Curieux petit miracle.
Petit, parce qu'en somme il ne s'agit que d'une parmi les nombreuses guérisons rapportées par les évangiles. Petit aussi, et curieux par là-même, parce que c'est le seul où Jésus a comme un coup de mou, comme un loupé, partiel : il doit s'y reprendre à deux fois.
Par contre, ce fait même que la guérison n'ait pas été complète du premier coup, plaide fortement pour l'historicité de cet épisode. Imagine-t-on, en effet, que des fabulateurs, en train d'inventer le mythe d'un homme faisant des miracles, ne trouveraient rien de mieux que de le montrer ne réussissant qu'à moitié son coup ?
Quant à penser que là, au contraire, a été leur génie, on tombe dans cette maladie très répandue de nos jours, la paranoïa du complotiste ! Non, nous est racontée là une histoire qui s'est certainement passée, à peu près telle quelle.
Maintenant, la plupart des croyants, diront que eux, de toute façon, ils sont déjà convaincus, alors à quoi ça sert d'aller se demander quel degré de probabilité ont tel ou tel miracle, rapportés par les évangiles, d'être authentiques, et de même telle ou telle parole attribuée à Jésus, etc. À quoi peut leur servir la recherche sur le Jésus historique ?
On pourrait dire, d'une part, qu'avec ce même raisonnement, ils seraient encore aujourd'hui certains que c'est le soleil qui tourne autour de la Terre, que l'univers a été créé il y a seulement quelques milliers d'années, qu'il existe quelque part au Proche-Orient un jardin caché protégé par un ange d'où nous avons été chassés...
Mais surtout, il semble incohérent de proclamer que son Dieu s'est fait vrai homme — et que c'est cela qui le différencie d'autres dieux — et se désintéresser de ce que la science historique peut dire de lui, comme pour tout être humain. En réalité, vouloir se cantonner au "Christ de la Foi" comme s'il pouvait être dissocié du "Jésus de l'Histoire", c'est être hérétique, de cette hérésie dite monophysite (Jésus n'était que divin, son humanité n'était qu'une apparence) selon des dogmes parmi les plus anciens du christianisme lui-même !
Agrandissement : Illustration 1
Ils viennent à Bethsaïde.
Ils lui amènent un aveugle,
et le supplient : qu'il le touche !
Il saisit la main de l'aveugle,
le conduit hors du village.
Il crache sur ses paupières, impose les mains sur lui,
et l'interroge :
« Si tu aperçois quelque chose ? »
Il lève le regard et dit :
« J'aperçois les hommes :
je les vois comme des arbres qui marchent. »
Alors, de nouveau il impose les mains sur ses yeux :
et il voit clair, et il est rétabli !
Il distingue nettement toutes choses, de loin.
Il l'envoie dans son logis et dit :
« N'entre même pas dans le village. »
(Marc 8, 22-26)