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Billet de blog 8 mars 2025

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Question de point de vue

Quand une partie d'un organisme décide de n'en faire qu'à sa tête, cela se finit soit par une nécrose, soit par une tumeur. Nous faisons toutes et tous partie d'un seul et même organisme.

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La "conversion", en grec la métanoïa, désigne un changement d'état d'esprit. Ce mot a été très utilisé dans les premiers temps du christianisme, qui considérait qu'il s'agissait d'un changement vraiment radical, changement dont nous trouvons quelques traces dans le concept de seconde naissance de l'évangile de Jean, ou encore de la venue de l'Esprit, laquelle s'était traduite concrètement par un certain nombre de phénomènes, tels le parler en langues, le prophétisme, les guérisons "miraculeuses"... Non qu'il nous faille courir après de telles manifestations ! simplement, il semble bien qu'elles se produisaient, et qu'elles témoignent de ce que quelque chose de vraiment exceptionnel se passait pour ceux qui étaient touchés, contaminés (?), par cet appel à la conversion, à la métanoïa.

Ce changement d'état d'esprit, cette seconde naissance, c'est quand je cesse de me concevoir comme séparé du reste de l'humanité et de l'univers, quand je cesse de croire en cette sorte d'autonomie et d'indépendance, de clôture, d'isolement radical, qui serait ma condition existentielle. J'avais pris, une fois, l'image des feuilles d'un arbre ; on pourrait prendre aussi celle des piquants d'un oursin : chaque piquant pourrait réellement s'imaginer qu'il ait une existence autonome, ne serait-ce que parce que, de tout l'adn qu'il partage pourtant avec tout le reste de l'oursin, lui, en tant que piquant, n'a accès qu'à une façon d'utiliser cet adn pour sa fonction qui est d'être un piquant, en aucun cas il ne pourrait utiliser ce même adn pour être autre chose ; et étant distinct des autres piquants, il ne peut pas comprendre qu'ils sont pourtant tous partie du seul et même organisme.

Dans le même ordre d'idées, Paul avait développé l'image d'un organisme unique, qu'il appelait le "corps mystique du christ", dont nous serions chacune et chacun des organes, mais on peut descendre désormais, avec ce que nous savons de nos jours de la composition des êtres vivants, jusqu'au niveau des cellules ; comme pour les piquants de l'oursin, chaque cellule a en elle-même exactement le même adn que toutes les autres cellules de l'organisme, et pourtant, chaque cellule n'utilisera ce même adn que pour un travail précis qui est celui attendu d'elle, qui est le sien.

Nous avons donc bien chacune et chacun un rôle précis, unique même, nous avons bien une identité qui nous différencie toutes et tous les uns des autres, mais cette identité et ce rôle n'ont cependant aucun sens en soi, indépendamment de tout le reste de l'organisme, indépendamment de chacune et de toutes les autres cellules de cet organisme global qu'est, non seulement l'humanité entière, mais même tout l'univers. Je n'ai pas de sens en moi-même, à moi-même, tout seul.

C'est donc cela, cette fameuse conversion, cette fameuse métanoïa, cette fameuse seconde naissance, et on comprend alors le tragique de la position de ces pharisiens, qui s'imaginent qu'en s'isolant des cellules qu'ils considèrent comme malades, ils éviteront la contagion, alors que, ce faisant, ce sont eux qui forment ainsi, au mieux un kyste, au pire une nécrose. Car, bien que nous ayons chacune et chacun un rôle distinct, nous ne pouvons pas non plus limiter notre horizon à ce seul rôle, ce qui se passe où que ce soit dans l'organisme nous concerne aussi, personnellement.

Illustration 1

    et après cela il sortit
et il remarqua un taxateur nommé Lévi
siégeant à la taxation
    et il lui a dit
« suis-moi ! »
    et il laissa tout
    et il se leva et il le suivait
et Lévi a donné pour lui une grande réception dans sa maison
et il y avait une foule importante de taxateurs et d'autres
    qui étaient attablés avec eux...

et les pharisiens et leurs scribes
    protestaient auprès de ses disciples en disant
« pourquoi mangez-vous et buvez-vous
avec les taxateurs et pécheurs ? »
    et répondant Jésus leur a dit
« ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin d'un médecin
    mais ceux qui vont mal
je ne suis pas venu inviter des justes
    mais des pécheurs
à la conversion »
    
(Luc 5, 27-32)

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