Comme beaucoup de personnes de ma génération, je suis né dans une famille catholique pratiquante, j'ai baigné dedans. Pour autant que je me souvienne, la question de la réalité ou pas des miracles ne m'a jamais semblé importante ; je ne saurais même pas dire si j'y croyais ou pas, c'est juste que cela ne me semblait pas intéressant du tout, absolument pas essentiel. Aujourd'hui encore, quand on me dit qu'on a laissé tomber la religion à cause des miracles, je ne comprends pas, je me dis : mais on s'en fout des miracles ! Ce n'est pas là la question !
À y regarder de près, on peut remarquer d'ailleurs que Jésus non plus ne courrait pas après... On le voit dans l'épisode d'aujourd'hui : on lui demande de faire un miracle pour qu'on croie en lui, et lui "gémit en son esprit" — l'expression manifeste un désespoir profond. On peut parfaitement penser que tous les miracles qui ont pu se produire par son intermédiaire l'ont fait quasiment malgré lui. Ce sont des situations de détresse, des nécessités impérieuses, qui ont fait que ces évènements se sont produits, sans doute grâce à sa présence, mais ce n'est pas lui qui les a accomplis, c'est Dieu, et lui en a été en réalité plutôt embêté, parce que cela faisait que les gens voulaient faire de lui leur roi, voulaient l'interposer entre eux et Dieu, bref : faire de lui un dieu...!
Et c'est bien ce qui a fini par arriver, après sa mort. Lui qui, toute sa vie, a refusé ce star-système, a refusé d'être le messie politique et militaire qu'on attendait, qui s'est toujours effacé en disant que tout ce qui se passait ne venait pas de lui mais de Dieu. Mais les hommes sont ainsi, ils ne veulent pas entrer eux-mêmes en face à face avec Dieu, avec le mystère, avec le doute, ils préfèrent remettre cela à d'autres, et se construire avec ça un édifice idéologique béton par lequel ils penseront se protéger, se soustraire à l'inconnu.
Aujourd'hui, le catholicisme ne propose guère d'autre alternative que de se réfugier en fermant très fort les yeux dans la citadelle de cet édifice idéologique qui se lézarde de toutes parts, ou s'adonner corps et âmes à une charité — que je trouve certes fort louable et en tout cas plus honnête que l'autre attitude, mais — qui n'est évidemment en aucun cas l'apanage de quelque démarche religieuse que ce soit ; ce n'est qu'un humanisme au même titre que tous les humanismes.
On peut remarquer cependant, comme un "signe" (?), que dans les ordres contemplatifs, les techniques orientales de contemplation, méditation, qui prennent en compte à cent pour cent la dimension corporelle de notre être, sont assidument pratiquées. Y aurait-il quelque chose que notre christianisme occidental aurait raté au passage, ou peut-être oublié ?
Agrandissement : Illustration 1
Les pharisiens sortent.
Ils commencent à lui chercher noise :
ils cherchent de lui un signe du ciel,
pour l'éprouver.
Il gémit en son esprit et dit :
« Pourquoi cet âge cherche-t-il un signe ?
Amen, je vous dis :
il ne sera pas donné à cet âge de signe ! »
Il les laisse.
De nouveau il s'embarque,
et s'en va de l'autre côté.
(Marc 8, 11-13)