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Billet de blog 11 nov. 2018

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Un soir, je me suis trouvé à ne plus pouvoir continuer comme ça. Ce n'était plus possible, je ne pouvais plus envisager, que le lendemain je doive me lever encore une fois. Il n'y avait plus aucun sens à ma vie.

Il ne m'est pourtant pas venu un instant à l'idée que je pourrais me suicider. Je n'y ai simplement pas pensé. Au lieu de cela, je suis rentré dans le sommeil, j'y ai plongé, volontairement, et sans artifice, sans somnifère, sans rien, rien que cette conviction que je ne pouvais rien faire d'autre, que je n'avais pas le choix.

Puisque je suis en train d'écrire ces lignes aujourd'hui, c'est donc, bien sûr, que j'en suis sorti depuis. En fait, on ne m'a pas permis d'y rester. Au bout de deux semaines de ce qui avait été considéré comme une sorte de coma, les psychiatres qui m'avaient pris en charge, estimant de leur devoir de tout faire pour m'en sortir, commencèrent à m'administrer des électrochocs.

Pendant ces deux semaines, je n'avais pas été tout le temps "parti" à la même profondeur. La première semaine, notamment, où j'avais été déplacé pour divers examens d'imagerie médicale, il était arrivé qu'un heurt ou une secousse me fasse presque revenir à la conscience. Le temps que je réalise ce qui se passait, que rien n'avait changé pour moi, je repartais aussitôt, y compris la fois où on m'a mis dans la bouche un cylindre spongieux, qu'on m'a posé sur les tempes des plaques métalliques, que des personnes ont maintenu mes bras et mes jambes, et qu'on m'a dit que ce serait bien que je me réveille maintenant. Je savais ce qu'on allait me faire, mais j'estimai que, si je m'en arrêtais là, il n'y aurait toujours rien eu de changé.

Le fait est que, par contre, après les électrochocs, je me suis réveillé. Je ne sais pas pourquoi. Je me suis réveillé en ne sachant d'abord pas où j'étais, pourquoi j'y étais, qu'est-ce qui s'était passé pour que je sois dans ce lieu inconnu, etc. Puis c'est assez vite revenu, et en même temps le sentiment que cela n'avait servi à rien, que ma vie n'avait toujours aucun sens ; simplement, maintenant je devais l'accepter, accepter de juste vivre, sans aucun projet, sans aucune projection dans l'avenir.

Juste cela, et en totale dépendance, puisque j'étais bien incapable d'assumer quoi que ce soit, accepter de seulement survivre, alors que tout un monde bouillonnait en permanence dans ma tête, mais un monde dont je ne savais pas quoi faire. Une seule oasis dans ce désert : un cours hebdomadaire de yoga.

Et puis, au bout d'un an, la première expérience du divin, de l'Autre, de l'extra-ordinaire, de l'à côté, de l'au-delà. Très simple expérience, en fait ; juste un moment de paix, mais d'une paix inimaginable. D'ailleurs, quand j'en prends conscience, le moment est déjà passé, c'est juste la saveur qui m'en reste qui me donne une idée de ce qui a momentanément été hors du temps.

L'expérience s'est produite une première fois, puis quelques jours plus tard une deuxième fois, puis encore plus tard... J'ai su alors, et c'est bien le cas depuis, qu'elle reviendrait toujours. Je pouvais repartir dans la vie, sans savoir où j'allais, et je ne le sais toujours pas, mais ça ne me gênait plus vraiment.

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