La vigne, dans la symbolique biblique, représente le peuple choisi, le peuple élu : Israël. Une première question se pose alors immédiatement : comment un homme, Jésus, peut-il prétendre remplacer à lui seul tout un peuple ? Cela suppose de prendre en compte que, avant d'être celui d'un peuple, le nom "Israël" est celui qui a été donné à un homme, Jacob, dont les descendants — biologiques, ou spirituels par conversion au judaïsme — vont composer ce peuple. Jésus prétendrait donc ici être un nouveau Jacob, "le vrai", et que le vrai "peuple" Israël est composé de ceux qui se reconnaissent en lui, Jésus, comme ses héritiers.
La suite du texte, cependant, semble aller plus loin que cette simple comparaison. Si le peuple Israël se définit initialement comme étant la descendance de Jacob-Israël, ce qui va constituer son identité spirituelle est d'un autre ordre, c'est l'enseignement qu'il va recevoir, notamment avec les dix paroles transmises au Sinaï, et d'une manière générale, à travers cet enseignement, c'est la relation privilégiée qu'il va entretenir avec celui qui donne cet enseignement, YHWH.
Ici, il est bien encore question d'un enseignement, celui de Jésus, mais pas seulement celui qu'il transmet, mais celui qu'il incarne, puisqu'il est présenté par l'évangéliste comme l'incarnation de la Parole de Dieu, ce qui lui permet de présenter la fidélité à cet enseignement comme étant le fait de rester ou non DANS la vigne qu'est Jésus. Il y a ici une image organique de la relation spirituelle des héritiers à leur modèle, qui n'existait pas dans l'Alliance première, mais qui est exactement la même aussi que celle développée par Paul avec son image du corps mystique du Christ formé par l'ensemble des chrétiens.
Il n'est cependant tout simplement pas possible d'identifier ce "corps" collectif de la vigne ou du Christ à l'homme Jésus. Il est symptomatique, à ce sujet, que Paul ne parle jamais de "Jésus" tout court, mais toujours soit de "Jésus-Christ", soit le plus souvent de "Christ", sans "Jésus". Autrement dit, cette dimension du corps mystique (chez Paul), ou de la vigne (ici), dépasse largement l'homme et tient tout de ce qu'il incarne : la Parole de Dieu.
C'est bien là la conclusion à laquelle arrive alors l'évangéliste : en tout ceci, c'est bien "le Père" qui est glorifié (le vigneron, et non la vigne).
Agrandissement : Illustration 1
Moi, je suis la vigne, la vraie,
et mon Père est le vigneron.
Tout sarment en moi qui ne porte fruit, il l'enlève ;
et tout porte-fruit, il l'émonde,
pour qu'il porte plus de fruit.
Vous, déjà, vous êtes émondés
à cause de la parole que je vous ai dite.
Demeurez en moi, et moi en vous.
Comme le sarment ne peut porter fruit de lui-même
s'il ne demeure dans la vigne,
ainsi vous non plus,
si en moi vous ne demeurez.
Moi, je suis la vigne, vous les sarments.
Qui demeure en moi et moi en lui
porte beaucoup de fruit :
séparés de moi, vous ne pouvez rien faire.
Mais si quelqu'un ne demeure pas en moi,
il est jeté dehors comme le sarment,
et se dessèche.
On les rassemble, on les jette au feu, et ils brûlent.
Si vous demeurez en moi,
si mes paroles demeurent en vous,
demandez ce que vous voudrez
et cela arrivera pour vous.
En ceci mon Père est glorifié :
que vous portiez beaucoup de fruit,
et vous serez mes disciples.
(Jean 15, 1-8)