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Billet de blog 13 avril 2015

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Seconde vie

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Billet original : Seconde vie

Il y avait un homme, parmi les pharisiens, du nom de Nicodème, une autorité chez les Juifs.  Celui-là vient vers lui, de nuit, et lui dit : « Rabbi, nous savons que de la part de Dieu tu es venu en maître ! Car personne ne peut faire ces signes que tu fais, si Dieu n'est pas avec lui. » 

Jésus répond et lui dit : « Amen, amen, je te dis : qui n'est pas engendré d'en haut ne peut voir le royaume de Dieu. »  Nicodème lui dit : « Comment un homme peut-il être engendré, étant âgé ? Peut-il, dans le ventre de sa mère, entrer une seconde fois, et être engendré ? » 

Jésus répond : « Amen, amen, je te dis : qui n'est pas engendré d'eau et d'Esprit ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair et ce qui est né de l'Esprit est esprit. Ne t'étonne pas que je te dise : il vous faut être engendré d'en haut. Le vent, où il veut souffle, et sa voix tu l'entends, mais tu ne sais d'où il vient ni où il va : ainsi en est-il de tout homme né de l'Esprit, du Souffle. »

Jean 3, 1-8

On ne sait pas trop de quels "signes" parle Nicodème ! Auparavant, dans l'évangile de Jean (2, 1-11), il n'y en a principalement eu qu'un, le changement de l'eau en vin à Cana. Cela s'est quand même passé dans une bourgade assez quelconque de Galilée, et nous sommes à Jérusalem. Comment envisager que Nicodème ait entendu parler de cet événement, dont aucun des convives de la noce n'a eu connaissance, mais seulement les serviteurs (2, 9) ? La seule solution semble que ce soit un des disciples de Jésus, qui eux ont quand même été mis dans la confidence (2, 11), qui le lui ait dit. Mais à nouveau comment envisager que ce Judéen de très haut vol (il est membre du sanhédrin) ait eu quelque relation que ce soit avec les braves pêcheurs Galiléens qui entourent Jésus ? À nouveau une seule solution semble envisageable : outre le groupe des disciples galiléens qui ont accompagné Jésus tout du long de sa geste chez eux, Jésus a eu aussi au moins un ami judéen, fidèle tout du long de son ministère depuis les tout débuts dans l'entourage de Jean Baptiste jusqu'à la croix, celui qui dans l'évangile se désigne lui-même comme étant le "disciple que Jésus aimait". Cet homme, bien qu'issu d'une des plus "grandes" familles sadducéennes, avait été sensible au message du Baptiste, c'est là qu'il a connu Jésus  (il est sans doute dans les deux premiers qui s'attachent à lui, l'autre étant André) ; il n'a pas pris part à l'ensemble de l'aventure en Galilée, il n'y aurait pas été à sa place, mais il a parlé de Jésus à plusieurs de ses amis, dont, vraisemblablement, Nicodème, et il les a faits se rencontrer.

Un Nicodème qui nous sert ici pour un des tout premiers enseignements initiatiques de l'évangile, le thème de la seconde naissance. L'épisode se contente d'un exposé très rudimentaire : une phrase sibylline de Jésus parlant d'une naissance d'en-haut, une réaction assez naïve de Nicodème histoire de détendre l'atmosphère, et cette affirmation, qu'on retrouve chez Paul aussi, que l'homme n'est pas que cet être mortel, de "chair", auquel nous le réduisons spontanément, mais qu'il est aussi immortel, d'"esprit". Ici, il faut être clair avec les termes. Le texte parle bien de "naissance", pas de "conception" ; autrement dit, on ne parle pas de recevoir une composante spirituelle éternelle que nous n'aurions pas initialement, mais on parle de naître à cette dimension, laquelle fait déjà partie de notre constitution. Cette nuance est importante. Beaucoup de chrétiens croient que le baptême serait destiné à leur donner ce quelque chose de plus qu'ils n'auraient pas naturellement, à leur donner un "esprit", raison pour laquelle ceux qui ne sont pas baptisés ne pourraient pas être sauvés (et on imagine alors qu'il existerait un "baptême de désir" par lequel ceux qui, se convertissant à l'article de leur mort mais ne pouvant plus recevoir le sacrement dans les règles, recevraient quand même cet esprit...). Ce n'est donc en tout cas pas ce dont nous parle ce texte, conforme en cela à toute la théologie johannique.

Après cette affirmation — centrale dans la théologie johannique puisque cette seconde naissance est celle à laquelle parviendront les disciples, après la résurrection de Jésus, lorsqu'ils "recevront l'Esprit" — qui ne peut qu'abasourdir un brave juif qui n'avait jamais entendu parler de quelque chose de cet ordre (tout comme elle abasourdira aussi, j'en suis sûr, la grande majorité des chrétiens actuels si on la leur expose), le premier conseil qui est alors donné à Nicodème est de seulement ne pas se cabrer contre elle : "Ne t'étonne pas". C'est la toute première condition, au moins ne pas refuser cette possibilité, sinon évidemment rien ne sera possible. Mais cette recommandation de ne pas d'étonner va beaucoup plus loin, en réalité, et peut-être est-elle même la seule condition, le seul chemin, qui mène à la seconde naissance. Il s'agit bien de l'accepter, cette possibilité, et de l'accepter entièrement, de tout notre être, de ne plus avoir le moindre doute à son sujet, pour qu'elle puisse se réaliser, pour qu'elle puisse se révéler à nous comme l'évidence même. Cela semble trop simple ? eh bien ! faites-le donc, simplement...

Et puis enfin nous est donné un tout petit aperçu de ce qu'est cette vie dans l'Esprit, une fois qu'on y est né. Mais là, l'évangéliste a peut-être eu tort d'en parler déjà. Il est certain que telle est alors notre condition, qu'on ne peut posséder l'Esprit, mais que c'est plutôt lui qui nous possède, et que ce fait, bien qu'évident, fait aussi partie de ces évidence qu'on n'en finit jamais d'approfondir. Dans le fond, on peut considérer ce "tu ne sais ni d'où il vient ni ou il va" comme un guide de la vie dans l'Esprit, comme le "ne t'étonne pas" est un guide pour y entrer. Je ne saurais donc dire s'il était bien judicieux d'en parler dans ce contexte, dès le début de l'évangile, lorsqu'il s'adresse théoriquement à un néophyte qui n'en est encore qu'à entrer dans la première étape. L'essentiel, disons, est qu'il soit au moins clair que les deux maximes parlent chacune d'une étape différente. Après, il est vrai que les choses ne sont jamais complètement étanches, et qu'il peut quand même être utile, peut-être, au néophyte d'avoir une petite idée de ce que "ce sera". Pour l'"initié", par contre, il est certain qu'il ne peut que lui être profitable de se rappeler aussi des fondamentaux. Il ne devrait pas l'ignorer, et pourtant...

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