"Demandez et il vous sera donné !" ; il n'est quand même pas dit : demandez "n'importe quoi", et non plus : et il vous sera donné "exactement ce que vous avez demandé"... Même l'exemple concret donné pour illustrer ce précepte ne dit pas cela. Il y est question d'un fils qui demande à son père, soit du pain, soit du poisson. Le pain, c'est comme dans notre expression "gagner son pain" qui signifie gagner de quoi manger ; le pain demandé par ce fils signifie donc "donne-moi à manger". Et de même pour le poisson : dans ces villages comme Capharnaüm où résidait Jésus au cours de son ministère, et tout autour du lac de Tibériade (ou lac de Génésareth, ou "mer" de Galilée), où l'économie dépendait essentiellement de la pêche, la nourriture de base consistait en du pain avec du poisson ; donne-moi du pain, donne-moi du poisson, signifient donc : donne-moi de quoi me nourrir.
C'est une demande qui semble absolument raisonnable de la part d'un enfant à ses parents, il n'y a là aucune extravagance, c'est même juste le minimum minimal, l'ordinaire nécessaire, et suffisant. Est-ce alors précisément ce qu'il a demandé qu'il recevra ? tout ce qui nous est dit c'est que ce ne sera en tout cas ni une pierre ni un serpent, donc ni quelque chose qui ne peut pas nourrir, ni quelque chose qui, pire encore, peut faire du mal. Si je suis dans la misère et que je demande à gagner au prochain tirage du loto, il y a peu de chances que ma demande soit exaucée, ou alors ce sera par pure coïncidence. Mon exemple ici peut sembler évident voire ridicule, mais il y a de fortes chances que, si pourtant c'est ce que je crois, étant tellement focalisé sur ce que j'ai demandé, je ne saurai pas saisir une opportunité qui se présentera pourtant à moi, mais pas sous cette forme que j'attends...
Dieu n'est quand même pas un distributeur automatique de billets qui fonctionnerait sur demande et sans avoir besoin d'une carte bancaire, juste en appuyant sur des boutons...! et c'est ce dont veut parler l'appendice, ou la morale, dont on ne comprenait peut-être pas bien pourquoi cela nous est présenté comme une conclusion : donc faites pour les autres ce que vous aimeriez qu'on fasse pour vous, sous-entendu : si vous étiez dans leur situation. Oui, si j'étais dans la misère, j'aimerais qu'on me tende la main, et pas tant pour me donner la charité (il le faut en première urgence, merci les restos du cœur !), mais mieux : pour me donner du travail. Alors, puisque c'est ce que j'aimerais qu'on fasse pour moi dans un tel cas, c'est donc là ce que j'ai à faire, dans la mesure de mes possibilités évidemment : les seuls bras de Dieu en ce monde, ce sont les nôtres. Et bien évidemment, au-delà de ces réponses au cas par cas, il y a lieu aussi d'essayer de faire en sorte qu'une telle entraide ne soit plus dépendante des seules bonnes volontés aléatoires, mais fasse partie du cadre législatif dans lequel nous vivons, par le moyen de luttes sociales...
Mais, au-delà de nos besoins de base, de nos besoins vitaux, physiologiques, il y a aussi nos besoins psychologiques : cherchez et vous trouverez, toquez et il vous sera ouvert ; mais qu'est-ce qui pourrait le mieux répondre à nos angoisses existentielles, à notre besoin de sens à nos vies (dont nous parlions hier), sinon d'entrer en présence de ce Dieu dont il est question ici, mais si le mot de Dieu nous gêne nous pouvons nous en passer et conserver simplement cette notion d'une Présence, un sentiment de cet ordre, qui nous dit que, même sans que nous sachions bien pourquoi, nous pouvons avoir confiance dans la vie. C'est cela le "royaume", et ce n'est pas juste une idée comme ça, une idéologie, un baratin, un mirage intellectuel ; non, c'est très concret, un sentiment, mais un sentiment qui se base sur une expérience des sens-mêmes : une vraie Présence qui nous habite intérieurement comme étant la source-même de notre être, et qui nous accompagnera toujours, au-delà même de notre mort.
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demandez ! et il vous sera donné
cherchez ! et vous trouverez
toquez ! et il vous sera ouvert
en effet quiconque demande reçoit
et qui cherche trouve
et à qui toque il sera ouvert
ou quel est l'homme parmi vous
auquel son fils demandera du pain
mais qui lui donnera une pierre ?
ou encore il demandera un poisson
mais il lui donnera un serpent ?
si donc vous mauvais que vous êtes
savez donner de bons dons
à vos enfants
combien plus votre père dans les cieux
en donnera de bons !
à ceux qui lui demandent
aussi
tout ce que vous souhaitez
que fassent pour vous les hommes
faites-le vous aussi pour eux !
car c'est cela la torah et les prophètes
(Matthieu 7, 7-12)