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Billet de blog 13 juin 2014

Un autre regard

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Billet original : Un autre regard

« Vous avez entendu qu'il a été dit : “Adultère ne commettras.” Or moi je vous dis : Tout homme qui regarde une femme pour la désirer, adultère déjà avec elle, en son cœur ! 

« Si ton œil, le droit, est pour toi occasion de chute, arrache-le ! Et jette-le loin de toi ! Car il est de ton intérêt que soit perdu un de tes membres, et que ton corps entier ne soit jeté dans la géhenne. Et si ta main droite est pour toi occasion de chute, coupe-la ! Et jette-la loin de toi ! Car il est de ton intérêt que soit perdu un de tes membres, et que ton corps entier dans la géhenne ne s'en aille. 

« Et il a été dit : “Qui renvoie sa femme, qu'il lui donne un acte de répudiation.” Or moi je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas de concubinage, la fait devenir adultère. Et qui se marie avec une femme renvoyée, est adultère ! »

Matthieu 5, 27-32

Nous retrouvons aujourd'hui, sur le sujet du couple, la même perspective qu'hierconcernant la violence. Jésus ne rentre pas dans une liste détaillée des actes d'infidélité possibles, avec degrés de gravité et punitions (pénitences ?) proportionnelles à la clé ! Il n'aborde pas non plus la notion de consentement ou pas d'une des parties, en l'occurrence la femme vu le contexte culturel, aux entreprises de l'autre partie. Il n'a en fait pas besoin d'aborder tous ces aspects, puisque ce qu'il condamne est déjà le simple désir de... Ouille ! ouille ! ouille ! entends-je dire certains. Eh oui ! si on ne peut même plus fantasmer en toute 'innocence' dans le secret de sa tête ou de son cœur... c'est vraiment possible, ça ? C'est qu'il n'a pas l'air de plaisanter : si la seule vue d'une jolie femme, ou d'un beau mec, te met en émoi, arrache-toi les yeux. Si ta main a tendance parfois à s'égarer où elle ne devrait pas, coupe ta main. Et nous retrouvons le même châtiment qu'hier, la géhenne, qui nous indique que nous ne sommes pas dans un ordre judiciaire terrestre, Jésus n'est pas en train de proposer une réforme du code pénal. Il nous parle ici d'un tribunal spirituel, c'est normal, puisqu'il s'agit d'éduquer nos sentiments, nos pensées, notre conscience.

Je ne sais s'il est vraiment possible de ne jamais éprouver la moindre concupiscence. Je ne suis pas sûr qu'il soit souhaitable de vouloir faire comme si c'était possible. Je crois que c'est en tout cas une direction vers laquelle Jésus voulait nous orienter. Comme pour la violence, dont il disait hier qu'on ne peut se contenter d'en codifier les actes, mais qu'il faut s'interroger sur ses racines en nous si on veut pouvoir la maîtriser. Cela ne veut pas dire que nous arriverons un jour à ne plus avoir aucune impulsion de violence, mais qu'elles ne nous mettront plus "hors de nous". De même pour le désir de possession de l'autre, qui s'exprime toujours de manière exacerbée dans les rapports entre les sexes. Ce désir existera sans doute toujours en nous, mais nous pourrons apprendre à ne pas le laisser dominer notre comportement, et ceci est valable y compris avec notre conjoint 'légitime' ! La volonté de domination, la tentation de prendre l'autre pour un objet destiné à satisfaire notre désir, ne sont pas plus souhaitables sous couvert d'une institution qu'en-dehors. Le texte ne dit pas que : tout homme "déjà marié" qui regarde une femme..., mais : "tout homme", quelle que soit sa situation matrimoniale, et quelle que soit la femme en question, y compris la 'sienne'.

Tel est donc, je crois, l'essentiel de l'enseignement de Jésus sur la sexualité : apprendre à en faire une relation entre deux personnes, et non un lieu de satisfaction d'instincts égoïstes. Il ne faut pas se focaliser, dans le mot 'adultère' employé ici, sur l'aspect relation légitime ou pas, sinon on ne comprend pas pourquoi Jésus parle alors de "tout homme" et "une femme", et on ne comprend pas non plus les paroles qui suivent sur l'œil et la main qui sont occasion de chute. Le mot grec, s'il sert effectivement à désigner l'adultère au sens où nous l'entendons, comprend la notion plus spécifique de 'séduction', et par extension de 'corruption'. C'est cet aspect, de dégradation de l'autre au rang d'objet, que Jésus visait certainement. Et c'est aussi dans ce sens qu'il faut comprendre le dernier paragraphe qui aborde la question du divorce. Ce n'est pas dans ce passage qu'il faut chercher un enseignement sur l'indissolubilité du mariage. Il en sera question beaucoup plus loin dans l'évangile de Matthieu (et dans Marc aussi), sur la base de tout autres arguments, mais ce n'est pas le sujet ici. D'ailleurs, nous voyons déjà la clause "sauf en cas de concubinage" qui ferait brèche pour la défense d'un "mariage chrétien" qui voudrait s'appuyer sur ce passage.

Non, dans ce dernier paragraphe, Jésus ne prône pas une interdiction de divorcer, mais il s'insurge seulement contre l'institution de l'acte de répudiation, telle qu'admise à son époque, qui permettait à un homme de se séparer de sa femme sous à peu près n'importe quel prétexte. Cette institution considérait bien et bel la femme comme un objet, un bien qu'on pouvait jeter quand on n'était plus satisfait de son usage. L'acte de répudiation évoquait bien qu'il fallait justifier sa décision, mais sous l'appellation très vague de motif de mécontentement. Pour certains, mécontentement pouvait recouvrir le fait d'avoir croisé dans la rue une femme plus belle que la sienne ! C'est contre cette pratique que Jésus se révolte. Et le terme de 'concubinage' embarrasse bien ceux qui ne veulent entendre qu'interdiction absolue du divorce : ils voudraient le lire comme signifiant que si la femme en question n'est qu'une concubine, ou une prostituée, on a alors le droit de divorcer. C'est idiot, il n'y a pas mariage, avec une concubine ou une prostituée ! Le seul sens possible est que ce concubinage signifie que c'est la femme qui est allée voir ailleurs, autrement dit que elle non plus n'est pas satisfaite de cette union. En ce cas, oui, puisque les deux sont d'accord, Jésus ne les oblige aucunement à se martyriser l'un l'autre jusqu'à la fin de leur vie.

Cela n'empêche, donc, qu'en un autre passage Jésus plaide aussi pour que le mariage soit une aventure qui nous engage pour toute la vie ! j'y reviens pour ceux qui seraient choqués de découvrir que pour autant il n'en faisait pas une obligation absolue. Je ne veux pas aborder maintenant en détail dans quel sens il a pu dire : "ce que Dieu a unit, que l'homme ne le sépare pas". Il est évident que nous aspirons tous au couple mythique qui défie le temps et l'éternité, et c'est effectivement en ce sens que Jésus recommandait de s'orienter. Cela n'empêche, justement, qu'il savait aussi reconnaître le droit à l'erreur, comme il le montre dans tant de domaines au travers des évangiles, et il n'y aurait que dans celui-ci qu'il aurait été intransigeant ?

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