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Billet de blog 11 janvier 2025

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Concurrence déloyale

Les cadeaux Bonux, les gadgets de Pif, les points fidélité, tous ces procédés faciles pour attirer le chaland et le tenir captif ne datent pas d'hier ; ça ne mange pas de pain, et ça fait à bon compte la différence avec la concurrence.

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Nous avons vu que, selon les trois évangiles synoptiques (Matthieu surtout, Marc et Luc un peu moins clairement), c'est l'emprisonnement de Jean le Baptiste qui va comme obliger Jésus à repartir en Galilée, à passer à autre chose en somme, et encore cela n'a-t-il dû se faire que progressivement, puisque le message qu'il proclame dans les débuts de "son" ministère est en fait exactement le même que celui de son maître : "convertissez-vous, le royaume est proche". Il manque aux synoptiques de nous dire que, de plus, dans ces premiers temps de supposée indépendance vis-à-vis de son mentor, Jésus ait continué de baptiser lui aussi, comme il devait vraisemblablement le faire déjà avant avec Jean, ainsi que Pierre, André, et les quelques autres qui étaient eux aussi disciples du Baptiste.

Cette dernière précision, c'est donc l'évangile de Jean qui nous la donne : oui, Jésus ainsi que ses premiers disciples, baptisaient eux aussi, comme le Baptiste. Et, s'il est certain que les évangiles n'en parlent plus du tout par la suite, comme si à partir d'un certain moment ils avaient complètement arrêté de le faire, il n'en reste pas moins qu'ils retrouveront très vite le même rite dès la venue de l'Esprit, en lui donnant sans doute un sens plus élaboré que le baptême de Jean, mais n'empêche que nous n'avons aucune idée de comment aurait pu s'effectuer une telle résurgence de cette pratique, si elle avait réellement et complètement disparu entre temps...

La question de savoir, maintenant, si, comme semble le dire ici l'évangéliste, "Jean n'avait pas encore été jeté en prison", alors que Jésus avait déjà pris son indépendance, semble dès lors cependant secondaire ; il faut à mon avis, sur ce point, considérer que ce sont les synoptiques qui sont les plus crédibles, mais de nouveau peu importe. Ce qui est à peu près certain, c'est que lorsque le Baptiste a été arrêté, Jésus n'aura pas été le seul de ses disciples à reprendre le flambeau, à continuer de baptiser "pour le pardon des péchés", tout en restant en lien avec le prisonnier autant que possible. Mais pour Jésus, il y a eu les premières guérisons qui se sont produites, et c'est ce qui l'a fait évoluer dans son message de "le royaume est proche" à "le royaume est déjà là" au moins partiellement, il a déjà commencé, alors que d'autres, qui ne l'avait pas suivi en Galilée, en sont restés au message et aux perspectives initiaux, tout comme le Baptiste lui-même d'ailleurs, dont on sait qu'il se mit à douter de son poulain.

Concrètement, on a donc sans doute affaire dans ce passage plutôt à une rivalité entre deux branches des disciples du Baptiste, une branche galiléenne, qui est repartie en Galilée après l'arrestation du maître et qui a suivi l'évolution que nous venons de dire en raison des guérisons, et une branche judéenne, qui est restée en Judée, et qui est restée aussi sur le même message, la même prédication, la même perspective que le Baptiste. On sait que ces deux branches se côtoieront longtemps encore, et en fait même jusqu'à nos jours, se contestant réciproquement leur légitimité, déjà du temps de Jésus, et encore dans les premiers temps après sa mort. L'évangéliste "Jean" aura donc voulu personnifier ce conflit en mettant ici quasiment en présence l'un de l'autre les deux chefs de file, et en faisant dire à l'un (le Baptiste) qu'il devait "diminuer" pour laisser Jésus "croître". Voilà qui est de bonne propagande...!

Ce qui est certain, c'est que toute la différence entre Jésus et le Baptiste est venue des guérisons. Les disciples du Baptiste qui ont voulu lui rester fidèles (ainsi que lui-même) n'ont pas nécessairement contesté la réalité de ces guérisons, mais n'en ont pas non plus été éblouis, ils n'ont pas jugé que ce soit forcément une bonne chose que de tels "signes" se produisent, et ils n'avaient peut-être pas tort, puisque le principal effet de ces miracles a été de renforcer les attentes des gens pour un messie sauveur du type nounou, attendant tout de lui, se déchargeant sur lui de toute responsabilité, de tout effort à faire, de vrais bébés espérant n'avoir qu'à ouvrir la bouche pour la becquée dans une vie de festin éternel, ce qui d'ailleurs, comme accessoirement, entraînera de plus la mise à mort dudit messie...

Illustration 1

après cela Jésus vient avec ses disciples
    dans la terre de Judée
et là il séjournait avec eux
    et il baptisait
et Jean aussi baptisait dans les sources
    près de Salim
c'est qu'il y avait là beaucoup d'eaux
    et on venait et on était baptisé
en effet Jean n'avait pas encore été jeté en prison

et il survint une discussion
    parmi les disciples de Jean avec des Judéens
à propos de purification
    et ils vinrent auprès de Jean et lui dirent
« rabbi ! celui qui était avec toi au-delà du Jourdain
    pour lequel tu as témoigné
voici qu'il baptise et tous viennent à lui »

    Jean répondit et dit
« un homme ne peut rien prendre
qui ne lui ait été donné du ciel
    vous-mêmes vous m'êtes témoins que j'ai dit
"je ne suis pas moi le messie
    mais j'ai été envoyé en avant de lui"
c'est celui qui a l'épouse qui est l'époux
    mais l'ami de l'époux qui se tient là et l'entend
    se réjouit de joie à la voix de l'époux
et cette joie qui est la mienne est complète

    lui va croître et moi diminuer »

(Jean 3, 22-30)

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