Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

1432 Billets

0 Édition

Billet de blog 12 mars 2025

Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

Chercheurs de sens

Les religions, les philosophies aussi, sont des tentatives pour donner du sens à notre condition, à notre existence, à notre être au monde ; une recherche qui semble spécifique à notre humanité, du moins sur cette terre...

Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Nous sommes des êtres qui ont besoin que leur existence ait un sens. Il semble que ce soit une caractéristique qui nous est propre, nous les êtres humains, il nous faut, chacune et chacun, qu'il y ait un sens à notre être au monde, à notre présence dans l'univers, à notre vie. Ce questionnement n'est pas nécessairement explicite, nous pouvons souvent vivre sans y réfléchir, nous contentant de suivre implicitement les modèles qui nous sont proposés : consommer, et, pour pouvoir consommer, travailler (ou voler, ou faire travailler les autres à notre profit, et tout autre moyen accessible à notre imagination, toujours fertile en ce domaine). Mais quand ce sens viendrait à manquer, pour beaucoup ce sera alors la tentation du suicide, parce que réellement : nous ne pouvons pas vivre s'il n'y a à cela aucun sens, nous sommes ainsi faits.

Le concept de Dieu ou de dieux, de divinité, de déité, a ainsi surgi dans nos esprits, au cours de notre histoire, ou plutôt de nos histoires, comme une réponse à ce besoin primordial, comme tentative de donner un sens à nos vies dans cet univers. C'est nous qui avons développé cette ou ces idées, c'est nous qui lui avons donné la ou les formes que ce concept a pris au cœur de nos différentes cultures, partout sur notre planète, au fil des temps. C'est nous qui l'avons développé, ce qui ne veut pas dire que nous l'ayons forcément non plus inventé de toutes pièces. Forcément, ce concept, aura été entaché d'erreurs, dans quelque milieu où il se sera formé, mais il n'en reste pas moins qu'il y a ce besoin en nous de sens, et que ce besoin signifie nécessairement quelque chose, rien qu'en lui-même, indépendamment donc des formes qu'ont adoptées les réponses que nous y avons données.

YHWH, le Dieu des hébreux, tout en étant fondamentalement une de ces tentatives de réponse légitimes, n'a pas pu non plus échapper à ces limitations inévitables, à commencer d'être le Dieu d'une tribu, d'un peuple, d'une "race", et il est certainement à l'honneur de ce peuple d'avoir réfléchi à comment ce Dieu pourrait faire sens, non seulement à eux, mais aussi aux autres peuples, "races", nations. La première réponse était que ceux-ci finiraient forcément par se rendre à l'évidence que ce Dieu des hébreux valait bien mieux que tous les autres et l'adopteraient donc ainsi sans autre forme de procès. L'histoire de Jonas, cependant, fait un pas de plus (sans doute parce qu'ils ont fini par se rendre compte que cela ne se passait pas ainsi comme sur des roulettes...) : il ne suffit pas d'attendre que ça se fasse tout seul, il faut y aller, il faut aller prêcher la bonne parole chez les autres.

Mais est-ce vraiment un mieux ? n'est-ce pas au contraire comme un refus forcené d'abandonner le géocentrisme pour enfin passer à l'héliocentrisme ? comme si ce concept de Dieu, c'est nécessairement nous (nous les hébreux, nous les papous, nous les chinois, nous les amérindiens, etc.) qui en avons la meilleure représentation, la plus proche de la réalité, ce qui se traduit aussi par l'idée que nous sommes les préférés, les chouchous, les fils bien-aimés, du Dieu... Allons, un effort de plus : nos représentations, y compris les splendeurs les plus inimaginables de nos théologies de quelque religion qu'elles soient, sont forcément notoirement insuffisantes, pleines d'erreurs ; elles ne peuvent tout au plus que nous accompagner au tout début du chemin, nous donner envie de nous y mettre en route, mais la réalité, elle, est inéluctablement bien au-delà de tout cela.

C'est peut-être cette nécessité que cette quête devienne tout autre chose que de simplement suivre des rails tracés à l'avance par d'autres, qui fait que notre civilisation dite "avancée" en est venue à s'en remettre à "la science" quasiment en guise de religion. Mais c'est bien sûr une illusion pire encore, car la science, par définition, ne peut pas donner du sens à nos vies, du fait qu'elle ne peut explorer les choses que sous leur aspect extérieur, jusque y compris la psychologie, la censément "science de l'âme". Ceci ne signifie pas que la science soit inutile, elle peut au contraire servir à marquer des impasses, définir précisément des non-sens — littéralement : dire ce que le sens ne peut pas être —, mais elle ne peut pas dire ce que le concept de Dieu cherche à dire : ce qu'est le sens, quel est le sens de tout cela.

Non, le sens, lui, ne peut nous venir que de l'intérieur de nous-même, il n'y a que là qu'il réside et que nous puissions le trouver, comme d'autres l'ont fait avant nous, tel Jésus par exemple, ce dont il a témoigné notamment quand il a dit à ses disciples : "Confiance ! j'ai vaincu le monde" ; ce qui ne veut évidemment pas dire qu'il l'ait fait à notre place, seulement que c'est possible...

Illustration 1

puis comme les foules se rassemblaient
    il a commencé à dire

« cette génération est une génération mauvaise
elle cherche un signe
    et il ne lui sera pas donné de signe
    sinon le signe de Jonas
en effet de même que Jonas fut un signe
    pour les gens de Ninive
de même sera aussi le fils de l'homme
    pour cette génération-ci

la reine du midi sera réveillée au jugement
avec les hommes de cette génération
    et elle les condamnera
parce que elle
    elle vint des confins de la terre
    pour écouter la sagesse de Salomon
et voici qu'il y a plus que Salomon ici

les hommes de Ninive se lèveront au jugement
avec cette génération
    et ils la condamneront
parce que
    ils se sont convertis
    à la prédication de Jonas
et voici qu'il y a plus que Jonas ici »

(Luc 11, 29-32)

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.