Le cœur, dans la tradition biblique, ne signifie pas ce qu'il signifie pour nous de nos jours. Pour nous, le cœur est le lieu symbolique où s'élaborent nos émotions et nos sentiments ; un cœur tendre est une personne bienveillante, un cœur dur ou sec une personne égocentrique. Dans la Bible, l'organe où siègent les sentiments, ce sont les entrailles, c'est depuis nos entrailles que nous nous laissons, ou pas, gagner par nos sentiments à l'égard des autres et du monde ; le cœur, quant à lui, joue plutôt le rôle que nous, nous attribuons à notre cerveau, à notre tête : le cœur est le lieu où nous pesons le pour et le contre des décisions que nous avons à prendre, c'est là que nos pensées mûrissent, c'est le siège de ce que nous appelons notre libre-arbitre.
C'est donc de notre cœur, de notre libre choix, que nous déciderons ou pas de suivre les enseignements que Jésus vient de donner, et qui feront que nous resterons enfermés dans notre seule nature animale, avec ses instincts de défense de notre vie à tout prix, même au prix de la vie des autres, ou que nous nous aventurerons vers ce que nous avons de spécifique en tant qu'êtres humains, capables précisément d'avancer vers un au-delà de ces seuls instincts, capables notamment de ne pas répondre à l'agression par l'agression, et ce jusque y compris capables de donner notre vie, et ce non seulement pour celles et ceux qui nous aiment, mais même encore le cas échéant pour nos ennemis.
Saurons-nous avancer, ne serait-ce que d'un premier pas, sur ce chemin de la fraternité universelle, qui est le chemin en réalité implicite vers lequel ne peut que s'orienter cette même évolution partie des particules élémentaires aux origines de l'univers, en passant par les premières cellules, pour arriver jusqu'à nous avec notre conscience et notre ...libre-arbitre. Tel est le sens indubitable de cette aventure commencée il y a au moins une quinzaine de milliards d'années : savoir voir et aller au-delà du seul domaine du vivant et de ce moi plus ou moins conscient qui le caractérise.
Si nous ne faisons pas au moins ce premier pas, alors notre vie, cette vie individuelle à laquelle nous accordons tant et trop d'importance, finira comme cette maison construite sur la terre meuble : un cours d'eau en crue dévalera sur elle et l'emportera. L'eau, symbole de la mort, symbole du néant originel dans la Genèse, quand, avant qu'il n'y ait rien, l'Esprit est pourtant dit planer sur "les eaux". Cette vie sur laquelle, seule, nous comptions, finira ainsi, disparaîtra complètement, n'aura servi absolument à rien. Paradoxal ? non, c'est juste pour dire à quel point la vie n'est en aucun cas la finalité en elle-même de l'univers, cela va bien au-delà, et c'est ce en quoi échouent celles et ceux qui disent "seigneur ! seigneur !" mais ne font pas, n'agissent pas, selon son enseignement.
Celles et ceux, par contre, qui avancent dans la mise en œuvre de ce programme, celles et ceux-là ne lui donneront même plus du "seigneur ! seigneur !", car elles et ils sont ces disciples qui seront devenus comme leur maître, et s'adresseront alors à lui en lui disant simplement : "frère !"
Agrandissement : Illustration 1
car il n'y a pas d'arbre sain
qui fasse du fruit pourri
non plus que d'arbre pourri
qui fasse du fruit sain
car chaque arbre à son propre fruit est connu
car on ne récolte pas des figues sur des chardons
ni on ne vendange du raisin sur des ronces
l'homme bon
produit du bon
du bon trésor de son cœur
le mauvais
produit du mauvais
du mauvais [ trésor de son cœur ]
car c'est de la surabondance du cœur
que parle la bouche
pourquoi alors m'appelez-vous
"seigneur ! seigneur !"
et ne faites-vous pas ce que je dis ?
quiconque vient vers moi
et entend mes paroles
et les fait
je vous montrerai à qui il est semblable
il est semblable à un homme bâtissant une maison
qui a creusé et est allé profond
et a posé les fondations sur le rocher
alors une crue survenant
le torrent s'est rué sur cette maison
mais il n'a pas été assez fort pour l'ébranler
parce qu'elle avait été bien bâtie
mais qui a entendu
et n'a pas fait
est semblable à un homme ayant bâti une maison
sur la terre sans fondations
le torrent s'est rué sur elle
et aussitôt elle s'est effondrée
et la ruine de cette maison a été grande
(Luc 6, 43-49)