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Billet de blog 13 mai 2014

Bagage minimum

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Billet original : Bagage minimum

Jésus dit en criant : « Qui croit en moi ne croit pas en moi, mais à qui m'a donné mission. Et qui me voit voit qui m'a donné mission. Moi, lumière, je suis venu dans le monde, pour que tous ceux qui croient en moi ne demeurent pas dans les ténèbres. 

« Et si quelqu'un a entendu mes mots et ne les garde pas, moi, je ne le juge pas, car je ne suis pas venu juger le monde mais sauver le monde. Qui me repousse et ne reçoit pas mes mots a son juge : cette parole que j'ai dite le jugera au dernier jour. 

« Car moi, je ne parle pas de moi-même, mais le Père qui m'a donné mission, lui, m'a donné commandement : que dire et comment parler. Et je sais que son commandement est vie éternelle. Les choses donc que je dis, selon que le Père m'a prescrit, ainsi je dis. »

Jean 12, 44-50

Ce texte est la conclusion de l'enseignement public de Jésus, selon Jean. C'est pour cette raison qu'il indique que Jésus "crie". C'est le point final de tout ce qu'il avait à dire aux foules. Tout de suite après, nous passerons au dernier soir, en commençant par le lavement des pieds, et un autre ensemble de discours, mais, ceux-là, adressés aux disciples seuls. Il y a ainsi, dans l'évangile de Jean, une nette séparation entre l'enseignement destiné à tous (les foules, ou "les juifs" comme il aime à dire), et l'enseignement destiné au groupe plus restreint de ceux qui croient déjà. Les synoptiques font aussi la distinction entre les deux types de discours — voire même trois types : aux foules, aux disciples (c'est-à-dire ceux qui croient), et aux douze — mais, chez eux, ces types alternent tout du long du récit : Jésus dit d'abord quelque chose à tous, puis, en 'privé', précise plus explicitement pour les disciples ou les douze ce qu'il a voulu dire. Chez Jean, donc, ça ne se passe pas comme ça. Tout du long des douze premiers chapitres, l'enseignement rapporté est destiné à tout le monde, et à partir du chapitre treize, l'enseignement est destiné aux seuls croyants. On peut penser que c'est d'ailleurs ainsi que le texte était utilisé : ceux qui souhaitaient rejoindre la communauté n'avaient d'abord droit d'entendre que la première partie, et ne pouvaient accéder à la seconde qu'après avoir franchi le pas, après avoir marqué leur adhésion.

Quoi qu'il en soit, cette conclusion finale de l'enseignement public devrait être considérée comme un récapitulatif de l'essentiel de cet enseignement. Ce sont là les points importants avec lesquels le néophyte doit être parfaitement clair et d'accord, s'il veut aller plus loin dans sa démarche. Résumons-les : croire en Jésus c'est en fait croire au Père. Personne n'est obligé de croire en Jésus (mais il s'en mordra les doigts quand il sera trop tard...). Car Jésus ne dit que ce que le Père lui dit de dire. On peut trouver que ce contenu est un peu décevant, on a déjà eu tout ça à de nombreuses reprises depuis le début de l'évangile, on ne trouve pas ici une affirmation aussi explicite de la divinité de Jésus que le "moi et le Père sommes un" que nous avions vue hier. Effectivement, mais c'est normal, on ne demande pas à un aspirant de croire tout de suite au cœur du message, à son expression la plus audacieuse. Ce n'est ici que le minimum requis, la base indispensable, sans quoi ce n'est pas la peine qu'il poursuive sur cette voie. Et donc, effectivement, il ne s'agit grosso modo que de croire en Jésus comme prophète authentique. Les prophètes aussi viennent pour révéler ce que les hommes ont dans le cœur, les prophètes non plus ne parlent pas d'eux-même mais disent ce que Dieu leur dit de dire, et les prophètes non plus n'obligent personne à les écouter (et tant pis pour ceux qui ne le font pas...).

Le seul point qu'on pourrait relever comme spécifique du texte du jour, par rapport à une affirmation prophétique 'ordinaire', est que "le commandement (du Père) est vie éternelle". C'est une dimension qui ne figure généralement pas chez les prophètes qui ont précédé Jésus. C'est qu'ils s'adressaient plutôt à l'ensemble du peuple juif, du peuple élu, et que leur objectif était la survie de ce peuple pris dans son ensemble. Leur message n'avait pas vraiment comme destinataires les membres de ce peuple, pris individuellement. Nous sommes donc bien ici dans une spécificité de Jésus, qui a proclamé un Père qui n'était plus seulement le Père du peuple juif, élu parmi les nations, mais qui devenait un Père pour chaque personne, prise individuellement. La conséquence en est logique : ce n'est plus le salut du peuple pris dans son ensemble qui est visé, mais le salut de chacun. Et, les commandements de Dieu, qui étaient déjà considérés comme sources de vie, mais simplement sources de vie pour cette vie-ci, sur terre, peuvent devenir source de "vie éternelle". Voici donc quand même un point spécifique de la prédication chrétienne qui apparaît dans ce compendium du minimum demandé à ceux qui s'intéressent à Jésus, selon Jean, et, pour une fois, nous ne pouvons qu'être pleinement d'accord avec l'auteur.

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