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Billet de blog 14 mai 2025

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À l'image et la ressemblance

Un porte-parole, ou un ambassadeur, se confondent-ils avec celui ou celle qu'ils représentent ? et celle ou celui qui témoigne de ce qu'est sa vie prétendent-ils par là épuiser à eux seul toute réalité de l'existence ?

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Jésus dit ce que le Père lui dit de dire, Jésus fait ce que le Père lui dit de faire : ces affirmations répétées à plusieurs reprises dans l'évangile de Jean ne font jamais que décrire très exactement ce qu'est censé être un prophète, un homme (ou une femme, bien que plus rarement, dans la tradition hébraïque) qui se comporterait ainsi presque comme une marionnette aux mains de Dieu. YHWH disait à Élie de faire et dire ceci, et Élie disait et faisait ceci ; le Père dit à Jésus de faire et dire cela, et Jésus fait et dit cela. Il n'y a là absolument aucune différence entre ce nouveau prophète des temps de l'empire romain et ses prédécesseurs des siècles précédents.

Aussi, qu'il affirme que ce n'est pas lui qui jugera ceux qui ne croiront pas en ses mots, mais que ce sont ces mots-là eux-mêmes qui les jugeront, n'a rien d'extraordinaire : c'est la parole de Dieu lui-même, si on ne croit pas ce que dit Dieu, on se condamne soi-même, tout.e seul.e. Là encore, il n'y a aucune différence entre lui et les autres prophètes de l'histoire d'Israël, rien de surprenant, rien de spécifique, Jésus est un prophète absolument comme tous les autres, croire en lui c'est croire en celui qui l'a envoyé, en celui qui lui a donné, qui lui donne, une mission auprès de son peuple.

Là par contre où il y a peut-être quelque chose de différent, quelque chose qu'aucun prophète du passé n'a jamais dit, quelque chose qui n'a jamais été dit au sujet d'un prophète du passé, c'est dans ce "qui me regarde regarde qui m'a envoyé". Pratiquement toutes les traductions en français de ce verset donnent même : "qui me voit voit qui m'a envoyé", invitant ainsi à une sorte d'identification quasi littérale entre l'homme Jésus et Dieu ; mais ce choix, de traduire ainsi le verbe grec "theoreo", n'est-il pas influencé par la théologie développée ultérieurement par le christianisme ? est-ce bien cela que l'évangéliste voulait dire, cette identification presque totale entre l'homme et Dieu ?

On peut en douter, car en réalité "theoreo" n'a pas ce sens de "voir", d'un voir ordinaire tout comme on pourrait parler de voir un nuage passer dans le ciel ou un train sur la voie ferrée... il n'est pas question qu'en apercevant simplement Jésus, en le rencontrant inopinément au coin d'une rue sans savoir qui il est, on s'exclame aussitôt "ah ! mais c'est Dieu que je viens de voir là incognito !". De fait, en grec, "theoreo" ne signifie pas "voir" mais "observer, examiner, contempler" ; et même, étymologiquement, "theoreo" vient de "theo orao", ce qui signifie "voir Dieu", voir Dieu à travers telle apparence, ou peut-être "voir divinement", voir comme Dieu voit, mais cela revient au même...

Finalement, loin d'une identification de Jésus à Dieu lui-même, ce qui nous est dit ici est peut-être plus simplement qu'en le contemplant, si on sait regarder, observer, examiner, on peut discerner au-delà de l'homme tout-à-fait ordinaire ce en quoi il manifeste Dieu, quelle est l'action de Dieu qui se réalise à travers lui, bref, en quoi il est prophète... Qui contemple la présence de Dieu en lui, cette présence que nous partageons tous mais que nous ne manifestons évidemment pas tous au même point (c'est peu de le dire...), contemple Dieu. C'est un truisme.

Eh non ! ce n'est donc pas encore là qu'on peut trouver dans cet évangile de Jean ce que beaucoup croient y lire, l'identification pleine et entière de Jésus à Dieu. Et s'il est vrai que ses expressions, ses thèmes, peuvent sembler se rapprocher de cette théologie ultérieure d'un christianisme qui a assez rapidement (deux à trois siècles) franchi ce pas-là, c'est pourtant ce même évangile qui affirme aussi que celles et ceux qui suivent l'exemple de Jésus pourront même le dépasser (Jean 14, 12 : qui croit en moi fera lui aussi les œuvres que moi je fais et en fera même de plus grandes), et ce parce qu'ils seront entrés eux aussi en relation directe avec le Père ; grâce au témoignage reçu de Jésus, mais à partir de ce témoignage, à leur tour, eux aussi témoigneront, comme lui, de cette même nature, à la fois humaine et divine, que nous partageons toutes et tous.

Illustration 1

    alors Jésus a crié et dit
« qui croit en moi
    ne croit pas en moi
    mais en qui m'a envoyé
et qui me regarde
    regarde qui m'a envoyé
moi c'est comme lumière dans le monde que je suis venu
    afin que quiconque croit en moi
    ne demeure pas dans la ténèbre
et si quelqu'un a entendu mes mots
et ne les a pas gardés
    moi je ne le juge pas
car je ne suis pas venu pour juger le monde
    mais pour sauver le monde
qui me rejette et ne prend pas mes mots
    a son juge
la parole que j'ai parlée
    c'est elle qui le jugera au jour qui vient
car moi ce n'est pas de moi-même que j'ai parlé
    mais le Père qui m'a envoyé
    c'est lui qui m'a donné en commandement
    quoi dire et quoi parler
et je sais que son commandement est vie éternelle
    donc ce que moi je parle
    c'est selon ce que le père m'a dit que je le parle »

(Jean 12, 44-50)

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