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Billet de blog 10 juin 2014

Éclairage public

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Billet original : Éclairage public

« Vous, vous êtes le sel de la terre. Si le sel devient fou, avec quoi le saler ? Il n'est plus assez fort pour rien, sinon être jeté dehors et piétiné par les hommes. Vous, vous êtes la lumière du monde : Une ville ne peut être cachée, située en haut d'une montagne. Et nul ne fait brûler une lampe et la met sous le boisseau, mais sur le lampadaire, et elle resplendit pour tous dans la maison. Ainsi, que resplendisse votre lumière devant les hommes, pour qu'ils voient vos œuvres belles et glorifient votre père dans les cieux. »

Matthieu 5, 13-16

Deux aphorismes assez similaires, surtout si on en reste à ce qui devait être leur forme primitive, qui a été conservée pour celui sur le sel, et un peu plus perturbée pour celui sur la lumière. Si le sel s'affadit, s'il perd de sa salinité, il est certain qu'il ne présente plus beaucoup d'intérêt. De même si la lumière s'obscurcit, si elle perd de sa luminosité. Tel devait être l'aphorisme initial sur la lumière. Les développements ultérieurs ont tendu à le tirer vers le sens d'une incitation au témoignage actif : c'est le contexte des premiers chrétiens, engagés dans une rhétorique de prosélytisme, qui s'est principalement exprimé dans cette évolution. L'image du sel, qui ne se prêtait pas aussi facilement à une telle extension du sens, nous reste heureusement comme rappel de ce qui est absolument premier dans la notion de témoignage : on témoigne essentiellement par ce qu'on est. Prétendre apporter la lumière au monde nécessite surtout qu'on soit effectivement lumière ! et, ce que nous disent la ville sur la montagne et la lumière sur le lampadaire, n'est pas du tout que nous devrions porter tous nos efforts sur comment apporter cette lumière à d'autres. Au contraire, la montagne et le lampadaire nous expliquent simplement que, à moins que nous fassions exprès d'aller nous installer au fin fond d'une grotte ou de nous cacher sous un boisseau, notre lumière — si tant est que nous soyons effectivement lumière — ne pourra qu'être une source d'éclairage pour tous ceux qui passent à sa portée.

En ces temps où le thème de la nouvelle évangélisation est plutôt à la mode dans l'Église catholique, ce texte vient à point pour nous rappeler qu'il ne sert à rien de perdre du temps et de l'énergie à chercher de nouvelles méthodes pour présenter et porter notre foi au monde ! La question n'est pas là. Il n'y a qu'une seule évangélisation possible, c'est la nôtre, celle qui vise à nous transformer nous-mêmes. Ne nous faisons aucun souci : si nous sommes vraiment du bon sel bien salé, ça se sentira forcément dans ce plat qu'est notre monde. Et si nous sommes vraiment de belles lumières bien lumineuses, personne ne pourra passer à côté de nous sans en être illuminé. Et ceci nous amène à un second aspect de la question que les adeptes en tous genres des missions, tous ceux qui s'envisagent spontanément dans le clan des 'bons' qui doivent convertir les moins 'bons' à leur vérité, feraient bien de méditer : qu'est-ce qu'on va se régaler quand tout le plat sera devenu du sel ! quel beau tableau nous pourrons contempler quand tout sera devenu de la lumière, genre carré blanc sur fond blanc de Malevich en pire encore ! Cela semble pourtant une évidence, que le sel n'est pas destiné à transformer en sel tout ce qu'il touche, comme dans ces contes populaires qui présentent à juste titre de telles propriétés comme une malédiction... Eh bien ! il en va de même pour nous, quand nous nous prétendons disciples de Jésus, et que nous nous imaginons que les volontés de notre Dieu seraient que nous convertissions tout le monde à notre foi. Nous n'avons pas à nous soucier d'aucune manière de tels objectifs. Nous avons à être sel, nous avons à être lumière : voilà l'alpha et l'omega de ce qui nous est demandé, le reste ne nous regarde pas. Y aurait-il un seul 'juste' dans le monde, il suffit à lui seul à le sauver.

Maintenant que nous avons vu ce que ces aphorismes ne voulaient pas dire, il serait sans doute temps d'examiner comment on devient ces justes, ce sel qui révèle tout le goût des aliments, cette lumière qui révèle toute la beauté du paysage. Il est certain que, dans l'esprit de Matthieu, il s'agit premièrement de vivre les béatitudes qu'il a exposées hier. La suite du "sermon sur la montagne" va aussi nous apporter beaucoup d'autres éléments de réponse à cette question, mais nous les examinerons lorsque nous y arriverons. Revenons donc pour l'instant un peu plus sur les béatitudes. Nous avons déjà relevé, là aussi, des contresens à éviter : Jésus ne dit pas qu'il est bien d'être dans la misère, de crever de faim, ou de souffrir le martyre de la maladie ! ce n'est pas ce que veulent dire "heureux les pauvres, heureux ceux qui ont faim, heureux ceux qui pleurent". Mais d'autre part, les riches, les repus et ceux qui rient, sont dit maudits, selon Luc. Et ceci rejoint parfaitement ce que nous venons de dire : il ne s'agit pas d'être masochistes, mais il s'agit d'être conscients de nos manquements. Ceux qui envisagent le témoignage comme s'ils étaient, eux, possesseurs d'une vérité qui manquerait aux autres, voilà les riches, les repus, et qui rient d'être les élus ! Le chemin est là : à chacun de voir s'il veut l'emprunter. Évitons donc surtout de prétendre péter plus haut que notre cul : nous finirions piétinés.

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