Cette histoire, au premier abord, peut nous sembler révoltante : ainsi nous ne serions que des esclaves ? Il est vrai que le mot grec traduit ici par "esclave" est le plus souvent traduit par "serviteur". Mais un serviteur qui accomplit bien sa tâche, son maître lui montrera de la reconnaissance, au moins de la satisfaction, ce qui n'est pas le cas ici. C'est donc qu'il s'agit bien d'un esclave. Non pas un esclave comme on se l'imagine avec droit de vie et de mort de la part du maître, car tel n'était pas le cas dans ce contexte, où le maître n'avait pas le droit de porter atteinte à son intégrité physique, et devait donc le nourrir correctement et même en cas d'accident ou de maladie lui faire prodiguer des soins si possible.
Reste que, à condition de rester dans les limites de ses forces, le maître pouvait donc exiger de lui tout ce qu'il voulait à longueur de journée. Par rapport aux serviteurs, l'esclave ne bénéficiait d'aucune proportionnalité entre le travail accompli et un quelconque salaire ou rétribution ou compensation d'aucune sorte. Et c'est là, sans doute, le point essentiel de cette comparaison, de cette parabole, que, par rapport au travail que Dieu (ou la nature, ou l'univers) attend de nous, il ne nous est pas possible d'exiger une reconnaissance, une récompense, quelconque.
Mais il ne faut pas pousser les paraboles trop loin, pour leur faire dire ce qu'elles ne veulent pas dire. Ce n'est pas parce que nous serions les esclaves de Dieu (ou de la nature, ou de l'univers) que nous ne pouvons pas exiger de récompense pour nos actes. Nous ne sommes pas des esclaves de Dieu (ou de...). Nous pouvons parfaitement nous moquer complètement de comment vont le monde et tous nos frères et sœurs en humanité et la nature : nous sommes libres. Si ce n'est, évidemment, que ces derniers peuvent se révolter : si je suis un patron exploiteur sans vergogne de mes employés, ils peuvent se mettre en grève, me séquestrer, etc. Si je pollue, bétonne, à tout va, épuise les nappes phréatiques, etc., il risque d'y avoir des retours de bâtons de la nature ! mais en tout cas, ce n'est pas Dieu qui va me foudroyer : Lui du moins nous laisse faire, n'intervient pas, même pas dans les holocaustes, les génocides, et aucune des saloperies dont nous sommes capables.
Contrairement donc à l'esclave, si nous choisissons de mettre toutes nos forces au service du bien commun, tant de l'humanité que de la planète, c'est en toute liberté, par compassion, par empathie, par amour (si on a le droit de prononcer encore ce mot). Et puisque c'est par amour, la seule récompense que nous en attendrons sera le bonheur de l'autre, le bonheur des autres. Et nous le savons d'expérience : il n'est pas possible dans ces cas de dire qui est le plus heureux.
Et puis, comme ce ne sera pas pour autant demain la fin de tous les malheurs du monde, il est certain que ceux-ci viendront de nouveau frapper à notre porte... Il n'y a pas de repos possible quand on a commencé à mettre la main dans cet engrenage-là ! méfiez-vous !:)
Agrandissement : Illustration 1
et qui parmi vous ayant un esclave
laboureur ou berger qui est revenu du champ
lui dira-t-il
"sitôt arrivé attable-toi !" ?
mais non ! il lui dira
"prépare-moi à manger !
et t'étant ceint sers-moi !
jusqu'à ce que j'ai mangé et bu
et après cela tu mangeras et boiras toi"
et est-ce qu'il est reconnaissant envers l'esclave
parce qu'il a fait ce qui était commandé ?
ainsi vous aussi
quand vous avez fait tout ce qui vous a été commandé
dites
"nous sommes des esclaves inutiles
ce que nous devions faire nous l'avons fait"
(Luc 17, 7-10)