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Billet de blog 14 mars 2025

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Si un membre souffre

Car je vous dis que si votre droiture n'abonde pas plus que celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas au royaume des cieux.

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Interdiction de tuer ! Tu ne tueras pas ! C'est inscrit dans le marbre des tables de la Torah, des prescriptions données par YHWH à Moïse pour le peuple hébreu. Il faut cependant noter que ces prescriptions concernent essentiellement ledit peuple, ce qui signifie que cet ordre de ne pas tuer s'entend principalement comme : ne pas tuer son prochain, son frère, juifs... Concernant les êtres humains non juifs, YHWH a même pu donner l'ordre explicite de tous les exterminer, dans certaines circonstances. Il faut y faire attention : tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d'adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, tu ne convoiteras pas la maison, la femme, le serviteur, la servante, le bœuf, l'âne, etc. de ton prochain : en tout ceci, le prochain signifie l'autre juif, l'autre du même peuple.

Il n'est pas sûr que Jésus, lorsqu'il reprend ici cette prescription de ne pas tuer, la comprenne comme un absolu universel, de même quand il recommande d'aimer ses ennemis, peut-être n'entend-il que ses ennemis juifs, les adversaires internes au judaïsme, et on sait de fait que pharisiens et sadducéens, au cours de leur histoire antérieure à la venue de Jésus, ont pu occasionnellement s'entretuer allègrement, sans parler des esséniens, dont les écrits manifestent une haine effroyable et promettent un sort abominable aux sadducéens considérés comme des usurpateurs de la prêtrise ! Plusieurs indices non négligeables donnent à penser que Jésus était bien resté comme prisonnier de ce cadre restrictif d'un peuple choisi, élu, et c'est en fait Paul, lequel ne l'a jamais connu de son vivant et a seulement eu une vision "mystique" du ressuscité, qui deviendra le promoteur de l'universalisation du christianisme.

Mais ce dont il est question ici n'en est pas moins remarquable ; il ne s'agit donc pas d'un élargissement de la protection du "tu ne tueras pas" à l'ensemble des hommes de toute nation, race, culture, mais d'un approfondissement du même mouvement : non seulement tu ne tueras pas, mais même tu ne manifesteras pas de colère, ce qui pourrait entraîner quand même atteinte à l'intégrité corporelle, ni même de simple aversion par une quelconque injure, donc pas même d'atteinte psychologique ! Rien ne doit venir agresser l'autre sous quelque forme que ce soit ! Ce qui ne veut pas dire qu'on doit non plus dire amen à n'importe quoi... C'est ici aussi la question si compliquée du pardon, qui n'est pas du tout non plus un oubli des méfaits dont nous ayons pu être les victimes, faire comme s'il ne s'était rien passé. C'est encore la question de l'amour des ennemis, pareil, il ne consiste pas à minimiser d'aucune manière les dommages subis.

On peut prendre comme modèle de ces attitudes celle qui nous est rapportée à propos de Jésus lui-même giflé par le garde lors de son interrogatoire par Hanne (Jean 18, 22-23) : il ne rue pas dans les brancards, ne se met pas en colère, n'injurie pas, mais expose seulement les faits : lui ne pense pas avoir mérité cette gifle, mais si le garde pense autrement, qu'il s'en explique. C'est cela la non-violence, à la fois celle à laquelle se conforme ici Jésus, et à la fois celle qu'il recommande au garde, essayer de dire au lieu d'agresser, physiquement, et essayer de dire sans agressivité non plus, simplement des faits. Ce n'est sans doute pas facile, mais c'est comme tout, c'est aussi une question d'apprentissage. On note alors que, contrairement à ce qu'on pourrait comprendre d'une autre recommandation, à cette gifle reçue sur une joue, Jésus n'a pas "tendu l'autre joue", du moins pas formellement, car sa tentative de raisonner le sbire pouvait bien quand même être prise par lui comme une invitation à lui en coller une autre ...!

Reste la raison pour laquelle agir ainsi. Pourquoi respecter ainsi l'autre, pourquoi ne pas répondre à l'agression par une agression (sans compter même les cas où l'agression supposée reçue puisse n'être qu'une mauvaise interprétation de ce qui n'en était aucunement le cas...) ? La réponse est toujours la même, celle des piquants de l'oursin ou des feuilles de l'arbre (ou des cellules du corps mystique du Christ selon l'image développée par Paul) : agresser l'autre, c'est nous agresser nous-même, c'est comme si un œil allait faire du mal à l'autre œil, ou un bras casser l'autre, etc. Bien sûr, si une de mes mains tranche l'autre, celle qui a tranché reste intacte, c'est l'autre qui disparaît, mais c'est quand même l'organisme entier qui s'en trouve diminué, affaibli, infirme, ce qui a des répercussions y compris sur l'organe qui a agi. "Si un membre souffre, tous les membres souffrent..."

Illustration 1

car je vous dis que si votre droiture
n'abonde pas plus que celle des scribes et des pharisiens
    vous n'entrerez pas au royaume des cieux.
    
    vous avez entendu qu'il a été dit aux ancêtres
"tu ne tueras pas !
    et qui tuerait
sera passible du jugement"
    mais moi je vous dis que
quiconque se met en colère contre son frère
    sera passible du jugement
et qui dira à son frère 'bon à rien !'
    sera passible du sanhédrin
et qui lui dira 'sot !'
    sera passible de la géhenne du feu

si donc tu offres ton présent à l'autel
et que là tu te rappelles que ton frère
    a quelque chose contre toi
laisse là ton présent devant l'autel !
    et va ! sois d'abord réconcilié avec ton frère !
et ensuite de retour offre ton présent !

sois en accord avec ton adversaire
rapidement pendant que tu es sur le chemin avec lui
    avant que l'adversaire ne te livre au juge
    et le juge au garde
    et que tu ne sois jeté en prison
amen ! je te dis tu ne sortirais pas de là
    jusqu'à ce que tu aies rendu le dernier quart de sou

(Matthieu 5, 20-26)

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