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Billet de blog 12 mai 2023

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L'amour (soupir) ...

Soupir : oui, mais le dernier alors

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Au moment où Jésus est censé prononcer ces paroles, il n'a pas encore donné "sa vie pour ses amis", il n'est pas encore mort sur la croix pour leur permettre de sortir de leurs fausses attentes à son sujet. Il ne devrait donc pas pouvoir leur dire de s'aimer "comme lui les a aimés", puisqu'il ne l'a pas encore fait, du moins pas jusqu'à ce qu'il nous présente ici comme le sommet de cet amour.

C'est un lieu commun que d'affirmer que ce "commandement" de l'amour chez Jean reste cependant en-deça du "commandement" de l'amour dans ce qu'on appelle la source Q : "aimez vos ennemis" (Matthieu 5, 44 ; Luc 6, 27). On pourrait quand même en discuter, car s'il est vrai que Jean ne parle nulle part d'amour pour ses ennemis de la part de Jésus — ni dans ses paroles, ni dans ses actes —, les synoptiques eux ne parlent pas d'aimer jusqu'à en donner sa vie... Pourrait-on alors combiner les deux pour obtenir le véritable sommet de l'amour : donner sa vie pour ses ennemis ?

Il est clair qu'il faut en tout cas bien s'entendre dans tout cela sur ce qu'on appelle "aimer". Il ne s'agit évidemment pas de l'amour dont on dit qu'il ne peut ni se commander ni s'interdire, il ne s'agit pas des préférences que nous pouvons avoir, de goût ou d'affection, encore moins de passion irrésistible :) Il s'agit donc bien plus de volonté de bienveillance, de vouloir le bien de l'autre, jusque y compris de l'ennemi, de celui qui nous est antipathique, ne serait-ce que parce que son bien véritable n'est certainement pas de faire du mal aux autres.

Jésus a-t-il accepté sa mort jusque là, pour le bien de ses ennemis, pour le bien de Hanne, Caïphe et tout ce gotha des instances politiques du judaïsme de son époque, qui, eux, l'ont fait exécuter pour ce qu'ils pensaient être le bien de leur peuple ? Luc (23, 34) est le seul à faire dire à Jésus sur la croix "Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font", ce qui illustre dans les faits son enseignement d'aimer ses ennemis, mais ne dit pas que ce soit pour eux qu'il ait accepté d'en arriver là.

Quoi qu'il en soit, pour pouvoir donner sa vie il semble qu'il faille, à la fois qu'elle ait un prix à nos yeux, et à la fois qu'il y ait "autre chose" qui nous semble plus important. Cette autre chose peut être un idéal — voire une idéologie —, ou une personne concrète, physique — et il s'agit alors là de l'amour de nos amis —, ou une "personne" abstraite, immatérielle — Dieu, le Tao, la Voie... C'est alors peut-être dans ce dernier cas qu'on pourra dire qu'on meurt jusqu'à "pour nos ennemis" ?

Jésus, en tout cas, est certainement mort pour ses amis, pour leur bien, pour qu'ils ouvrent enfin leurs yeux sur la réalité d'un Dieu père-mère de chacune et chacun, d'un Dieu intime en soi, plus intime que le plus intime de soi-même, au lieu de le prendre, lui Jésus, pour le messie politique dont ils attendaient qu'il soit leur père sur la terre. Puis ils en ont fait ensuite un quasi-père dans le ciel : sont-ils bien allés jusqu'au bout de ce qu'il voulait leur transmettre, de ce pour quoi il est mort ???

Illustration 1

Tel est mon commandement :
vous aimer les uns les autres
    comme je vous ai aimés.
Personne n'a plus grand amour
    que celui qui donne sa vie pour ses amis.

Vous êtes mes amis
    si vous faites ce que moi je vous commande.
Je ne vous dis plus 'serviteurs',
    parce que le serviteur ne sait pas
    ce que fait son seigneur,
mais je vous dis 'amis',
    parce que tout ce que j'ai entendu de mon Père,
    je vous l'ai fait connaître.

N'est-ce pas vous qui m'avez élu
    et non moi qui vous ai élus ?
Et je vous ai établis
    pour que vous alliez et portiez du fruit,
    et que votre fruit demeure,
afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom,
    il vous le donne.

Ce que je vous commande :
vous aimer les uns les autres.

(Jean 15, 12-17)

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