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Billet de blog 8 février 2025

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Un troupeau sans berger

Le troupeau, c'est un peu la facilité, on n'a pas à se poser de questions, on est et on fait comme les autres, on se sent ainsi réconforté.e, non je ne suis pas seul.e, on se tient chaud les uns les autres, quitte à finir dans un précipice, tous ensemble !

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le mot grec "probaton", traduit généralement ici — ainsi que partout dans les évangiles, chaque fois qu'on le rencontre — par "brebis", n'a pourtant pas cette signification si spécifique. Son sens premier en grec est en effet "quadrupède", animal marchant sur quatre pattes. Ensuite, il désigne plus généralement des animaux quadrupèdes apprivoisés, des animaux de bétail donc. Et ensuite, enfin, particulièrement dans la Bible, il s'agira plutôt de petit bétail (moutons, chèvres), parce que tel était le bétail typique du pays : peu de vaches, mais un peu partout chèvres ou moutons.

D'autre part, toujours dans la Bible, dans ce qu'on appelle la Septante (la traduction de la Bible hébraïque faite en grec quelques siècles avant Jésus), ce même mot "probaton", quand il est mis au pluriel (soit "probata", ce qui est le cas ici), sert toujours à traduire le mot hébreu au singulier "tzôn", lequel signifie plus précisément le "troupeau", d'animaux de petits bétails bien sûr, mais en tant qu'entité collective, en tant que groupe d'animaux. Et s'il est possible que les évangiles n'aient peut-être pas eu de version antérieure écrite en hébreu, il proviennent pourtant certainement de personnes qui pensaient en hébreu, et qui savaient que le "tzon" auquel ils pensaient était toujours traduit en grec dans la Septante par "probata", et qui ont donc logiquement utilisé le même mot dans le même sens.

C'est donc bien à un troupeau que ces foules, qui le poursuivent partout où il va, font penser Jésus, à une masse relativement indistincte, grégaire ; on connaît cet instinct, assez caractéristique des moutons effectivement, qui fait qu'il suffira qu'un seul animal s'affole et se jette dans un précipice pour que tout le troupeau le suive. D'où l'importance, quand les gens se comportent ainsi, qu'ils soient canalisés par un berger sage et bienveillant ; un tel troupeau, sans berger, ou avec à sa tête un berger indigne, c'est la catastrophe assurée. Mais on notera cependant que l'évangile ne dit pas que tel est le rôle que Jésus se propose de remplir pour eux. Il ne dit pas : "Venez, suivez-moi, et je vais vous donner à manger, et tout ce qu'il vous faut, et surtout ne changez rien, ne cherchez surtout pas à réfléchir par vous-mêmes et prendre ainsi chacun votre vie en main !"...

Non, ce qu'il fait, c'est justement l'inverse, il les enseigne, il les instruit, il leur apprend. Ce qu'il enseigne, nous l'avons sous des formes assez variées au travers des évangiles, mais sous sa forme la plus simplifiée c'est que Dieu est père de chacune et chacun. Pas père d'un troupeau, justement non, ça c'est fini, il ne s'agit plus d'être globalement le peuple chéri et qui s'abrite derrière son roi ou ses chefs pour savoir quoi faire (et non plus les laïcs qui s'abritent derrière la hiérarchie institutionnelle...), non : Dieu ne s'adresse pas à des masses en tant que masses, fussent-elles même les masses laborieuses ; Dieu s'adresse à des personnes, et s'adresser à des personnes cela signifie forcément s'adresser à chacune, personnellement, individuellement. Voilà précisément cet enseignement de Jésus, ce à quoi il invite chacune et chacun, apprendre à se prendre en main soi-même, car moi-seul.e puis me connaître et apprendre ce qui est bon pour moi.

"Ni maître, ni Dieu", en somme, oui, si par "Dieu" on entend une image, un concept, une idéologie, une institution, qui voudrait s'imposer, et non une simple présence et qui se propose seulement à notre expérience.

Illustration 1

et les apôtres se rassemblent auprès de Jésus
    et ils lui rapportent tout
ce qu'ils ont fait et qu'ils ont enseigné
    et il leur dit
« venez vous autres !
    à part dans un lieu désert
et reposez-vous un peu ! »
    car les allants et venants étaient nombreux
    et on n'avait même pas le temps de manger
et ils s'en allèrent dans la barque
    vers un lieu désert à part

mais on les vit s'en aller
    et beaucoup devinèrent
et à pied de toutes les villes
    on accourut là et arriva avant eux
et ayant débarqué il vit une foule nombreuse
et fut remué jusqu'aux entrailles pour eux
    parce qu'ils étaient
    comme un troupeau qui n'a pas de berger
et il se mit à les enseigner beaucoup

(Marc 6, 30-34)

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