Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

1433 Billets

0 Édition

Billet de blog 10 octobre 2024

Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

Demandez ! Demandez !

Demander : oui, bien sûr, on a toujours des besoins, des souffrances, des manques, des incertitudes, des doutes ; mais qu'est-ce qu'on va demander ? tout, absolument tout ? et est-ce qu'on va être entendus ?

Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Juste après l'énoncé du "Notre Père", voici un ensemble de trois paragraphes, sans forcément de lien explicite entre eux, mais qui tournent tous les trois sur le même sujet des demandes qu'on peut vouloir faire à Dieu, autrement dit de la prière de demande. Le premier est une petite parabole, spécifique à Luc, une personne va frapper à la porte de son voisin en plein milieu de la nuit pour lui demander du pain, celui-ci dans un premier temps renâcle, mais ensuite accède à sa demande. L'image qui nous est ainsi donnée de Dieu et des raisons pour lesquelles il ne répondrait pas immédiatement à toutes nos demandes est qu'il aurait sa vie à lui, ou d'autres chats à fouetter, qu'on le dérangerait dans ses occupations ou dans son train-train...

On ne sait pas trop alors pour quelle raison exactement Dieu finit par obtempérer, est-ce parce qu'il a été choqué par le sans-gêne de son voisin, ou juste parce qu'étant maintenant réveillé, il comprend que pour pouvoir se rendormir il vaut mieux qu'il lui donne ce qu'il demande. Mais c'est une nuance, qui joue seulement éventuellement sur le fait que par la suite Dieu restera ou non plus ou moins ami et bienveillant vis-à-vis du demandeur. Quoi qu'il en soit, on n'en reste pas moins ici invités à ne pas avoir peur de demander, ne pas se sentir embarrassés par une image d'un Dieu inaccessible, lointain, qu'on ne pourrait amadouer qu'au moyen de rites et de protocoles savants, en bref, de toute une institution, de toute une religion. Non, cette histoire rejoint ce titre de "père" que Jésus donne à Dieu, on est dans la relation personnelle, immédiate, avec Lui.

La suite est commune à Luc et Matthieu (7, 7-11), presque aux mots près. D'abord une suite d'injonctions "demandez ! cherchez ! toquez !" et l'assurance qu'elles seront suivies d'effet : c'est la formulation en clair de la morale de la parabole qui précède, ainsi que des deux images qui vont suivre : puisqu'à nous, parents humains, il ne nous viendrait jamais à l'idée de répondre aux demandes de nos enfants en leur donnant des choses qui seraient mauvaises pour eux, il n'y a donc aucune raison que Dieu, notre père divin, n'en fasse pas autant. On ne peut cependant pas en conclure qu'il nous donnera forcément exactement ce que nous demandons ! Il y a ici une petite différence entre Matthieu et Luc : Matthieu dit simplement que Dieu nous donnera de bonnes choses. On peut comprendre que c'est en principe Lui qui sait mieux que nous quels sont nos vrais besoins, les plus fondamentaux.

Luc, de son côté, explicite ce qu'il pense être ce don le plus essentiel pour nous : l'Esprit saint. C'est une spécificité de Luc, parmi les trois synoptiques, d'accorder ainsi une telle importance à l'Esprit dans nos vies personnelles. Marc et Matthieu évoquent vaguement ce sujet, un peu comme une généralité, mais cela ne semble pas correspondre pour eux à une expérience qu'ils auraient personnellement vécue, contrairement à Luc qui, d'une part a tendance à l'évoquer plus souvent dans la vie de Jésus lui-même, et ensuite bien sûr dans la vie des premiers chrétiens, avec la Pentecôte pour commencer (c'est Luc seul qui décrit cet événement), mais aussi et surtout tout du long des Actes des Apôtres, où c'est sans cesse que les personnes sont dites agir "sous la mouvance de l'Esprit".

De ce point de vue, c'est l'évangéliste Jean qui en dirait le plus, non dans la description de cette action effective de l'Esprit chez les premiers chrétiens (là-dessus, Jean dit seulement qu'ils le reçoivent, point à la ligne), mais dans l'annonce de sa venue, qu'il sera leur "défenseur" et qu'il les "guidera vers la vérité toute entière". Mais qu'est-ce exactement que ce don de l'Esprit ? À strictement parler, l'Esprit, nous l'avons déjà en nous dès notre origine, dès notre conception ! L'Esprit, considéré comme présence de Dieu en nous, c'est exactement cet être dont nous parlions hier, cet être que nous ne pouvons ternir que de lui, l'être en soi, et d'ailleurs, si on se réfère au texte de la Genèse, on retrouve aussi cette même affirmation de la présence de Dieu dès notre origine, puisqu'il y est dit que pour créer l'être humain, après avoir "modelé son corps", Dieu "insuffle dans ses narines l'Esprit".

Aussi, la venue de l'Esprit dont il est question ici, est-elle plus précisément un changement, une étape, ce que Jean appelle la seconde naissance : l'Esprit est en moi, il est même mon moi le plus intime, le vrai moi, mais nous commençons tous par n'en avoir aucune conscience. Enfants, nous en avons cependant souvent l'intuition, mais pas la conscience, et généralement en grandissant nous perdons même cette intuition. Et voilà ce que Luc pense être le don suprême, la demande à faire par excellence : entrer dans cette forme de vie où nous sommes conscients de cette présence de l'Esprit, autrement dit de Dieu, comme étant notre être véritable.

Illustration 1

    et il leur dit

« qui parmi vous aurait un ami
    qui viendrait vers lui au milieu de la nuit et lui dirait
"ami ! prête-moi trois pains
    du fait qu'un ami à moi est arrivé d'un trajet chez moi
et que je n'ai rien à lui servir"
    et lui répondant de l'intérieur dirait
"ne me cause pas de soucis ! la porte a déjà été fermée
    et mes enfants sont au lit avec moi
je ne peux me lever pour te donner"
    je vous dis
même s'il ne se lèvera pas pour lui donner
    du fait qu'il est son ami
cependant étant réveillé du fait de son sans-gêne
    il lui donnera tout ce dont il a besoin
    
    et moi je vous dis
demandez ! et il vous sera donné
cherchez ! et vous trouverez
toquez ! et il vous sera ouvert
    car quiconque demande reçoit
    et quiconque cherche trouve
    et à quiconque toque il sera ouvert
    
et à quel père parmi vous
    le fils demanderait un poisson
    et au lieu de poisson il lui remettrait un serpent ?
ou encore
    il lui demanderait un œuf
    et lui lui remettrait un scorpion ?
si donc vous qui êtes mauvais
    savez donner de bons dons à vos enfants
combien plus encore le père du ciel
    donnera-t-il l'Esprit saint à ceux qui le lui demandent ! »

(Luc 11, 5-13)

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.