Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

1432 Billets

0 Édition

Billet de blog 14 janvier 2015

Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

Premier choix

Anon (avatar)

Anon

alias Xavier Martin-Prével.

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Billet original : Premier choix

Aussitôt, ils sortent de la synagogue, ils viennent dans la maison de Simon et André, avec Jacques et Jean. La belle-mère de Simon est étendue, fiévreuse. Aussitôt, ils lui parlent d'elle. Il s'approche, la réveille en saisissant sa main : la fièvre la laisse... Et elle les servait ! 

Le soir venu, quand le soleil est couché, ils portent devant lui tous ceux qui vont mal, et les démoniaques. La ville entière était rassemblée devant la porte. Il guérit, nombreux, ceux qui vont mal, de diverses maladies. Il jette dehors de nombreux démons. Il ne laisse pas parler les démons, car ils savent qui il est. 

Le matin, en pleine nuit, il se lève, sort et s'en va dans un lieu désert. Et là, il priait… Simon le poursuit, et ceux d'avec lui.  Ils le trouvent et lui disent : « Tous te cherchent. »  Il leur dit : « Allons ailleurs, dans les bourgs suivants, pour que, là aussi, je clame. Car c'est pour cela que je suis sorti. » Il vient et clame dans leurs synagogues, dans la Galilée toute entière. Et il jette dehors les démons.

Marc 1, 29-39

Fin de l'assemblée à la synagogue, chacun rentre chez soi et va y rester jusqu'au soir. Problème "à la maison" : la belle-mère de Pierre n'est pas bien. C'est ennuyeux, parce que, même si le repas a été préparé la veille, les femmes ont encore à le servir !... Blague à part, ce "miracle domestique", comme on dit, est une curiosité dans les évangiles. Il y a deux grandes catégories de déficiences physiques, celles qui sont normalement permanentes (infirmités, handicaps : les muets, aveugles, lépreux, etc..., auxquels il faut ajouter ceux qui sont à l'article de la mort : cela risque de devenir assez radicalement 'permanent') et celles qui sont temporaires. En plusieurs passages, les évangiles disent de manière générique que Jésus guérissait les deux sortes, ce qui est logique, qui peut le plus peut le moins... Par exemple, quand Jésus revient à Nazareth, Marc (6, 5) nous dit que "il ne peut, là, faire aucun miracle, il y a juste quelques malades qu'il guérit". Ces 'malades' sont typiquement de cette seconde catégorie de déficiences, et on voit bien que l'évangéliste ne considère pas qu'il s'agisse là de 'vrais' miracles. Cette guérison de la belle-mère de Pierre est en fait le seul cas concret qui nous en soit rapporté.

Bien sûr, on comprend que ces 'petits' miracles ne présentaient pas d'intérêt, d'une manière générale, dans la perspective de prosélytisme qui est celle des évangiles. Celui-ci est donc l'exception, et le fait qu'il nous ait été conservé ne peut que nous confirmer dans l'importance qu'a eue cette maison, et la famille, de Pierre dans la période galiléenne du ministère de Jésus. Nous avons ici affaire à une bande de copains qui ne peuvent pas se séparer, au point que Jacques et Jean préfèrent passer le reste de cette journée de sabbat chez Pierre, plutôt que de rentrer avec leur père, chez eux. Dans les ruines mises à jour de ce qu'on pense être cette maison, à Capharnaüm, de nos jours, une des pièces est même considérée comme possiblement "la chambre de Jésus". On est dans les hypothèses, mais il est raisonnable de penser que Jésus avait au moins une couche qui lui était réservée, et, en quelque sorte, son coin à lui, dans cette maison de taille importante pour l'époque. Cette maison était devenue son domicile pour toute cette période, et c'est certainement et principalement de ce fait que Pierre a pu tirer par la suite une certaine importance parmi les autres disciples : il était celui chez qui Jésus habitait.

Après le petit contre-temps, vite résolu, de la fièvre de la belle-mère de Pierre, le reste de la journée a donc pu se dérouler normalement "à la maison". Enfin ! normalement... Jésus est bien sûr l'homme du jour, après ce coup d'éclat à la synagogue, on imagine bien que les conversations vont bon train, et Pierre ne se sent plus de sa propre importance dans une histoire où il n'y est pourtant pour rien. Dans les autres demeures du bourg, on n'est pas en reste, les langues et les cerveaux travaillent à plein régime, et, dès que le sabbat est rompu, tout le monde se précipite et prend d'assaut la maison de Pierre ...il fallait s'y attendre, il n'y a rien à redire, le récit est cohérent. Et, si Jésus a effectivement guéri tous "ceux qui vont mal, et les démoniaques", on comprend qu'il ait ensuite éprouvé le besoin de se retrouver seul, vraiment seul, y compris hors de portée de cette sollicitude aux motivations pour le moins mêlées de sa "famille d'accueil", et qu'il se soit éclipsé discrètement "le matin, en pleine nuit", c'est-à-dire avant que le jour se lève, avant que la maisonnée ne se réveille. C'est une fuite, au moins une fugue, comme après la multiplication des pains quand il chasse tout le monde, à commencer par les disciples.

Nous ne nous représentons pas facilement cette solitude qu'a pu être, aussi, la vie de Jésus. Nous pensons éventuellement à la mort sur la croix, à Gethsemani : n'est-il pas évident que nous sommes tous seuls face à notre mort ? Mais bien avant la Passion, depuis la multiplication des pains, c'était déjà dans une solitude de plus en plus effarante qu'il avait dû s'avancer, avec la désaffection progressive des foules, avec ses disciples incapables de sortir de leurs rêves de grandeur et de gloire en posture de futurs ministres du futur roi d'Israël. Il y a, dans cette période, juste après la transfiguration où Dieu était venu le réconforter pour lui donner le courage d'aller jusqu'au bout, cette exclamation de dépit et de quasi reniement à l'égard de ses 'disciples' : "jusqu'à quand devrai-je vous supporter ?" (Marc 9, 19, Matthieu 17, 17, Luc 9, 41). Mais ici aussi, déjà, il y a la solitude, la nécessité de la solitude, chaque fois qu'il y a besoin de réfléchir, de faire un choix qui engagera toute la suite des événements. Nous voyons un Jésus exactement comme nous, qui ne sait pas plus que nous à l'avance ce que va être, ce que doit être, sa vie, et qui se retire alors pour retrouver le face-à-face avec le Père dans lequel il puisera l'inspiration.

Et, déjà, tout est en place, le piège s'est déjà refermé. Il y a la foule qui est là, la foule qui réclame, la foule qui oblige : guéris-nous, donne-nous à manger, fais tout pour nous, à notre place. Nous ne sommes que des enfants, des moutons perdus sans berger, des oisillons qui ouvrent la bouche pour que ça leur tombe tout cuit du ciel. Et comment pourrait-il ne pas prendre pitié d'eux ? Oh ! il leur demande bien un petit quelque chose de leur part, qu'ils y mettent un peu du leur : as-tu la foi ? Ça ne suffira pas, on s'en doute. Oui, ils croient, mais en quoi, en qui ? on le verra à la multiplication des pains, ils croient en l'homme providentiel, au héros, au nouveau David qui va terrasser le Goliath qu'est l'empire de Rome, ils croient au père Noël et aux contes de fée... Mais nous n'en sommes pas là. Pour l'instant, Jésus estime qu'il doit aller de l'avant. Les premiers 'miracles', les réactions de la foule, ont pu le dérouter un temps, mais il ne discerne pas encore clairement le danger. Après un premier temps où il s'est fait connaître dans Capharnaüm, ils vont donc élargir leur champ d'action, commencer à rayonner dans les localités avoisinantes, voire se lancer dans de véritables tournées, et la réputation de Jésus va croître dans toute la province, "la Galilée toute entière".

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.