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Billet de blog 8 octobre 2024

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Qu'il est doux de ne rien faire...

Cette histoire manque rarement de soulever des controverses, on ne comprend pas, on la ressent comme une prime à la paresse : cette pauvre Marthe se paie tout le boulot pendant que Marie se pâme aux pieds de Jésus !

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Cet épisode manque rarement de soulever des controverses, on ne comprend pas, on le ressent comme une prime à la paresse, cette pauvre Marthe se paie tout le boulot pendant que Marie se pâme aux pieds de Jésus, et lui semble approuver cet état de fait : oui oui, dit-il, c'est Marie qui "fait" ce qu'il faut. Mais, à ce compte-là, moi, si j'étais Marthe, je laisserais tomber moi aussi la préparation du repas, et on verra bien s'il fait encore le malin, le Jésus, quand son ventre commencera à gargouiller et qu'il n'y aura rien à manger...

Sauf que : si on rapproche cette histoire de celle racontée par l'évangile de Jean, qui se passe aussi vers l'heure du repas, en Samarie, auprès du puits de Jacob, on se rappellera que, quand ses disciples, qui étaient allés en ville acheter à manger, reviennent et insistent pour qu'il se nourrisse, il leur répond qu'il a déjà de quoi manger, mais un autre genre de nourriture : "faire la volonté de celui qui m'a donné mission et accomplir son œuvre". Peut-être convient-il alors que nous lisions cette histoire de Marthe et Marie sous ce même angle ?

Effectivement, en y regardant de plus près, on peut remarquer qu'en réalité Jésus ne donne pas tort à Marthe sur le fait que Marie pourrait l'aider... La question n'est pas là, il ne s'agit pas de nier les contingences matérielles dans lesquelles nous vivons, il y a bien un minimum de travail à accomplir pour que nous puissions manger, sans parler d'avoir un toit et quelque vêtement. Mais peut-être que Marthe en fait trop, peut-être que Jésus ne demande pas à être reçu comme un roi. Si cette Marthe et cette Marie sont les mêmes que celles que l'évangile de Jean nous dit habiter à Béthanie avec leur frère Lazare, dans la proche banlieue de Jérusalem, alors ce sont des personnes très riches, et préparer un repas représente sans doute tout un tralala, consistant essentiellement et vraisemblablement pour Marthe à gérer toute une armée de domestiques, ce dont Jésus n'a cure : Marthe, tu t'inquiètes et t'agites pour tant de choses, alors qu'un simple sandwich fera bien l'affaire !

Nous sommes souvent dans la même situation, à force d'être soumis à cette contingence matérielle que personne ne peut nier : à moins que nous ne soyons réellement dans la misère, où il n'y a peut-être pas le choix, nous nous laissons facilement enfermer dans ce seul horizon-là, comment être sûr de ne pas manquer demain ? comment assurer ce lendemain ? comment le rendre de plus en plus aisé et confortable ? avoir, avoir, et avoir toujours plus... La spiritualité ? je ne sais pas ce que c'est, certains en parlent, mais moi je ne vois pas de quoi il peut s'agir, alors qu'y puis-je ?

Mais c'est là la seule chose que dit Jésus à propos de Marie : elle, elle a compris ce qui est le plus important, et cela, cela ne lui sera pas enlevé, même pas par la mort. C'est là absolument tout ce qui en est dit. Cela n'exclut aucunement que Marie puisse prendre aussi sa part de travail matériel, bien au contraire. Il ne s'agit pas d'opposer la contemplative à l'active, la spirituelle à la matérielle, mais il s'agit d'entrer, quand même, à un moment ou un autre, et avant que notre vie ne soit finie, dans cette autre dimension qu'est la Présence (de Dieu, de la transcendance, de quelque chose qui nous dépasse et nous attire), et ensuite, que ce soit toute notre vie, y compris la plus ordinaire, la plus contingente, qui devienne progressivement habitée par cette même Présence.

Que Marie ait choisi la meilleure part ne signifie pas qu'elle soit au bout du chemin, de loin s'en faut, cela ne fait que commencer, pour elle, mais au moins, elle, elle l'a commencé, et semble-t-il pas Marthe...

Illustration 1

et dans leur cheminement il est entré dans un village
    et une femme du nom de Marthe l'a reçu
    et elle avait une sœur appelée Marie
qui étant assise aux pieds du Seigneur
    écoutait sa parole
mais Marthe était occupée par tout le service
    et s'étant approchée elle a dit
« seigneur ! ce n'est pas un souci pour toi
    que ma sœur me laisse seule servir ?
dis-lui donc qu'elle m'aide ! »
    mais répondant le Seigneur lui a dit
« Marthe ! Marthe ! tu t'inquiètes et tu t'agites
    pour tant de choses
mais il n'y a besoin que de peu
    d'une seule chose
Marie en effet a choisi la bonne part
    celle qui ne lui sera pas enlevée »
    
(Luc 10, 38-42)

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