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Billet de blog 14 décembre 2024

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Élie, le retour

Oui ! Élie vient, et rétablira etc. Mais je vous dis que Élie est déjà venu, et ils ne l'ont pas reconnu, mais ils lui ont fait tout ce qu'ils voulaient... et de même le fils de l'homme aura à souffrir par eux.

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Jésus identifiait-il Jean le Baptiste à Élie ? c'est ce que laisse entendre ici Matthieu, avec quand même un doute : il dit que c'est là ce qu'ont compris les disciples. Jésus semble approuver cette attente du retour d'Élie, et même affirme-t-il que ce retour a déjà eu lieu, mais il ne dit pas explicitement qu'il y ait un lien avec le Baptiste. Marc (9, 11-13), dans son passage parallèle à celui-ci, rapporte aussi les paroles de Jésus, mais pas la conclusion supputée par les disciples de l'identification avec le Baptiste. Luc quant à lui ne relate même pas cet épisode. Jean (1, 21), enfin, fait même affirmer par le Baptiste lui-même que, non, il n'est pas Élie ! On voit donc que la probabilité que Jésus ait effectivement identifié Jean le Baptiste à Élie est bien faible, ceci pour ce qui est des sources écrites en elles-mêmes.

Les raisons pour lesquelles beaucoup de Juifs prévoyaient (et prévoient encore) que Élie reviendrait avant l'instauration du Royaume, avant la fin de la mort et fin des temps, s'originait en premier dans le fait qu'il ne soit pas mort ; on connaît l'histoire : Élie est emporté directement au ciel dans un char de feu, sous les yeux de son successeur Élisée. Ce fait exceptionnel ouvre la porte à de nombreuses supputations, dont celle qu'il puisse revenir sur terre, y compris ponctuellement ici et là au cours des siècles, mais donc surtout lors de cet événement ultime que sera l'ouverture totale et définitive de l'au-delà à l'ici-bas ; il est évident qu'alors Élie sera de nouveau accessible à tous, mais bien possible aussi qu'il le soit un peu avant, comme signe annonciateur et anticipatoire de cet événement !

Une autre possibilité, une question posée à plusieurs reprises dans les synoptiques, est celle de savoir si Jésus lui-même n'est pas Élie : c'est ce que les gens disent à son sujet. Il est vrai que ces supputations se font dès qu'il y a le moindre espoir qu'une personne puisse être le messie tant attendu : la figure du messie est facilement identifiée avec celle d'Élie revenant sur terre, dès lors, avec les espérances qu'ont suscitées en ce sens les guérisons qui s'opéraient par son intermédiaire, il était fatal que Jésus soit espéré être ce messie en question, et donc Élie. Parmi les évangélistes, il semble que ce soit la conviction de Luc, même s'il ne l'exprime pas littéralement.

Qu'on identifie Jean ou Jésus à Élie de retour sur terre, reste quand même à s'interroger sur la signification d'une telle identification, au-delà du fait trivial que, Élie n'étant pas mort, il soit a priori mieux disponible pour faire la jonction entre l'au-delà et l'ici-bas ! Le plus haut fait d'Élie, ce qui le caractérise le plus dans sa fonction prophétique, c'est qu'il ait égorgé quelque quatre cent cinquante prophètes de Baal... ce n'est quand même pas rien... et c'est d'ailleurs ce que signifie son nom : El Yah, Dieu (c'est) YHWH. Élie symbolise donc au plus haut point la suprématie du Dieu des hébreux sur tout autre dieu, et la victoire de celui-ci sur ceux-là.

Évidemment, en ces temps ultérieurs où Israël était sous domination étrangère, ne comprenant pas que son Dieu n'intervienne pas pour lui rendre sa souveraineté sur sa terre, telle était aussi l'espérance mise dans le retour d'Élie ! et c'est là que les choses coincent pour toute identification de Jésus avec Élie : Jésus ne s'inscrit pas dans un tel cadre, il le dit tout net à Pilate, sa royauté à lui n'est pas de ce monde, et c'est ce qu'indique aussi sa prédication, du détachement à avoir vis-à-vis des liens du sang jusqu'au rendez à César ce qui est à César, Jésus sort de ce mélange des genres, il témoigne d'un Père en relation avec chacune et chacun personnellement, individuellement, au-delà de toute contingence de milieu d'origine. Dieu se moque des frontières.

D'ailleurs, dans la geste d'Élie, il y a aussi ce moment où il fuit le retour de balancier de son heure de gloire, de l'égorgement des quatre cent cinquante prophètes de Baal, il fuit la fureur (illégitime ?) de Jézabel, et là il découvre enfin le Dieu, ce même Dieu dont témoigne Jésus, le Dieu qui ne se manifeste dans aucun signe terrifiant, ni tremblement de terre, ni ouragan, ni tonnerre, ni éclairs, ni mer se fendant en deux, ni colonne de feu ou de nuée, rien de tout cela, mais juste "le son d'un fin silence". C'est là qu'est le seul vrai Dieu, en-deça de toute fureur, de toute exaltation, de tout trouble, de toute gesticulation, de tout calcul aussi. Simplement dans la paix intérieure.

Dans la suite de l'histoire d'Élie, on note alors surtout qu'il va transmettre la bénédiction de YHWH à un roi d'un pays voisin (Aram) : Israël n'a plus l'exclusivité des attentions de "son" Dieu. Mais bien entendu, ceci serait juste pour que Aram puisse ensuite donner une leçon au "peuple élu" de la part de YHWH, du moins est-ce ainsi qu'ils l’interprètent, car comment pourraient-ils se passer de cette supposée préférence divine à leur égard, pensent-ils...?

Illustration 1

    et les disciples l'ont interrogé en disant
« que disent donc les scribes
que Élie va venir d'abord ? »
    et répondant il a dit

« oui !
    Élie vient et rétablira etc.
mais je vous dis
    que Élie est déjà venu
    et ils ne l'ont pas reconnu
    mais ils lui ont fait tout ce qu'ils voulaient
et de même le fils de l'homme
    aura à souffrir par eux »

alors les disciples comprirent
    qu'il leur avait parlé de Jean le baptiseur

(Matthieu 17, 10-13)

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