n'est permis de manger qu'aux prêtres seuls —
il en mangea et en donna à ceux avec lui ? »

    et il leur disait
« il est seigneur du shabbat !
    le fils de l'homme »

(Luc 6, 1-5)

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